Klein & Wagner, Hermann Hesse, 1919

Cette foule d’impressions et de réminiscences lui infligeait un supplice qui ne se distinguait pas de l’extrême volupté. Son coeur battait plus vite, des larmes lui montaient aux yeux. Il se rendit compte qu’il était au bord de la folie, tout en sachant fort bien qu’il ne deviendrait pas fou. Son regard plongeait dans cette nouvelle contrée de l’âme, la folie, avec le même ravissement et le même étonnement qu’il éprouvait à scruter son passé ou à contempler le lac et le ciel. Là aussi, tout était enchanteur et plein d’harmonie. Il comprit pourquoi la folie était un phénomène sacré pour certaines religions évoluées. Il comprenait tout, il avait accès à toute chose, il communiquait avec le monde. Il n’existe pas de mots pour dire cela ; c’est aberrant de vouloir exprimer par des phrases ce que l’on pense et comprend. Il suffit de demeurer ouvert, en état d’accueil; liées entre elles, les choses forment alors cette longue procession que l’on fait entrer en soi comme dans une arche de Noé. Le monde est à nous, il devient intelligible, il ne fait qu’un avec nous.

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Der Andrang wurde zur Qual, zu einer Qual, die von höchster Wollust nicht zu unterscheiden war. Sein Herz schlug rasch, Tränen standen ihm in den Augen. Er begriff, daß er nahe am Wahnsinn stehe, und wußte doch, daß er nicht wahnsinnig werden würde, und blickte zugleich in dies neue Seelenland des Irrsinns mit demselben Erstaunen und Entzücken wie in die Vergangenheit, wie in den See, wie in den Himmel: auch hier war alles zauberhaft, wohllaut und voll Bedeutung. Er begriff, warum im Glauben edler Völker der Wahnsinn für heilig galt. Er begriff alles, alles sprach zu ihm, alles war ihm erschlossen. Es gab keine Worte dafür, es war falsch und hoffnungslos, irgend etwas in Worten ausdenken und verstehen zu wollen! Man mußte nur offenstehen, nur bereit sein: dann konnte jedes Ding, dann konnte in unendlichem Zug wie in eine Arche Noahs die ganze Welt in einen hineingehen, und man besaß sie, verstand sie und war eins mit ihr.

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Doppelgänger

Le gardien avait cru le reconnaître. Il tendit tout de même son passeport et s’avança dans le bâtiment sombre, dédale de pièces grises et marron, de vestiaires verts. On croyait toujours le reconnaître, et particulièrement dans les clubs de sport. On croyait toujours l’avoir déjà vu, ou bien il rappelait quelqu’un d’autre – cet autre qui venait de partir, qui avait laissé sa raquette ou bien qui avait eu l’indélicatesse de réserver sans venir. Il en riait, et ses amis avec lui, mais quelque chose le tracassait là-dedans. Pas tellement d’avoir un physique ou un nom ordinaire. Plutôt d’être mal défini, flou, théorique, réductible à d’autres, à l’autre qui fuyait comme une silhouette kafkaïenne là-bas, tournant le coin du couloir derrière le carrelage marron. Une région, plutôt qu’un être. Un nuage de points. Une probabilité. Une zone de croisements divers, une certaine consistance de hasard. Un rôle, une abstraction certainement mais définis par qui, écrits par qui? Ça le tracassait, tandis qu’il grimpait l’escalier branlant à travers les entrailles de béton.

De l’expérience

Les laborieux – dont je fais partie – accèdent laborieusement à des satisfactions inconnues des gens brillants. Et inversement, les brillants planent dans leur monde de brillants. Mais quelle est la meilleure satisfaction? La plus satisfaisante? La plus personnelle? Laquelle apporte le plus de paix? Laquelle répond le mieux, le plus provisoirement-longtemps, à la question lancinante? Même sans considérations morales, ces questions sont assommantes. Laborieuses. Was musst du tun, um du selbst zu sein?

Jean Dubuffet, L’homme du commun à l’ouvrage, 1973

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Notes pour les fins lettrés, 1946

« L’art doit naître du matériau et de l’outil et doit garder la trace de l’outil et de la lutte de l’outil avec le matériau. L’homme doit parler mais l’outil aussi et le matériau aussi. »

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« L’art doit naître du matériau. La spiritualité doit naître du matériau. »

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« A la loyale. Tout doit être bien apparent et pas dissimulé ou déguisé. »

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« Chasseur d’occasions. (…) Combien la recherche et la rencontre de ces accidents favorables sont passionnantes: quel jeu plein de surprises et d’attrait pour le peintre!

Il ne s’agit plus alors d’utiliser des couleurs dociles, et dont on sait d’avance l’effet que fera leur assemblage, mais bien de manier des matières magiques, qui paraissent avoir leur volonté propre, et tellement plus de pouvoir que n’en ont les intentions concertées de l’artiste! Il emploie là des auxiliaires dont les forces sont bien supérieures aux siennes, comme un qui manierait la foudre. Les pinceaux sont comme enchantés : ils font des merveilles. Sur un sujet, disons un visage humain, un portrait, à un certain degré de l’élaboration de cette peinture, je passe grossièrement, par-dessus un polychromage préalable, un pinceau chargé d’une couleur imprévue — du noir, par exemple, ou du vert, ou n’importe quoi : et voici un miracle qui se produit, une opération magique! cette couleur rapidement et sommairement barbouillée, se lie avec bonheur aux couleurs qu’elle recouvre, tout en les laissant par endroits transparaître imperceptiblement, de sorte qu’il se forme des dégradés et des voisinages de tons si fins, si subtils, qu’aucun propos délibéré n’aurait pu les concevoir, ni en tout cas les exécuter. »

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« Fuir tous les modes mécaniques et impersonnels. »

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« De la boue seulement suffit, rien qu’une seule boue monochrome, s’il s’agit seulement de peindre, et non colorier des foulards. »

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« Il n’y a pas de choses laides. »

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L’art brut, 1947

« Définir une chose – or déjà l’isoler – c’est l’abîmer beaucoup. »

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Honneur aux valeurs sauvages, janvier 1951

« (…) je crois que la folie est une valeur très féconde, très utile, très précieuse. »

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Le lambris de Clément, septembre 1963

« Clément d’autre part affectionne le secret; il aime à ressentir que son ouvrage est sa propriété inviolable, imprenable; inutilisable pour qui n’en détient les secrètes clefs. On conçoit aisément qu’une œuvre de cette espèce devienne pour son auteur (et c’est sans doute aucun la fonction qu’il attendait d’elle au long des deux années entières qu’il employa patiemment à l’exécuter) son personnel jardin, son palais, son univers où toutes choses enfin lui sont soumises et dont il est seul maître; et on conçoit de même qu’il ne comblera ce désir que par le moyen d’en défendre soigneusement à tout venant l’entrée. »

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Empreintes, avril 1957

« J’aime à proclamer que mon art est une entreprise de réhabilitation des valeurs décriées. »

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Lettre à Gaston Chaissac, 28 août 1950

« Vive toutes choses qui ignorent leur nom! »

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*L’écume des roches, Lithographie, 1959