Ce n’est que certains jours
Gris, et comme arrêtés
Que tu t’apercois que depuis toujours
Tu cherches quelque chose.
Ce n’est que certains jours
Gris, et comme arrêtés
Que tu t’apercois que depuis toujours
Tu cherches quelque chose.
J’avais oublié que ce monde existait. L’immeuble de bureau énorme et vide, flambant neuf comme une citadelle oubliée. La réceptionniste dont c’est le premier jour et qui déjà s’ennuie, qui regarde dehors comme chez Chandler. L’ascenseur. La moquette. Les badges. Kafka à tous les étages. Mais j’aime encore bien vous savez. C’est comme parler une langue oubliée, jouer un jeu oublié. On fait preuve de civilité, on t’offre un café, on t’explique les choses avec cet air gourmé, un peu pincé des chefs, des responsables. Kilomètres de bureaux, ordinateurs, moquette, problèmes. A quoi tout cela sert-il? Et au-dessus les marchés, les règles, le planning. Tu peux jouer ce jeu un moment, mais au fond tu es Knulp, tu marches sur les chemins avec un petit sourire, tu ne regardes pas plus loin que demain. Tu avitailles quand c’est possible, comme un voleur, toujours surpris que ça arrive. Tu contemples les revers de ce monde où la climatisation ronronne. Tu fais de petites boucles dans la liberté, bord de Seine, soleil du matin, et peut-être que fugitivement ils t’envient. La liberté… Sois honnête pour une fois, ce que tu appelles aujourd’hui liberté n’est-ce pas ce qui hier encore oppressait ta poitrine?
Partout dans la ville désertée s’activaient
Les techniciens du froid dans leurs polos noirs
Tandis que
Dans sa boîte le chat contemplait le spectacle de la fin
Oeil vert
Indifférent
Sourire
Absent.
« Sur tout ce que l’homme entreprend, il faut qu’il dirige son attention une, intégrale, ou son «moi»(…). S’il y parvient, bientôt naissent des pensées, ou plutôt une nouvelle espèce de perceptions qui, semble-til, ne sont rien d’autre en lui – curieux phénomène ! – que les délicates vibrations d’une pointe aiguë qui suscite des couleurs ou des résonances, ou les concentrations et figurations surprenantes nées au sein d’un fluide élastique. Elles rayonnent de tous côtés avec une vivante mobilité autour du point où il a décelé et fixé la sensation, et emportent avec elles son «moi». Souvent aussi il lui est loisible d’interrompre tout de suite ce jeu en fractionnant de nouveau son attention ou en la laissant vagabonder à son gré, car elles ne sont rien d’autre, semble-t-il, que des rayonnements et des effets suscités au sein de ce milieu élastique (et dans toutes les directions) par ce «moi», ou bien les réfractions de ce moi dans ce milieu, ou enfin un jeu bizarre des vagues de cette mer contre l’attention rigide. Chose infiniment digne de remarque : c’est dans ce jeu que l’homme découvre enfin sa personnalité, sa liberté spécitique et qu’il éprouve la sensation de sortir d’un protond sommeil. Il lui semble que c’est la première tois qu’il est chez lui dans le monde, la première fois que la lumière du jour vient baigner son univers intérieur. Le point le plus haut lui paraît atteint lorsqu’il parvient, sans nuire à ce jeu, à percevoir en même temps l’activité habituelle des sens, à penser et sentir tout ensemble. Les deux ordres de perception s’intensifient par ce moyen: le monde extérieur devient transparent, le monde intérieur se diversifie et se charge de sens, et l’homme de ce fait se trouve dans un état d’intense vie intérieure, entre deux mondes, au cœur de la plus entière liberté et plein du joyeux sentiment de sa puissance. Il est tout naturel qu’il cherche à éterniser un tel état et à l’étendre à la totalité de ses sensations ; qu’il ne se lasse pas de rechercher cette union de deux mondes ni de sonder leurs lois, leurs sympathies et leurs antipathies. La somme de ce qui nous touche, on l’appelle la Nature, et la Nature est donc en relation immédiate avec ces parties intégrantes de notre corps que nous appelons les sens. Des liaisons inconnues et mystérieuses en notre corps nous permettent de conjecturer des liaisons inconnues et mystérieuses dans la Nature. Il suit que la Nature est cette communauté surprenante où nous introduit notre corps et que nous apprenons à connaître dans la mesure où ce corps développe son organisation et ses facultés. »
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Novalis – Die Lehrlinge zu Sais, 3
»Auf alles, was der Mensch vornimmt, muss er seine ungeteilte Aufmerksamkeit oder sein Ich richten« (…) »und wenn er dieses getan hat, so entstehen bald Gedanken, oder eine neue Art von Wahrnehmungen, die nichts als zarte Bewegungen eines färbenden oder klappernden Stifts, oder wunderliche Zusammenziehungen und Figurationen einer elastischen Flüssigkeit zu sein scheinen, auf eine wunderbare Weise in ihm. Sie verbreiten sich von dem Punkte, wo er den Eindruck fest stach, nach allen Seiten mit lebendiger Beweglichkeit, und nehmen sein Ich mit fort. Er kann dieses Spiel oft gleich wieder vernichten, indem er seine Aufmerksamkeit wieder teilt oder nach Willkür herum schweifen lässt, denn sie scheinen nichts als Strahlen und Wirkungen, die jenes Ich nach allen Seiten zu in jenem elastischen Medium erregt, oder seine Brechungen in demselben, oder überhaupt ein seltsames Spiel der Wellen dieses Meers mit der starren Aufmerksamkeit zu sein. Höchst merkwürdig ist es, dass der Mensch erst in diesem Spiele seine Eigentümlichkeit, seine spezifische Freiheit recht gewahr wird, und dass es ihm vorkommt, als erwache er aus einem tiefen Schlafe, als sei er nun erst in der Welt zu Hause, und verbreite jetzt erst das Licht des Tages sich über seine innere Welt. Er glaubt es am höchsten gebracht zu haben, wenn er, ohne jenes Spiel zu stören, zugleich die gewöhnlichen Geschäfte der Sinne vornehmen, und empfinden und denken zugleich kann. Dadurch gewinnen beide Wahrnehmungen: die Außenwelt wird durchsichtig, und die Innenwelt mannigfaltig und bedeutungsvoll, und so befindet sich der Mensch in einem innig lebendigen Zustande zwischen zwei Welten in der vollkommensten Freiheit und dem freudigsten Machtgefühl. Es ist natürlich, dass der Mensch diesen Zustand zu verewigen und ihn über die ganze Summe seiner Eindrücke zu verbreiten sucht; dass er nicht müde wird, diese Assoziationen beider Welten zu verfolgen, und ihren Gesetzen und ihren Sympathien und Antipathien nachzuspüren. Den Inbegriff dessen, was uns rührt, nennt man die Natur, und also steht die Natur in einer unmittelbaren Beziehung auf die Gliedmaßen unsers Körpers, die wir Sinne nennen. Unbekannte und geheimnisvolle Beziehungen unsers Körpers lassen unbekannte und geheimnisvolle Verhältnisse der Natur vermuten, und so ist die Natur jene wunderbare Gemeinschaft, in die unser Körper uns einführt, und die wir nach dem Maße seiner Einrichtungen und Fähigkeiten kennenlernen.«
« C’est par des chemins divers que vont les hommes. Qui les suit et les compare verra d’étranges figures prendre naissance.
Figures qui appartiennent, semble-t-il, à cette grande écriture chiffrée que l’on aperçoit partout: sur les ailes, sur les coquilles des œufs, dans les nuages, dans la neige, dans les cristaux et les pétrifications, sur les eaux qui gèlent, à l’intérieur et à l’extérieur des roches, des plantes, des animaux, des hommes, dans les étoiles du ciel, sur les plateaux de résine et de verre frottés et mis en contact, dans les courbes de la limaille autour de l’aimant et dans les surprenantes conjonctures du hasard. On pressent dans ces figures la clé de cette écriture secrète, sa grammaire, mais ce pressentiment lui-même ne se laisse pas réduire en formes fixes et se refuse, semble-t-il, à devenir une clé plus efficace. »
–
« Mannigfache Wege gehen die Menschen. Wer sie verfolgt und vergleicht, wird wunderliche Figuren entstehen sehn; Figuren, die zu jener großen Chiffernschrift zu gehören scheinen, die man überall, auf Flügeln, Eierschalen, in Wolken, im Schnee, in Kristallen und in Steinbildungen, auf gefrierenden Wassern, im Innern und Äußern der Gebirge, der Pflanzen, der Tiere, der Menschen, in den Lichtern des Himmels, auf berührten und gestrichenen Scheiben von Pech und Glas, in den Feilspänen um den Magnet her, und sonderbaren Konjunkturen des Zufalls, erblickt. In ihnen ahndet man den Schlüssel dieser Wunderschrift, die Sprachlehre derselben, allein die Ahndung will sich selbst in keine feste Formen fügen, und scheint kein höherer Schlüssel werden zu wollen. »
A mesure qu’il s’entendait à marcher seul, – il faisait le fier! -, à mesure qu’il se dissolvait dans l’arche du monde, il devenait de moins en moins explicite. Mais à cette mesure aussi, par une fatale balance, partout on sollicitait sa présence, ses avis,son aval. C’est comme s’il ramenait, de quelque étrange marée personnelle, quelque chose d’irrésistible. De manquant.
Tu voudrais marcher comme lui
D’une ville l’autre
Absent, présent à tout
Libre, sardonique, perdu.
–
Devant des halls d’immeuble déserts
Au matin dans le chant des mouettes
Des petits groupes de travailleurs sortent des camions
Et se mettent d’accord en peu de mots
Gestes, regards, silences.
Cette foule d’impressions et de réminiscences lui infligeait un supplice qui ne se distinguait pas de l’extrême volupté. Son coeur battait plus vite, des larmes lui montaient aux yeux. Il se rendit compte qu’il était au bord de la folie, tout en sachant fort bien qu’il ne deviendrait pas fou. Son regard plongeait dans cette nouvelle contrée de l’âme, la folie, avec le même ravissement et le même étonnement qu’il éprouvait à scruter son passé ou à contempler le lac et le ciel. Là aussi, tout était enchanteur et plein d’harmonie. Il comprit pourquoi la folie était un phénomène sacré pour certaines religions évoluées. Il comprenait tout, il avait accès à toute chose, il communiquait avec le monde. Il n’existe pas de mots pour dire cela ; c’est aberrant de vouloir exprimer par des phrases ce que l’on pense et comprend. Il suffit de demeurer ouvert, en état d’accueil; liées entre elles, les choses forment alors cette longue procession que l’on fait entrer en soi comme dans une arche de Noé. Le monde est à nous, il devient intelligible, il ne fait qu’un avec nous.
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Der Andrang wurde zur Qual, zu einer Qual, die von höchster Wollust nicht zu unterscheiden war. Sein Herz schlug rasch, Tränen standen ihm in den Augen. Er begriff, daß er nahe am Wahnsinn stehe, und wußte doch, daß er nicht wahnsinnig werden würde, und blickte zugleich in dies neue Seelenland des Irrsinns mit demselben Erstaunen und Entzücken wie in die Vergangenheit, wie in den See, wie in den Himmel: auch hier war alles zauberhaft, wohllaut und voll Bedeutung. Er begriff, warum im Glauben edler Völker der Wahnsinn für heilig galt. Er begriff alles, alles sprach zu ihm, alles war ihm erschlossen. Es gab keine Worte dafür, es war falsch und hoffnungslos, irgend etwas in Worten ausdenken und verstehen zu wollen! Man mußte nur offenstehen, nur bereit sein: dann konnte jedes Ding, dann konnte in unendlichem Zug wie in eine Arche Noahs die ganze Welt in einen hineingehen, und man besaß sie, verstand sie und war eins mit ihr.
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Le sanatorium devenu inutile
Entre les pins et sous la pluie
Ne se consolait pas de ne plus croire
En ses raisons.