1. Autobahn (Kraftwerk cover)

Wir fahr’n fahr’n fahr’n auf der Autobahn

Wir fahr’n fahr’n fahr’n auf der Autobahn

 

Vor uns liegt ein weites Tal

Die Sonne scheint mit Glitzerstrahl

 

Wir fahr’n fahr’n fahr’n auf der Autobahn

Wir fahr’n fahr’n fahr’n auf der Autobahn

 

Die Fahrbahn ist ein graues Band

Weisse Streifen, gruener Rand

 

Jetzt schalten wir ja das Radio an

Aus dem Lautsprecher klingt es dann:

 

Wir fah’rn auf der Autobahn

Tracklist for a dream album

1. Autobahn – 3 :16

 

2. Dawn patrol (to Friedrich) – 5 :12

 

3. Chercher la joie secrète – 3 :27

 

4. Time odyssey (Icarus) -2 :44

 

5. Six heures du soir – 1 :42

 

6. Faster than the speed of sadness – 8 :21

 

7. Into the ship – 3 :12

 

8. Colony 1 – 2 :40

 

9. Colony 2 – 3 :20

 

10. Foucault – 3 :24

 

11. New childs – 1 :24

 

12. Personae – 0 :32

 

13. Forever fall – 7 :36

 

14. Desert gardens – 3 :36

 

15. Heartbeats – 1 :22

 

16. Autobahn (remix) – 8 :25

 

17. Into the ship (remix) – 2 :12

 

(Gama/pvaa (c) 2020 / Vivid Spray Records)

Bradbury, 2

‘Tout le long du chemin, le poursuivi et les poursuivants, le rêve et les rêveurs, la proie et la meute. Tout le long du chemin, la révélation subite, l’éclair d’yeux familiers, un nom ancien que l’on crie, les souvenirs d’autres temps, la foule qui se multiplie. Chacun qui s’élance à mesure que le rêve fugitif, telle une image réfléchie par dix mille miroirs, dix mille yeux, arrive et repart, offrant un visage différent à ceux qui sont devant, à ceux qui sont derrière, à ceux qu’il reste à rencontrer, à ceux qu’on ne voit pas encore.’

‘All down the way the pursued and the pursuing, the dream and the dreamers, the quarry and the hounds. All down the way the sudden revealment, the flash of familiar eyes, the cry of an old, old name, the remembrances of other times, the crowd multiplying. Everyone leaping forward as, like an image reflected from ten thousand mirrors, ten thousand eyes, the running dream came and went, a different face to those ahead, those behind, those yet to be met, those unseen.’

The martian, september 2036

Sans titre

Tout a changé. Un voyage en train. Etre au balcon — jamais nous ne nous étions tenus si intensément au balcon! La rue, devenue un autre monde, une autre réalité. Nous épuisons chaque jour des tonnes de fiction, tous nos souvenirs de livres, de films et même nos rêves y passent mais rien n’y fait : nous ne recollons pas à cette réalité, elle est toujours en avance sur nous, elle nous regarde toujours dans une autre lumière, et nous ne pouvons plus dire ‘comme’, comme ceci ou comme cela, nous ne pouvons plus ranger ni nommer les choses, nous ne pouvons plus les manipuler et donc nous en rendre maîtres. Elles nous échappent. Elles nous dénient leur commerce, et toute notre économie du sens, tout notre emprunt sur les notions de sens commun, sur l’évidence supposée de l’intentionnalité du monde à notre égard, tout cela s’effondre, glisse, se disloque. Nous sommes dans l’irréalité d’un film que nous n’avons pas encore vu. Nous sommes dans le rire de cette lumière irréelle qui ne nous arrête plus, qui ne nous installe plus. Nous sommes transpercés par le néant, et pourtant c’est indolore — juste cette sensation d’étrangeté comme si nous avions acquis la faculté d’un nouvel état entre la veille et le sommeil. Une enfance, une innocence nouvelles où tous nos raidissements si durement acquis ne nous sont plus d’aucune aide. Le crédit s’effondre, le décor s’effondre, le ciment de la peur rompt. Une aurore commence, mais nous ne savons pas encore comment l’appeler. Nous rions incrédules, désarmés. Cette étrangeté dans les sensations, c’est nous, sans doute.

Autobahn

Coup de mou psychique. Remuer ses ailes pour voir s’il reste du carburant. Vérifier que l’on n’est pas en train de se consumer sur place, sur pied. Je me sens projeté sur une monstrueuse autoroute, déserte, marmoréenne, étincelante – voyageant à une vitesse terrifiante quoi que je sois désespérément à l’arrêt. Une autoroute métaphysique, en vérité, veillée par quelques hiératiques crapauds, dont je suis le seul utilisateur, à la fois le moyen de transport et le transporté. Etrange équipée. Rêve et réalité se disputent en incrédibilité, nuit et jour aussi. Les jours gagnent d’une courte tête, répétitifs qu’ils sont, des plages d’ennui traversées de fulgurances, d’échappées, de faux départs vers l’imaginaire. La nuit, on récupère une sorte de sociabilité frelatée, on passe sous la garde de la conscience avec des attestations trafiquées, on rebondit d’un avatar à l’autre. Pour un peu on se sentirait comme un de ces ‘spectres ou hommes feints qui ne se meuvent que par ressorts.’

Sans titre

l’air froid de la nuit traverse la cuisine

sidéral silence

et vraiment je suis perdu

ce n’est pas désagréable

dans le grand harrassement muet de la ville

c’est comme un picotement, un fourmillement

d’insectes gratteurs, de minuscules questions qui vous portent

comme un fakir

comme un roi perdu

c’est le moment rare

d’étendre tout ce qu’on peut

de radars

de filets

de tentacules

de structures ourdies

de prémonitions

c’est vraiment le moment idéal

pour se perdre

New order, 2

Serrés dans le carré, ou dans la cambuse, ou dans la soute, avec les clandestins et les rats, ou dans la salle des machines dont le système d’alarme s’est tu, vautrés sur le sol de la passerelle de commandement, ou bien encore, enchaînés aux fers, épointés jusqu’à la hune, stockés dans nos conapts, fourrés dans les locaux techniques en essayant de nous rappeler si c’est le câble vert ou bleu qu’il faut couper, ou dans le local radio à pianoter des SOS… bref, partout où nous sommes, nous recalculons fébrilement la route. Nous recalculons la route, le cap, la trajectoire autrement destinée au mur, à l’astéroïde, à la destruction, à l’extinction. Il faut infléchir, courber, orber la route de notre devenir — avec quelle énergie, grands Dieux? Il faut recalculer, refaire les lignes de code de notre futurition. Il faut refaire tourner les modèles, avec des experts d’abord confiants puis perdant progressivement de leur superbe alors que nous approchons du soleil, de la fusion, du démembrement. Il nous faut choisir avec discernement nos gourous et nos croyances pour être sûrs qu’ils nous conduiront à bon port. Il nous faut croire, ce dont nous n’avions plus guère l’habitude, branchés que nous étions sur pilote automatique. Croire en nous-mêmes, croire en l’homme. O suprême ironie, c’est nous qui sommes viraux, c’est nous qui nous répandons partout comme un mycélium maléfique. Il faut nous instrumenter vers une autre fin, réécrire le scénario, reprogrammer, reprogrammer inlassablement. Il nous faut guetter au loin, dans l’azur, l’alcyon de notre renaissance.

Foucault, 2

Sécurité, territoire, population. EP 04. 0:16:30 – 0:28:19. (GOUVERNER)

« Eh bien je crois que c’est à cela, à ce traité de l’habileté du Prince, que la littérature anti-Machiavel veut substituer quelque chose d’autre, et par rapport à cela de nouveau, et qui est un art de gouverner. Etre habile à conserver sa principauté n’est pas, du tout, posséder l’art de gouverner. L’art de gouverner est autre chose. En quoi consiste-t-il ? Eh bien, je vais prendre, pour essayer de repérer, si vous voulez, les choses dans leur état encore fruste, je vais prendre un des premiers textes de cette grande littérature anti-machiavélienne, celui de Guillaume de La Perrière qui date de 1577, donc, et qui s’appelle ‘Le miroir politique, contenant diverses manières de gouverner’.

Dans ce texte, encore une fois il est très décevant, si vous voulez, surtout quand on le compare à Machiavel lui-même, mais on voit cependant s’esquisser un certain nombre de choses qui sont, je crois, importantes. Premièrement, dans ce texte, qu’est-ce que La Perrière entend par ‘gouverner’ et ‘gouverneur’ ? Quelle définition en donne-t-il ? Eh bien il dit – c’est à la page 23 de son texte — : ‘gouverneur peut être appelé monarque, empereur, roi, prince, seigneur, magistrat, prélat et semblables. ‘ Le même La Perrière, d’autres aussi, traitant de l’art de gouverner, rappelleront régulièrement que l’on dit, également, gouverner une maison, gouverner des âmes, gouverner des enfants, gouverner une province, gouverner un couvent, un ordre religieux, gouverner une famille. Ces remarques, qui ont l’air d’être de remarques et qui sont des remarques de pur vocabulaire, sont en fait des indications politiques importantes. C’est qu’en effet, le Prince, tel qu’il apparaît chez Machiavel ou dans les représentations que l’on en donne, le Prince machiavélien est par définition – c’était là un principe fondamental du livre tel qu’on le lisait – le Prince est par définition unique dans sa principauté. Il est unique dans sa principauté et dans une position d’extériorité et de transcendance par rapport à elle. Alors que, là, on voit que le gouverneur, les gens qui gouvernent, la pratique du gouvernement, d’une part, sont des pratiques multiples, puisque beaucoup de gens gouvernent : le père de famille, le supérieur d’un couvent, le pédagogue et le maître par rapport à l’enfant ou au disciple ; il y a donc beaucoup de gouvernements par rapport auxquels celui du Prince gouvernant son État n’est que l’une des modalités ; — alors qu’il n’y a qu’une modalité de la principauté, c’est d’être Prince — et, d’autre part, tous ces gouvernements sont intérieurs même à la société ou à l’État. C’est à l’intérieur de l’État que le père de famille va gouverner sa famille, que le supérieur du couvent va gouverner son couvent. Il y a donc à la fois pluralité des formes de gouvernement et immanence des pratiques de gouvernement par rapport à l’État. Multiplicité et immanence de ces activités, qui l’opposent radicalement à la singularité transcendante du Prince de Machiavel.

Bien sûr, parmi toutes ces formes de gouvernement que l’on peut saisir s’entrecroisant, s’enchevêtrant à l’intérieur de la société, à l’intérieur de l’État, bien sûr qu’il y a une forme bien particulière de gouvernement, qu’il va s’agir précisément de repérer : c’est cette forme particulière du gouvernement qui va s’appliquer à l’État tout entier. Et c’est ainsi que, essayant de faire la typologie des différentes formes de gouvernement, La Mothe Le Vayer, dans un texte un peu plus tardif que celui auquel je me référais -qui date exactement du siècle suivant, La Mothe Le Vayer, dans une série de textes qui sont des textes pédagogiques pour le Dauphin, dira qu’au fond il y a trois types de gouvernement qui relèvent chacun d’une forme de science ou de réflexion particulière : le gouvernement de soi-même qui relève de la morale ; deuxièmement, l’art de gouverner une famille comme il faut, et qui relève de l’économie ; et enfin, la science de bien gouverner l’État qui, elle, relève de la politique. Par rapport à la morale et à l’économie, il est bien évident que la politique a sa singularité, et La Mothe Le Vayer indique bien que la politique, ce n’est pas exactement l’économie ni tout à fait la morale.

Je crois que ce qui est important ici, c’est que, malgré cette typologie, ce à quoi se réfèrent, ce que postulent toujours ces arts de gouverner, c’est une continuité essentielle de l’une à l’autre et de la deuxième à la troisième. C’est-à-dire que, alors que la doctrine du Prince, ou d’ailleurs la théorie juridique du souverain, essaient sans cesse de bien marquer la discontinuité entre le pouvoir du Prince et toute autre forme de pouvoir, alors qu’il s’agit d’expliquer, de faire valoir, de fonder cette discontinuité, là, dans ces arts de gouverner, on doit essayer de repérer la continuité, continuité ascendante et continuité descendante.

Continuité ascendante, en ce sens que celui qui veut pouvoir gouverner l’État doit d’abord savoir se gouverner lui-même ; puis, à un autre niveau, gouverner sa famille, son bien, son domaine, et, finalement, il arrivera à gouverner l’État. C’est, si vous voulez, toute cette espèce de ligne ascendante qui va caractériser toutes ces pédagogies du Prince, qui sont si importantes à cette époque-là et dont La Mothe Le Vayer donne un exemple. Pour le Dauphin, il écrit d’abord un livre de morale [La Géographie et la Morale du Prince, 1651], puis un livre d’économie [L’Oeconomique du Prince, 1653] et, enfin, un traité de politique [La Politique du Prince, 1653]. C’est la pédagogie du Prince qui va donc assurer cette continuité ascendante des différentes formes de gouvernement.

Et puis inversement, vous avez une continuité descendante en ce sens que, quand un État est bien gouverné, eh bien les pères de famille savent bien gouverner leur famille, leurs richesses, leurs biens, leur propriété, et les individus, aussi, se dirigent comme il faut. Cette ligne descendante, qui fait retentir jusque sur la conduite des individus ou la gestion des familles le bon gouvernement de l’État, c’est ce qu’on commence à appeler à cette époque-là précisément la ‘police’.

La pédagogie du Prince assure la continuité ascendante des formes de gouvernement, et la police, la continuité descendante. Vous voyez en tout cas que, dans cette continuité, la pièce essentielle aussi bien dans la pédagogie du Prince que dans la police, l’élément central, c’est ce gouvernement de la famille, que l’on appelle justement ‘l’économie’. Et l’art du gouvernement, tel qu’il apparaît dans toute cette littérature, doit répondre essentiellement à cette question : comment introduire l’économie, c’est-à-dire la manière de gérer comme il faut les individus, les biens, les richesses comme on peut le faire à l’intérieur d’une famille, comme peut le faire un bon père de famille qui sait diriger sa femme, ses enfants, ses domestiques, etc., qui sait faire prospérer la fortune de sa famille, qui sait ménager pour elle les alliances qui conviennent, comment introduire cette attention, cette méticulosité, ce type de rapport du père de famille à sa famille à l’intérieur de la gestion d’un État ?

L’introduction de l’économie à l’intérieur de l’exercice politique, c’est cela, je crois, qui sera l’enjeu essentiel du gouvernement. Et que ce le soit au XVIe siècle, c’est vrai ; ça le sera également, encore, au XVIIIe siècle. Et dans l’article ‘Économie politique’ de Jean-Jacques Rousseau, on voit bien d’ailleurs comment Rousseau pose encore le problème dans ces mêmes termes, disant en gros : le mot ‘économie’ désigne originairement le ‘sage gouvernement de la maison pour le bien commun de toute la famille’. Problème, dit Rousseau, problème : comment ce sage gouvernement de la famille pourra-t-il, mutatis mutandis et avec les discontinuités que l’on remarquera, comment est-ce qu’on peut l’introduire à l’intérieur de la gestion générale de l’État ? Gouverner un État sera donc mettre en œuvre l’économie, une économie au niveau de l’État tout entier, c’est-à-dire avoir à l’égard des habitants, des richesses, de la conduite de tous et de chacun une forme de surveillance, de contrôle non moins attentive que celle du père de famille sur la maisonnée et ses biens.

Une expression, d’ailleurs importante au XVIIIe siècle, caractérise bien cela encore. Quesnay parle d’un bon gouvernement comme d’un ‘gouvernement éco-no-mique’ ; et on trouve alors dans Quesnay, j’y reviendrai plus tard, le moment où apparaît cette notion de gouvernement économique, qui est au fond une tautologie, puisque l’art de gouverner, c’est l’art précisément d’exercer le pouvoir dans la forme et selon le modèle de l’économie. Mais si Quesnay dit ‘gouvernement économique’ c’est que déjà le mot ‘économie’, pour des raisons que j’essaierai d’élucider, est en train de prendre son sens moderne, et il apparaît à ce moment-là que l’essence même de ce gouvernement, c’est-à-dire de l’art d’exercer le pouvoir dans la forme de l’économie, va avoir pour objet principal ce que nous appelons maintenant l’économie. Le mot ‘économie’ désignait au XVIe siècle une forme de gouvernement ; il désignera au XVIIIe siècle, un niveau de réalité, un champ d’intervention, et cela à travers une série de processus complexes et, je crois, absolument capitaux pour notre histoire. Bon. Donc, voilà ce que c’est que gouverner, et être gouverné. »