Il y a cette étrange lumière, ce soleil éclatant qui n’éclaire pas, ce soleil martien avec ces ombres intimidantes. Longtemps, elle irradiera en nous, halo fossile de l’événement qui aura infléchi le cours de nos vies. Nous emporterons cette lumière, pour nos vies d’après. Elle irradiera nos vaisseaux, elle rayonnera dans nos colonies, elle baignera nos rêves, elle accompagnera nos aventures. Elle baignera les blonds enfants de l’Après.
Catégorie : Journal
9. Colony (2)
C’était l’incrédulité.
Pas vraiment décevant, non,
Plutôt la surprise.
C’était… comme l’ancienne Amérique un peu.
C’était comme dans les livres, comme dans les films.
Nous marchions, incrédules,
Nous rions en silence dans la poussière rouge.
Déjà, nous habitions en pensée les lointains bleutés,
Déjà nous tirions des plans.
Sortant du Vaisseau avec avidité comme des animaux clandestins,
Les Mots prenaient possession de chaque rocher, de chaque caillou, de chaque dépression.
Malgré toutes nos précautions,
Nous avions apporté nos rêves et nos pensées avec nous manifestement.
Mais il y avait autre chose :
Comme sorti des tréfonds,
De la soute la plus obscure,
De la trappe la plus oubliée,
Il y avait
Cet impérieux désir.
***
***
It was disbelief.
Not really disappointing, no,
Rather the surprise.
It was … a little bit like ancient America.
It was like in the books, like in the movies.
We were walking, incredulous,
We were laughing in silence in the red dust.
Already, we lived in thought in the distant bluish mountains,
Already we were drawing plans — and plans inside the plans.
Leaving the Ship greedily like clandestine animals,
Words took possession of each rock, each pebble, each depression.
Despite all our precautions,
We obviously brought our dreams and thoughts with us.
But there was something else…
Like coming out of the depths,
From the darkest bunker,
From the most forgotten hatch,
There was
This imperious desire.
3. Chercher la joie secrète
Time went by, pretty bad,
Time passed with the strangled hiss of oxygen in the tubes.
Come on, how high can you count?
Try again
We looked at each other, through the transparent shells of our helmets.
We looked at each other, through each other
With the faintest smile,
Whacked in the Ship,
Chewing nicotine,
Absent from us all.
Transported at prodigious speed
We were going so far that we couldn’t tell
We were going so far that we couldn’t tell
We were going so far that we couldn’t tell
We were going so far that we would arrive as strangers, at least
We were going so far that we could no longer die
***
***
Du temps passait, plutôt nul
Du temps passait avec le sifflement étranglé de l’oxygène dans les tubes
Allez, dis moi jusqu’à combien tu sais compter
Essaye encore
Nous nous regardions, impavides, à travers les coques transparentes de nos casques
Nous nous regardions, à travers l’un l’autre
Avec le plus fin sourire
Brinqueballés dans le Vaisseau
A mâcher de la nicotine
Absents à nous même
Transportés à une prodigieuse vitesse
Nous allions si loin que nous ne pouvions le dire
Nous allions si loin que nous ne pouvions le dire
Nous allions si loin que nous ne pouvions le dire
Nous allions si loin que nous arriverions des autres, au moins
Nous allions si loin que nous ne saurions plus mourir
7. Into the spaceship (in sight of asteroid 2993 ‘Wendy’)
All night long
In the Faraday cage
Leaning on the Moog with joy in the heart
Listening to what the inner ear says
Beethoven on the Vocoder
A happy unicorn galloping in her own personal meadow
And that look from Rachel that one doesn’t really know if it’s love
All night long
– cats are purring
2. Dawn patrol (to Friedrich) #1
Flew over the abandoned highway
In the blue valley
There was this silent pain all around
So many futures yet to dawn!
—
(c) 2020 Vivid Spray Records
1. Autobahn (Kraftwerk cover)
Wir fahr’n fahr’n fahr’n auf der Autobahn
Wir fahr’n fahr’n fahr’n auf der Autobahn
Vor uns liegt ein weites Tal
Die Sonne scheint mit Glitzerstrahl
Wir fahr’n fahr’n fahr’n auf der Autobahn
Wir fahr’n fahr’n fahr’n auf der Autobahn
Die Fahrbahn ist ein graues Band
Weisse Streifen, gruener Rand
Jetzt schalten wir ja das Radio an
Aus dem Lautsprecher klingt es dann:
Wir fah’rn auf der Autobahn
Tracklist for a dream album
1. Autobahn – 3 :16
2. Dawn patrol (to Friedrich) – 5 :12
3. Chercher la joie secrète – 3 :27
4. Time odyssey (Icarus) -2 :44
5. Six heures du soir – 1 :42
6. Faster than the speed of sadness – 8 :21
7. Into the ship – 3 :12
8. Colony 1 – 2 :40
9. Colony 2 – 3 :20
10. Foucault – 3 :24
11. New childs – 1 :24
12. Personae – 0 :32
13. Forever fall – 7 :36
14. Desert gardens – 3 :36
15. Heartbeats – 1 :22
16. Autobahn (remix) – 8 :25
17. Into the ship (remix) – 2 :12
(Gama/pvaa (c) 2020 / Vivid Spray Records)
Bradbury, 2
‘Tout le long du chemin, le poursuivi et les poursuivants, le rêve et les rêveurs, la proie et la meute. Tout le long du chemin, la révélation subite, l’éclair d’yeux familiers, un nom ancien que l’on crie, les souvenirs d’autres temps, la foule qui se multiplie. Chacun qui s’élance à mesure que le rêve fugitif, telle une image réfléchie par dix mille miroirs, dix mille yeux, arrive et repart, offrant un visage différent à ceux qui sont devant, à ceux qui sont derrière, à ceux qu’il reste à rencontrer, à ceux qu’on ne voit pas encore.’
‘All down the way the pursued and the pursuing, the dream and the dreamers, the quarry and the hounds. All down the way the sudden revealment, the flash of familiar eyes, the cry of an old, old name, the remembrances of other times, the crowd multiplying. Everyone leaping forward as, like an image reflected from ten thousand mirrors, ten thousand eyes, the running dream came and went, a different face to those ahead, those behind, those yet to be met, those unseen.’
The martian, september 2036
Bradbury
“It is good to renew one’s wonder,” said the philosopher. “Space travel has again made children of us all.”
Ray Bradbury, The martian chronicles
Sans titre
Tout a changé. Un voyage en train. Etre au balcon — jamais nous ne nous étions tenus si intensément au balcon! La rue, devenue un autre monde, une autre réalité. Nous épuisons chaque jour des tonnes de fiction, tous nos souvenirs de livres, de films et même nos rêves y passent mais rien n’y fait : nous ne recollons pas à cette réalité, elle est toujours en avance sur nous, elle nous regarde toujours dans une autre lumière, et nous ne pouvons plus dire ‘comme’, comme ceci ou comme cela, nous ne pouvons plus ranger ni nommer les choses, nous ne pouvons plus les manipuler et donc nous en rendre maîtres. Elles nous échappent. Elles nous dénient leur commerce, et toute notre économie du sens, tout notre emprunt sur les notions de sens commun, sur l’évidence supposée de l’intentionnalité du monde à notre égard, tout cela s’effondre, glisse, se disloque. Nous sommes dans l’irréalité d’un film que nous n’avons pas encore vu. Nous sommes dans le rire de cette lumière irréelle qui ne nous arrête plus, qui ne nous installe plus. Nous sommes transpercés par le néant, et pourtant c’est indolore — juste cette sensation d’étrangeté comme si nous avions acquis la faculté d’un nouvel état entre la veille et le sommeil. Une enfance, une innocence nouvelles où tous nos raidissements si durement acquis ne nous sont plus d’aucune aide. Le crédit s’effondre, le décor s’effondre, le ciment de la peur rompt. Une aurore commence, mais nous ne savons pas encore comment l’appeler. Nous rions incrédules, désarmés. Cette étrangeté dans les sensations, c’est nous, sans doute.

