J’avais oublié que ce monde existait. L’immeuble de bureau énorme et vide, flambant neuf comme une citadelle oubliée. La réceptionniste dont c’est le premier jour et qui déjà s’ennuie, qui regarde dehors comme chez Chandler. L’ascenseur. La moquette. Les badges. Kafka à tous les étages. Mais j’aime encore bien vous savez. C’est comme parler une langue oubliée, jouer un jeu oublié. On fait preuve de civilité, on t’offre un café, on t’explique les choses avec cet air gourmé, un peu pincé des chefs, des responsables. Kilomètres de bureaux, ordinateurs, moquette, problèmes. A quoi tout cela sert-il? Et au-dessus les marchés, les règles, le planning. Tu peux jouer ce jeu un moment, mais au fond tu es Knulp, tu marches sur les chemins avec un petit sourire, tu ne regardes pas plus loin que demain. Tu avitailles quand c’est possible, comme un voleur, toujours surpris que ça arrive. Tu contemples les revers de ce monde où la climatisation ronronne. Tu fais de petites boucles dans la liberté, bord de Seine, soleil du matin, et peut-être que fugitivement ils t’envient. La liberté… Sois honnête pour une fois, ce que tu appelles aujourd’hui liberté n’est-ce pas ce qui hier encore oppressait ta poitrine?
Le rendez-vous
Publié par jeanphilippedore
Architecte, bloggeur, conseiller, auteur Voir tous les articles par jeanphilippedore
Publié