N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit*

Plus tard, bien plus tard, après les explosions, les cris et les danses, après les parades folles dans les rues sur les voitures et les scooters, après toute cette dépense d’énergie et de désir, d’agressivité et de guerre primitive, après tout cela nous étions couchés dans le parc ouvert la nuit. Nous étions couchés dans la grande clairière dont la face oblique dominait la ville et ses lumières, comme un vaisseau spatial, comme un astéroïde dont nous sentions gronder les moteurs sourds en dessous de nous. Couchés dans l’herbe oblique, bordés par la masse sombre et frémissante des arbres, nous voguions vers une sorte de stase, un instant suspendu. Nous buvions des bières glacées. Certains semblaient se faire comprendre sans parler – désignant juste d’un geste vague, la clairière et les lumières de la ville, en bas, comme une explication suffisante, comme un discours. D’autres se répandaient en murmures, en confidences interminables qui cliquetaient dans l’air noir comme les formules d’un code. D’autres encore criaient, se battaient, s’embrassaient, pleuraient, riaient – et encore, au loin les klaxons, les sirènes, les vivas, les fusées. Comme il y avait de grandes masses d’ombre et de fatigue et un flux continu d’air subtil entre nous tous, nous avancions dans la même nuit. Epuisés par le plaisir nous avancions dans la même nuit et la nuit s’ouvrait, c’était un futur de possibilités tactiles qui explosaient en nous comme de petites capsules transparentes, euphorisantes. Nous happions ce plancton invisible avec nos branchies invisibles, avec nos rêves invisibles, avec nos sens cachés, oubliés, antiques, primitifs. Nous foncions, cloués à l’aile oblique de notre vaisseau par l’accélération, happant sur nos rétines hypersensibles les messages codés des étoiles, les signaux des diodes numériques. Nous fendions l’espace de nos visages, de nos poitrines, de nos corps – garçons et filles moulés par le halo doré de nos écrans, transformés en pilotes stoïques d’astronefs, nos longues chevelures déroulées dans la nuit. Rangés à nos pieds, il y avait nos casques invisibles et nos glaives invisibles et la rumeur d’anciens combats. Nous étions embarqués dans la même nuit que nous pilotions d’une main calme avec un sourire en coin. Nous étions la puissance. Nous étions embarqués dans la même nuit et nous voyions, fusionnés en un seul et même système perceptif par quelque prodige, par quelque synchronisation mathématique – nous voyions les figures de futurs considérablement distants qui tournoyaient lentement devant nous. Avec nos yeux futurs, avec nos yeux distants, avec nos hyperyeux, nous les faisions tourner nonchalamment comme les pièces d’un puzzle, nous cherchions distraitement les accords, les connexions subtiles, les rotules synaptiques. Nous étions embarqués dans la même nuit aux longues embardées cosmiques. Nous étions embarqués dans la même nuit. Depuis le début il y avait une sorte de musique, à la limite de l’audible, qui aurait été comme le grattement d’un myriade de minuscules alvéoles creuses par de très fines pattes de robots, le grésillement électronique d’une matrice qui patiemment imprimerait la nuit avant et après nous, le flux nuageux, labile de nos nouvelles pensées accélérées, de nos pensées fulgurantes comme des ondes droguées de plaisir. Nous étions embarqués dans la même nuit.

*Do not go gentle into that good night

Je voudrais me perdre

Je voudrais me perdre

Longuement comme Pasolini dans la nuit indienne

Je voudrais me perdre dans de longues herbes ondoyantes

Errer entre réminiscences et prémonitions

Laisser remonter des profondeurs comme des fumigations des échos si fins qui rencontreraient le tamis mal assuré du langage

Musiques de films souvenirs de pluies fictives, de bribes de sentiments de bonheur, d’éclats de lumière

Dessous, dessous la grille du langage

Débordant les bornes mal assurées du moi, les territoires inconnus

Être le lieu d’une longue traversée dans les hautes herbes avec des éclats de rire cristallins qui toujours

Reviennent

Je voudrais me perdre

Nous, nouveaux, sans nom

Avec Weinstein, et puis diverses fluctuations de la vie avant cela, on s’est réveillé “institué homme”. Avec une part de surprise et une part d’hypocrisie, on a découvert d’un coup, comme le visiteur étranger des “murailles de Samaris” de Schuiten, l’immense machinerie sociale qui régnait sur nous et fabriquait cette société-là, cette réalité-là, ces comportements-là. L’énormité de la chose interpelle: comment ne nous sommes-nous rendus compte de rien? Ou bien, comment avons-nous pu seulement nous le faire croire à nous-mêmes? Par quel aveuglement? Ou bien par quels subtils encouragements, par quelles discrètes gratifications de la norme? Finalement, les systèmes moraux sont comparables à des systèmes de corruption: même coercition du “tout le monde le fait, ne sois pas en défaut”, et même éloquence des silences, même puissance écrasante des non-dits.

Se découvrir institué, que ce soit “homme”, “travailleur” ou “djinn”, ou “centaure”, prendre conscience du mécanisme, cela ne veut pas automatiquement dire se désinstituer. Par la prise de conscience, on abat mentalement un pan de l’édifice – et on s’étonne qu’il reste debout. On abat encore d’autres poteaux et on s’étonne davantage encore que rien ne s’écroule, et on en vient à douter: existe-t-il seulement un édifice? Tout cela n’est-il qu’un décor, une toile peinte avec un effet de lointain? Cette cage existe-t-elle et ses barreaux existent-ils? “Nous, nouveaux, sans nom, difficiles à comprendre, enfants précoces d’un avenir encore incertain…”: tel est le début vibrant de l’aphorisme #383 du Gai-Savoir, la “grande santé”. Allons-nous sortir vivants de la norme? Allons-nous parvenir à nous tenir dans cette nudité, dans cette solitude? Allons-nous empresser de rebâtir une coquille, de reconstruire une norme? Qu’allons-nous faire de notre liberté en somme?

Une surface de libération

Depuis la tour de télévision nous avons vu ce qui ressemblait à une grande surface d’herbe jaunie, ce qui était déjà assez étrange en pleine ville. On nous a dit: c’est l’ancien aéroport de Berlin Tempelhof. Et puis: il a été transformé en parc, vous devriez aller voir. Tempelhof… il me semblait l’avoir vu en fonctionnement il y a une vingtaine d’années. Pour qui a lu JG Ballard (L’ultime cité, par exemple), l’idée d’un aéroport abandonné ne peut qu’exciter l’imagination: on imagine déjà des DC10 fantômes et des personnages bizarres, post-apocalyptiques dans les herbes hautes.

Nous descendons à Paradenstrasse et nous montons sur des vélos chinois pour aller vers le Tempelhof Feld, le champ. Comme toujours à Berlin l’histoire se présente en couches, en mille-feuille ou en palimpseste, et comme toujours il y en a trop. Ici donc les « Paraden » au 19ème siècle, un vaste terrain de manoeuvres militaires où les berlinois venaient pique-niquer le dimanche. Puis les débuts de l’aviation au commencement du 20ème. Puis l’immense aéroport construit par les nazis entre 36 et 41, devenu un camp de prisonniers pendant la guerre. Puis le « Luftbrücke », le fameux pont aérien de 1948-49. Puis une exploitation commerciale, qui périclite avec la construction de l’aéroport Berlin Tegel et la chute du Mur. Mais on ne voit pas tout ça évidemment quand, ayant fini de longer l’immense bâtiment on pique à gauche par une petite porte et on voit ceci: littéralement les pistes d’un ancien aéroport transformé en parc. Mais pas transformé avec des moyens, un projet, des architectes et des paysagistes, non. Transformé par un coup de baguette magique sémantique: avant il y avait un aéroport, et maintenant il y a un parc. Alors, on s’avance et on roule et c’est immédiatement formidable. Comme paysage, plat avec beaucoup de ciel et des herbes hautes et jaunes, ça évoque tout à fait le polder de Sébastopol à Noirmoutier, sans la mer. Et on voit toujours ces mêmes jeunes candides et superbes de Berlin, qui roulant, qui patinant, qui jouant au tennis sur le tarmac – un tennis qui devient démesuré et fou avec les flèches géantes peintes sur le runway.Trois cent quatre vingt hectares d’herbes folles avec quelques rares arbres, au milieu deux pistes de deux kilomètres et autour une voie de service, les pistes de roulage. Dans ce paysage de polders de petits groupes de cyclistes, de photographes d’oiseaux. Des couples, des filles cherchent la tranquillité, qui leur est généreusement accordée. A mesure qu’on arpente, littéralement, l’immense surface, des objets et des choses surgissent: là un radar, ici un skate park, ou encore une zone d’exercice pour chiens. Plus loin, une construction expérimentale faite par de jeunes architectes à base d’éléments de récupération d’anciens bâtiments de la DDR. Plus loin encore, vers la partie Est du champ, cela s’anime: un vaste jardin communautaire où s’imbriquent des centaines de mini-parcelles potagères avec des constructions variées. On voit des tentes et des caravanes et des manifestes punaisés sur des pancartes en bois. On voit des gens qui évoluent en bonne intelligence, clouent, rabotent, plaisantent. Des jeunes préparent un film sur le runway et cela a tout de suite une allure formidable. Quelques vieux zincs sont là pour faire bonne mesure, ils dorment dans les herbes folles. JG Ballard est mort en 2009, il n’a pas pu voir cet endroit extraordinaire et fou mais qu’importe, le lieu est absolument ballardien- et je n’ose imaginer les magnifiques accidents de voiture que l’on aurait pu organiser ici pour lui!

Plus tard, installé dans le traditionnel Biergarten – qui prend ici l’aspect extraordinaire d’un camp de bédouins dans le désert, la Wurst nomade?- on réfléchit. On pense au festival Burning Man dans le désert américain. On pense aux utopies des architectes des années 60-70, ici réalisées cinquante plus tard: les anglais d’Archigram et l’Instant City. Plus encore, aux italiens de Superstudio, qui avaient fait la prédiction d’une vaste surface ouverte, la « Supersurface » sur laquelle on évoluerait librement comme de nouvelles tribus nomades, littéralement nourris par les réseaux (appelée en toute modestie: « An alternative model for life on the Earth »!). Eh bien, cette prédiction est réalisée ici. Mais il y a plus que ça.

D’où vient le sentiment de bonheur qui vous saisit immédiatement lorsque vous pénétrez dans cet endroit? De la liberté bien sûr. Ou pour dire autrement, de l’institution faible: un cadre, certes organisé à l’allemande, mais où c’est l’indétermination et l’ouverture qui sont organisées. Ce qui est génial, c’est l’absence de programmation, l’absence du trait ou du mot sur un plan qui impose un comportement, qui institue. Pour savoir de quoi une société est capable, de quelle vision ou de quelle projet elle est porteuse, encore faut-il lui donner une page blanche, une « supersurface » où s’ébattre pour inventer ou accueillir le radicalement nouveau, le fruit de la création tectonique du temps. Tempelhof Feld est cette page, cette surface d’accueil et d’enregistrement, au sens sismographique, du Nouveau. Et ce n’est pas un hasard si l’on trouve dans la partie Nord du grand ovale du champ, une cité d’accueil de réfugiés et de demandeurs d’asile impeccable, totalement en harmonie avec le reste – et qui a largement de quoi nous faire rougir nous autres français. Et quoi d’autre? Il reste de la place, semble-t-on nous dire. Un cirque. Des terrains de sport. Une piste de voitures de course. Pourquoi pas?

L’institution faible, c’est la liberté et le projet. C’est aussi, si on écoute un autre visionnaire, le Nietzsche du Gai-Savoir (#280), l’occasion de se trouver soi-même, en éloignant de nous ne serait-ce que temporairement les aimants de l’institution, de la détermination sociale et de la coercition:

“Il faudra reconnaître un jour, et bientôt peut-être, ce qui manque à nos grandes villes : des endroits silencieux, spacieux et vastes pour la méditation, pourvus de hautes et longues galeries pour le mauvais temps et le temps trop ensoleillé, où le bruit des voitures et le cri des marchands ne pénétreraient pas, où une subtile convenance interdirait, même au prêtre, la prière à haute voix : des constructions et des promenades qui exprimeraient, par leur ensemble, ce que la méditation et l’éloignement du monde ont de sublime. Le temps est passé où l’Église possédait le monopole de la réflexion, où la vita contemplativa devait toujours être avant tout vita religiosa : et tout ce que l’Église a construit exprime cette pensée. Je ne sais pas comment nous pourrions nous contenter de ses monuments, même s’ils étaient dégagés de leur destination ecclésiastique : les monuments de l’Église parlent un langage beaucoup trop pathétique et trop étroit, ils sont trop les maisons de Dieu et les lieux d’apparat des relations supra-terrestres pour que, nous autres impies, nous puissions y méditer nos pensées. Nous voudrions nous voir traduits nous-mêmes en pierres et en plantes, nous promener en nous-mêmes, lorsque nous circulerions dans ces galeries et ces jardins. »

J’adore la « subtile convenance » et elle règne ici, au Tempelhof Feld. Il n’y a qu’à Berlin qu’on peut rêver comme cela dans des terrains vagues sublimes, métaphysiques, qui sont comme les mers intérieures de nos pensées et de notre âme. Il y a vingt-cinq ans c’était le terrain vague du Mur après la réunification – qui entretemps est devenu le Sony Center qui m’excite nettement moins. Maintenant ici, on prie pour que les « ingénieurs » du Gai Savoir gardent la main et que la mer reste ouverte. Entrez ici avec vos rêves, semblent-ils nous dire avec bienveillance.

Neukölln (der Himmel über)

A Berlin Neukölln, un dimanche soir de juin, les choses luisent dans une paix désarmante. Le match de foot s’étire d’écran en écran, de la télé de l’épicier turc à celle des bars qui jonchent, avec leurs lumières et leurs cris, le quartier endormi, ouaté. Tout semble fait pour magnifier les lumières, les lueurs, le voyage de la lumière dans l’air bleu, vert, un air de sous-bois et de lacs qui vivent encore là, depuis toujours. A Neukölln, l’éternité, oui, mais dans cette humanité désarmante. Un gars et sa copine jouent au ping-pong avec toute la légereté et l’innocence que l’on accorde au jeu. Trois jeunes types jouent au basket dans un playground qui est un invraisemblable écrin de verdure: comme une sorte de basket sub-aquatique dans le fluide vert magique, amniotique et rieur de leur enfance. Aux terrasses des bars, des vieux sont assis religieusement devant le foot avec posées devant eux, sur de petites tables, des bières hautes, blondes et blanches, embuées, qui sont ni plus ni moins que des promesses de bonheur. Le bonheur, c’est finalement avant, quand la bière repose intacte devant vous, ou bien quand retentit le petit déclic de l’ascenseur, en bas, le signal que l’amante que vous attendez dans le noir, couché sur le lit, vient enfin vous rejoindre. Avant, avant. Mais ici, c’est encore autre chose. Les enseignes et les écrans qui luisent dans l’air frais et bleu et granuleux de juin parlent une langue inconnue que l’on comprend instantanément, une langue d’avant le langage. Puis, c’est le petit cinéma de quartier où rebelote, des filles aux yeux rieurs remplissent des chopines immenses et vous donnent des tartines de jambon tiède. Neukölln, c’est aussi Charleroi et « Ilkino », c’est le Cabaret Vert. Et peut-être que la tapisserie très naïve, c’est le foot avec ses couleurs vives. On boit, on mange, on fume, on discute et on rit avec ce sérieux des enfants blonds, ce sérieux qui est la vraie joie. Mais quand arrivent ces grandes images grises qui survolent la ville, ces images frottées et granuleuses qui semblent la continuité magique, séraphique de ce quartier si paisible, alors oui, c’est la beauté. C’est la beauté et il n’y a que les larmes qui puissent la dire. « Als das Kind ein Kind war, wusste es nicht, das es Kind war. »

Castoriadis: l’institution imaginaire de la société (1974)

Cornélius Castoriadis, L’institution imaginaire de la société, 1974castor1.jpg

Quelques extraits et commentaires

« Tout se qui se présente à nous (…) est indissociablement tissé au symbolique. »

« Cette société produit nécessairement cet imaginaire (…) dont elle a besoin pour son fonctionnement. Pourquoi est-ce dans l’imaginaire qu’une société doit chercher le complément nécessaire à son ordre ? »

« Les significations imaginaires sociales n’existent pas à proprement parler sur le mode d’une représentation (…). Elles sont infiniment plus vastes qu’un fantasme individuel, elles n’ont pas un lieu d’existence précis. (…) Elles ne peuvent être saisies que de manière dérivée ou oblique, (…) comme la courbure spécifique à chaque espace social, comme le ciment invisible tenant ensemble cet immense bric-à-brac de réel, de rationnel et de symbolique qui constitue toute société et comme le principe qui choisit et informe les bouts et les morceaux qui y seront admis. »

« Toute société a essayé de donner une réponse à quelques questions fondamentales : qui sommes-nous, comme collectivité ? Que sommes-nous, les uns pour les autres ? Où et dans quoi sommes-nous ? Que voulons-nous, que désirons-nous, qu’est-ce qui nous manque ? La société doit définir son « identité » ; son articulation ; le monde, ses rapports à lui et aux objets qu’il contient ; ses besoins et ses désirs. Sans la « réponse » à ces « questions », sans ces « définitions », il n’y a pas de monde humain, pas de société et pas de culture –car tout serait chaos indifférencié. Le rôle des significations imaginaires est de fournir une réponse à ces questions, réponse que de toute évidence, ni la « réalité » ni la « rationalité » ne peuvent fournir. »

« La vie du monde moderne relève autant de l’imaginaire que n’importe quelle culture archaïque ou historique. »

« Il est impossible de comprendre ce qu’a été, ce qu’est l’histoire humaine en dehors de la catégorie de l’imaginaire. »

L’homme, animal créatif, animal poétique qui trouve des solutions dans l’imaginaire. Qui établit dans l’imaginaire des systèmes qui trouvent leur prolongement naturel et rationnel dans la réalité, la vie quotidienne.

« (…) la question de l’histoire est question de l’émergence de l’altérité radicale ou du nouveau absolu (…) et la causalité est toujours négation de l’altérité (…) »

« Ce qui se donne dans et par l’histoire n’est pas séquence déterminée, mais émergence de l’altérité radicale, création immanente, nouveauté non triviale. »

« Le topos ou la chora est la possibilité première du pluriel. En ce sens, il est ce qui permet l’identité du différent. »

Et la succession, et le surgissement, et l’Autre, et la création, et la vie, et le sens.

 « Le temps comme « dimension » de l’imaginaire radical est émergence de figures autres. Il est altérité – altération de figures (…) »

« Le temps véritable, le temps de l’altérité – altération est temps de l’éclatement, de l’émergence, de la création. Le présent, le nun, est ici explosion, scission, rupture. »

« Tout se passe comme si la société ne pouvait pas se reconnaître comme se faisant elle-même ; comme institution d’elle-même, comme auto-institution. »

« Tout ce qui est, d’une façon ou d’une autre, saisi ou perçu par la société doit signifier quelque chose, doit être investi d’une signification, et même beaucoup plus : est toujours d’avance saisi dans et par la possibilité de la signification, et ce n’est que dans et par cette possibilité qu’il peut être finalement qualifié de privé de signification, insignifiant, absurde. »

« L’institution social-historique est ce dans et par quoi se manifeste et est l’imaginaire social. Cette institution est institution d’un magma de significations, les significations imaginaires sociales. Le support représentatif participable de ces significations (…) consiste en images ou en figures, au sens le plus large du terme : phonèmes, mots, billets de banque, djinns, statues, églises, outils, uniformes, peintures corporelles, chiffres, postes frontières, centaures, soutanes, licteurs, partitions musicales – mais aussi : la totalité du perçu naturel, nommé ou nommable par la société considérée. »

Emprunt, crédit, détour inspiré par l’imaginaire pour comprendre le monde en l’inventant. Homme.

« Certes, ce faisceau de renvois dont chacun aboutit à ce qui est l’origine de nouveaux renvois est loin d’être chaos indifférencié ; dans ce magma, il y a des coulées plus épaisses, des points nodaux, des zones plus claires ou plus sombres, des bouts de rocaille pris dans le tout. Mais le magma n’arrête pas de bouger, de gonfler et de s’affaisser, de liquéfier ce qui était solide et de solidifier ce qui n’était presque rien. Et c’est parce que le magma est tel que l’homme peut se mouvoir et créer dans et par le discours, qu’il n’est pas épinglé à jamais par des signifiés univoques et fixes des mots qu’il emploie – autrement dit, que le langage est langage. »

« Une signification n’est rien « en soi », elle n’est qu’un gigantesque emprunt – et pourtant elle doit être cet emprunt-ci ; elle est, pourrait-on dire, tout entière hors d’elle-même, mais c’est elle qui est hors soi. »

Une signification, une société, un mot, un individu, un instant : tout n’est-il qu’un « gigantesque emprunt ». Ne sommes-nous pas beaucoup plus marqués au coin du multiple que nous l’imaginons ?

« Il faut que la société se fabrique et se dise pour pouvoir fabriquer et dire. »

« Etre » c’est « être socialement ». Le social, c’est le mode de l’être. La signification, l’institution, l’imaginaire social, l’identité sont comme une couche de glace plus ou moins mince jetée sur le lac de l’inconnu par les hommes. Rassurés et institués par le sens, nous n’en sommes pas moins fascinés par l’inconnu en dessous, et les limites humaines de perception de cet inconnu. D’où la fascination pour la chose, qui nous échappe au-delà de la prise partielle et furtive du langage, qui dérape vers l’inconnu ou nous ne pouvons la suivre.

 Cette émergence continue de figures, de représentations, de sens sous les yeux fermés, c’est la pulsation de la vie comme le sang, c’est l’homme.

 « Le flux représentatif est, se fait, comme auto-altération, émergence incessante de l’autre (Vor-stellung). »

« La représentation n’est pas décalque du spectacle du monde, elle est ce dans et par quoi se lève, à partir d’un moment, un monde. Elle n’est pas ce qui fournit des « images » appauvries des « choses », mais ce dont certains segments s’alourdissent d’un « indice de réalité » et se « stabilisent » tant bien que mal et sans que cette stabilisation ne soit jamais assurée, en « perception des choses ». »

« Il n’y a de « choses », à savoir profondeur et épaisseur « dehors », que parce qu’il y a aussi profondeur et épaisseur « dedans » ; il n’y a fixité et résistance « dehors » que parce qu’il y a aussi labilité et fluence « dedans » ; comme il n’y a mobilité « dehors » que parce qu’il y a aussi persistance « dedans ». Il n’y a perception que parce qu’il y a aussi flux représentatif. De ce point de vue aussi, l’imaginaire – comme imaginaire social et comme imagination de la psyché – est condition logique et ontologique du « réel ». »

« L’imaginaire radical est comme social-historique et comme psyché/soma. Comme social-historique, il est fleuve ouvert du collectif anonyme ; comme psyché/soma, et est flux représentatif/affectif/intentionnel. »

Qu’est-ce donc que la ville à cette aune ? Fluence, imaginaire, emprunt, reflet, magma, oui.

Shouting the word: « now! »

Toutes les lignes rouges ont été franchies, tous les garde-fous défoncés, tous les plafonds crevés – et tant de « oulalas » outrés poussés au fond de salons confortables. Derrière mon bureau dort une machine qui permet d’imprimer en trois dimensions n’importe quel objet, pourquoi pas une dent ou une rotule. Autour de moi, dans un rayon de un mètre maximum veillent sur moi mes prothèses numériques qui me confèrent une prométhéenne puissance tout en me fliquant jusqu’aux tréfonds des datas les plus intimes: et on sent bien qu’ils n’en ont pas fini, ils veulent rentrer dans mon corps les bougres! Je me demande quel effet cela fera de ranger ses applis à l’intérieur de soi? En Californie des chercheurs injectent des cellules souches humaines dans des embryons de brebis ou de truies, puis réinséminent le tout dans l’espoir de cultiver dans ces chimères homme/mouton ou homme/porc, des pancréas, des foies ou des reins humains aptes à être greffés sur des humains.

 

Monstrueux. Sommes-nous le monstrueux? Oui, nous sommes le monstrueux. La « Vie », comme diraient les plus rassis des pro-life, est finalement un processus assez gore. Il n’y a qu’à voir avec quelles pincettes les penseurs évolutionnistes du dix-neuvième siècle ont pris leurs propres découvertes pour les faire avaler à la société victorienne. Il n’existe pas, ou plus d’ordre naturel, il n’y a qu’une évolution que nos sociétés, bien plus que de l’encadrer par des lois, un morale ou une éthique à géométrie variable, accompagnent ou suivent. Nous sommes des passagers du temps et nous voguons, transformant toujours notre espèce d’un fait naturel à un fait culturel.

Remontez la scène

Dimanche, au sortir de la conférence installés à la terrasse du café Beaubourg dans un agréable soleil de fin d’après-midi, nous voyons passer un couple, Jeanne et moi. Lui, engoncé dans son costume cravate moulant, absolument triomphant. Elle, la bombasse, minijupe avec l’inévitable motif de porte-jarretelle qui dépasse, yeux de biche, jambes de biche, cul de biche, etc., et maniée avec précaution par l’homme à cause des hauts talons sur les pavés. On a ri, bien sûr, parce que nous passions sans transition de « l’observatoire des passions » à l’observatoire du ridicule – qui ne tue pas, au demeurant. Entendons-nous: bien sûr qu’il nous faut des rôles à jouer, des costumes à porter, des décors et des scènes pour exister: que serions nous, que serait la ville sans tout cela? Mais on a le droit de vouloir reconstruire le théâtre, de changer les éclairages et la toile de fond, de trouver de nouveaux auteurs et de nouvelles façons de jouer. On a le droit d’imaginer que « la dame » et « le monsieur » intervertissent leurs costumes et dévalent la piazza de Beaubourg avec classe.

 

La rétrospective Fassbinder, dernièrement à Paris, a permis de découvrir quelques raretés dont « Schatten der Engel », « L’ombre des anges, 1976 », un film de Daniel Schmid tiré d’une pièce de Fassbinder. On y voit Ingrid Caven en prostituée tragique, Jean-Claude Dreyfus en Sganarelle grimaçant, un travesti, un businessman au cœur brisé, Fassbinder lui-même en maquereau non moins brisé: un film magnifique, presque trop beau. Acteurs, actrices nous sommes, plus ou moins fardés, plus ou moins outrés, plus ou moins doués. Il nous faut bien jouer pour exister, voilà le drame, ou le sel de l’existence c’est selon.

Un autre souvenir me vient en tête. Il y a quelques années, au printemps dans un petit village de Sicile au-dessus de Taormina, c’était soirée de meeting politique. Sur une placette charmante, où église, maisons, restaurants et ruelles organisaient tout à fait une scène de théâtre, une sorte d’ingeniere à costume et grosses lunettes d’écaille s’exprimait au micro assis à une petite table recouverte de feutre vert. Une petite foule était réunie là, assise qui sur les chaises des restaurant, qui sur les marches de l’église, qui sur le sol de marbre noir et blanc. Des carabiniers en grand uniforme noir avec des bandes rouges le long des jambes, des képis et des dorures montaient la garde. De touristes plus ou moins hagards se frayaient un passage entre les chaises, les chiens et les chats errants, les enfants qui courraient en tout sens. Je ne sais pas si j’arrive à rendre la scène: là c’était plus le Fellini de Amarcord… Une sorte de concentré d’institution: le vieux mâle qui parle, les flics qui surveillent, tout le monde s’en fout. Quelque chose d’ouvertement joué, faux, en carton. Ce que Castoriadis appelle les significations imaginaires sociales:  « L’institution social-historique est ce dans et par quoi se manifeste et est l’imaginaire social. Cette institution est institution d’un magma de significations, les significations imaginaires sociales. Le support représentatif participable de ces significations (…) consiste en images ou en figures, au sens le plus large du terme : phonèmes, mots, billets de banque, djinns, statues, églises, outils, uniformes, peintures corporelles, chiffres, postes frontières, centaures, soutanes, licteurs, partitions musicales – mais aussi : la totalité du perçu naturel, nommé ou nommable par la société considérée. »

 

Nous évoluons donc dans ce « magma », comme dans une sorte de liquide amniotique qui nous serait consubstantiel. Mais la plupart du temps – de c’est le drame de la démocratie représentative que dénonçait précisément Castoriadis – nous oublions que nous pouvons participer, que nous participons de fait, bon gré mal gré, à sa création, à sa constitution, à son ordre. Nous recevons un flux continu de nutriments de cet « amnios », tellement d’injonctions, de flatteries, de gratifications, d’encouragements, de recadrages que nous en oublions complètement notre singularité, notre individualité. Nous grossissons le trait de nos stéréotypes – de genre, mais pas que – parce que ce sont eux nos djinns et nos billets de banque, ce sont eux notre valeur d’échange, ce sont à eux que nous devons notre étroite existence dans le troupeau. Ce sont aussi à eux que nous devons notre angoisse et notre mal-être…

 

Alors faut-il des normes, des modèles autorisés, faut-il des rôles et des décors, des scènes et un public pour exister? Castoriadis écrit que la société produit nécessairement l’imaginaire dont elle a besoin pour son fonctionnement, que c’est dans l’imaginaire qu’elle trouve le complément nécessaire à son ordre. Mais on peut voir cela comme un processus créatif, après tout. On peut, sciemment, essayer d’accrocher d’autres idoles, d’autres étoiles en carton sur le ciel de notre imaginaire social. Whatever works, pourrait-on dire, pourvu que cesse ce malaise, cette compression du moi et du ça, cette impression de vivre dans un mauvais film. Pourvu qu’on en reçoive une gratification, n’est-ce-pas? Des autres, évidemment. Ou plus nouveau: de nous mêmes. Ou de nouveaux nous-mêmes, libérés pour l’occasion. Faire de son caractère un style, disait Nietzsche dans le Gai savoir. Essayons, avec toujours le regard oblique pour voir si ça plaît à l’autre. Aux marteaux! Remontons la scène…

Sous l’astre mort de la morale

L’explosion des normes sociales a déjà eu lieu et nous sommes là à jouer à ne pas nous en apercevoir – à essayer d’entrevoir. Hier soir Paul B. Preciado a dit avec humour : « nous sommes dans un moment révolutionnaire mais personne n’est au courant ! ».Le navire social continue à avancer sur son erre, mais tout est devenu faux et bizarre. Nous jouons à être des hommes qui seraient des hommes, des femmes qui seraient des femmes. Nous jouons encore à croire aux sacro-saintes « valeurs » qui sont usées jusqu’à la corde et qui ne sont plus que des ectoplasmes, des artefacts, des archaïsmes, des images usées qui sentent le vieux: travail, famille, religion, nation. Les conservateurs freinent des quatre fers bien sûr, mais ce faisant, dit Jankélévitch, ils participent eux aussi à la futurition, au devenir, ils attisent le feu qu’ils espéraient éteindre. Littéralement, le temps les traîne tandis qu’ils trépignent comme des enfants, s’accrochent et se désolent de ce décor toujours changeant, toujours fluant, toujours en avant.

 

Le temps, écrit Castoriadis, est création. Le temps est surgissement continu d’altérité radicale, de nouveauté radicale. Chaque nouveau né, chaque nouveau moment est porteur de cette nouveauté radicale, de cet inédit, de cet inouï, de ce jamais vu, de cette invention pure. C’est comme si nous étions assis à côté d’un volcan qui continuellement crache du révolutionnaire, du radicalement nouveau. Et nous, société, continuellement nous nous précipitons sur le magma brûlant, sur la lave encore chaude pour la faire rentrer dans nos anciens moules, dans nos anciens termes, dans nos anciennes coutumes. Faussaires que nous sommes – par nécessité? Par habitude? Par inhibition? – nous transformons le radicalement nouveau en parfaitement normé. Mais quel est-il donc, ce nomos au sein duquel nous puisons tous nos comportements et tous nos soutiens, toute notre éducation et presque tout notre être? Une maille souple, une infrastructure complexe et ramifiée qui tient la société ensemble et en fixe les règles. Nomos au sens grec, c’est aussi la mesure de la musique, les règles de la musique du social. Nomos, c’est aussi la joie de Pessoa qui, un dimanche après-midi à Lisbonne, s’extasie de l’extraordinaire intelligence des choses et des gens. L’harmonie, pourrait-on dire, du social.

 

Mais cette maille, cette infrastructure est essentiellement… changeante! La morale, ou la norme sociale, ou le nomos, ou la « conduite » individuelle et collective évoluent avec les époques naturellement. C’est simplement un « fond », un décor que l’on espère suffisamment lointain dans ses effets, comme au théâtre, pour faire croire à un cadre immuable, immémorial. Le ciel peint de notre morale… La morale, dit Nietzsche, n’est jamais que les us et coutumes, les mœurs du plus grand nombre qui fait pression sur le petit nombre. La morale n’est pas morale, dit-il encore, c’est un rapport de force au pire, une transaction au mieux: soumission à la morale contre chaude protection du « troupeau ».

 

Mais le trouble, ou le décalage, ou l’impression de désharmonie vient du fait que même le plus grand nombre n’est plus sûr d’avoir cette morale-là. Ou bien on n’est plus sûr d’être le plus grand nombre. On se recompte, et on s’aperçoit avec angoisse qu’il n’y a plus que des minorités. La maille souple du nomos est restée accrochée sur quelque rocher, quelque concrétion morale tandis qu’imperturbable la moraine du temps fonce sur son lit: il y a des tensions, cela tire, cela craque. Autrement dit, le radicalement nouveau est partout et le filet de la norme craque ça et là et peine à le recouvrir. Il nous faut changer de norme comme le serpent change de peau. Un homme de quarante quatre ans comme moi sent toutes les lézardes qu’il y a entre « le moi » et, par exemple, le genre. Ou encore, la profession et la réflexion. Tout, en somme, de la façon de manger à celle de faire l’amour, de la notion de nature à celle de travail, de l’accès à la culture jusqu’à ne serait-ce que la façon de marcher dans la rue, de saluer ses congénères ou « se tenir » en général, a radicalement changé. Que s’est-il passé? C’est comme si tout à coup toute notre monnaie sociale, toute notre valeur d’échange avait subit une dévaluation brutale et subite, si radicale qu’on ne comprend plus à quoi ces bouts de papier et de métal pouvaient servir.

 

Considérons la chance que représente notre époque: tout est à réinventer. Pour mieux dire les choses: nous devons forger de nouveaux concepts, inventer de nouveaux termes pour voir et nommer ce que nous faisons déjà: vivre, se nourrir, travailler, penser, tout cela a radicalement changé sans que nous prenions la peine de le qualifier de nouveau. Il nous faut peindre un nouveau ciel, une nouvelle morale au-dessus de nos nouveaux us et coutumes. On ne parle pas ici de la « disruption » chère aux start-up, on ne parle de tout monétiser de notre quotidien. On parle de s’asseoir à une table entre gens de bonne volonté pour réaliser des projets. Tout fait projet: notre façon de nous alimenter, de nous reproduire, d’acquérir du savoir. Observons comment nous évoluons, nommons les choses, regardons en face ce que nous sommes devenus. Nommons, avec bienveillance, sans préjugés. Ainsi cessera cette impression pénible de décalage, de retard ou d’écho entre notre façon de vivre et notre façon de penser.

Derrière la chute d’eau

Peut-être que dans un futur proche on se souviendra de nos couples avec nostalgie, peut-être qu’on regardera ces relations comme de vieux téléphones portables un peu grotesques. Mais faisions-nous là, toujours à deux, toujours sous le même toit, dans le même lit, à la même table? Que faisions-nous, toujours dans les pensées de l’autre, toujours dans l’inquiétude, dans le combat, dans la négociation et la ruse qu’à l’époque nous appelions amour? Quelle était cette mimique sociale dans laquelle nous paradions, surjouée, surchargée de codes, de normes, de signes d’appartenance? Comment faisions nous l’amour alors? « Par » et « pour » qui ou quoi? Quand nous évoluions, nus, dans le lit ou ailleurs, sentions nous la destination ou la prédestination sur la peau de nos corps blancs? Sentions les cliquetis du « programme » à l’intérieur de nos corps comme dans une machine, comme dans un honnête lave-linge de marque allemande? Qu’étions nous alors? Sublimes? Esclaves? Voyions-nous « de l’autre côté ». OÙ étions-nous alors? Qui? Aujourd’hui dans les limbes du passé si proche, tout cela paraît bien obscur. Nous devons devenir nos propres entomologistes, nous devons essayer de nous comprendre avec incrédulité et sourire d’amusement, avec indulgence et une sorte de détachement scientifique. Nous cherchions l’autre alors, avec avidité, avec inquiétude. Et nous nous cherchions nous-même dans l’autre, à travers l’autre. Et nous guettions l’autre en nous-même. Bien sûr, nous faisons encore cela. Und jetzt, immer noch. Mais tout a changé. Comme dans cette scène du « Temple du Soleil » d’Hergé, nous sommes passés de l’autre côté de la chute d’eau guidés par une mystérieuse corde tendue là. Et nous nous sommes aperçus que ce n’était pas une telle affaire. Agréable. Excitant. Et nous contemplons l’ancien monde dont nous venons avec incrédulité à travers le miroir, derrière le miroir. Et nous contemplons, comme Tintin et le capitaine Haddock, l’espèce d’espace dans lequel nous sommes arrivés. Incrédulité. Amusement. Commencement. Attendons que Milou traverse et explorons la caverne. Allons vers cette mystérieuse lueur…