Flew over the abandoned highway
In the blue valley
There was this silent pain all around
So many futures yet to dawn!
—
(c) 2020 Vivid Spray Records
Flew over the abandoned highway
In the blue valley
There was this silent pain all around
So many futures yet to dawn!
—
(c) 2020 Vivid Spray Records
Wir fahr’n fahr’n fahr’n auf der Autobahn
Wir fahr’n fahr’n fahr’n auf der Autobahn
Vor uns liegt ein weites Tal
Die Sonne scheint mit Glitzerstrahl
Wir fahr’n fahr’n fahr’n auf der Autobahn
Wir fahr’n fahr’n fahr’n auf der Autobahn
Die Fahrbahn ist ein graues Band
Weisse Streifen, gruener Rand
Jetzt schalten wir ja das Radio an
Aus dem Lautsprecher klingt es dann:
Wir fah’rn auf der Autobahn
1. Autobahn – 3 :16
2. Dawn patrol (to Friedrich) – 5 :12
3. Chercher la joie secrète – 3 :27
4. Time odyssey (Icarus) -2 :44
5. Six heures du soir – 1 :42
6. Faster than the speed of sadness – 8 :21
7. Into the ship – 3 :12
8. Colony 1 – 2 :40
9. Colony 2 – 3 :20
10. Foucault – 3 :24
11. New childs – 1 :24
12. Personae – 0 :32
13. Forever fall – 7 :36
14. Desert gardens – 3 :36
15. Heartbeats – 1 :22
16. Autobahn (remix) – 8 :25
17. Into the ship (remix) – 2 :12
(Gama/pvaa (c) 2020 / Vivid Spray Records)
Soleil voilé à la Turner. Nappe de brume bleue et grise dont émergent quelques fulgurances argentées, la pente d’un toit au soleil, le pare-brise d’une voiture qui passe. Dans le parc, ombres violettes, pelouses confidentielles, vols secrets des oiseaux. Et hors du parc, l’habituel manège des confinés, le tour de la prison. Les joggers, dont l’élan hermaïque a été brisé, patientent. Il reste les lents remous de la foule printanière, les filles en débardeurs, les boxeurs qui boxent dans le vide devant des conteneurs de recyclage de verre, les enfants qui bondissent en silence, comme au ralenti, pris eux-aussi par la solennité ouatée de la fin d’après-midi. Il y a cette étrange lumière, ce soleil éclatant qui n’éclaire pas, ce soleil martien, ces ombres intimidantes comme dans les photographies de Gabriel. La lumière du Covid. Longtemps, elle irradiera en nous, nous le savons. Rayon spectral, halo fossile de l’événement qui aura infléchi nos vies. Nous emporterons cette lumière, pour nos vies d’après. Elle irradiera nos vaisseaux, nos colonies, elle baignera nos rêves et accompagnera nos entreprises. Elle baignera nos blonds enfants de l’Après.
‘Tout le long du chemin, le poursuivi et les poursuivants, le rêve et les rêveurs, la proie et la meute. Tout le long du chemin, la révélation subite, l’éclair d’yeux familiers, un nom ancien que l’on crie, les souvenirs d’autres temps, la foule qui se multiplie. Chacun qui s’élance à mesure que le rêve fugitif, telle une image réfléchie par dix mille miroirs, dix mille yeux, arrive et repart, offrant un visage différent à ceux qui sont devant, à ceux qui sont derrière, à ceux qu’il reste à rencontrer, à ceux qu’on ne voit pas encore.’
‘All down the way the pursued and the pursuing, the dream and the dreamers, the quarry and the hounds. All down the way the sudden revealment, the flash of familiar eyes, the cry of an old, old name, the remembrances of other times, the crowd multiplying. Everyone leaping forward as, like an image reflected from ten thousand mirrors, ten thousand eyes, the running dream came and went, a different face to those ahead, those behind, those yet to be met, those unseen.’
The martian, september 2036
“It is good to renew one’s wonder,” said the philosopher. “Space travel has again made children of us all.”
Ray Bradbury, The martian chronicles
Tout a changé. Un voyage en train. Etre au balcon — jamais nous ne nous étions tenus si intensément au balcon! La rue, devenue un autre monde, une autre réalité. Nous épuisons chaque jour des tonnes de fiction, tous nos souvenirs de livres, de films et même nos rêves y passent mais rien n’y fait : nous ne recollons pas à cette réalité, elle est toujours en avance sur nous, elle nous regarde toujours dans une autre lumière, et nous ne pouvons plus dire ‘comme’, comme ceci ou comme cela, nous ne pouvons plus ranger ni nommer les choses, nous ne pouvons plus les manipuler et donc nous en rendre maîtres. Elles nous échappent. Elles nous dénient leur commerce, et toute notre économie du sens, tout notre emprunt sur les notions de sens commun, sur l’évidence supposée de l’intentionnalité du monde à notre égard, tout cela s’effondre, glisse, se disloque. Nous sommes dans l’irréalité d’un film que nous n’avons pas encore vu. Nous sommes dans le rire de cette lumière irréelle qui ne nous arrête plus, qui ne nous installe plus. Nous sommes transpercés par le néant, et pourtant c’est indolore — juste cette sensation d’étrangeté comme si nous avions acquis la faculté d’un nouvel état entre la veille et le sommeil. Une enfance, une innocence nouvelles où tous nos raidissements si durement acquis ne nous sont plus d’aucune aide. Le crédit s’effondre, le décor s’effondre, le ciment de la peur rompt. Une aurore commence, mais nous ne savons pas encore comment l’appeler. Nous rions incrédules, désarmés. Cette étrangeté dans les sensations, c’est nous, sans doute.
Coup de mou psychique. Remuer ses ailes pour voir s’il reste du carburant. Vérifier que l’on n’est pas en train de se consumer sur place, sur pied. Je me sens projeté sur une monstrueuse autoroute, déserte, marmoréenne, étincelante – voyageant à une vitesse terrifiante quoi que je sois désespérément à l’arrêt. Une autoroute métaphysique, en vérité, veillée par quelques hiératiques crapauds, dont je suis le seul utilisateur, à la fois le moyen de transport et le transporté. Etrange équipée. Rêve et réalité se disputent en incrédibilité, nuit et jour aussi. Les jours gagnent d’une courte tête, répétitifs qu’ils sont, des plages d’ennui traversées de fulgurances, d’échappées, de faux départs vers l’imaginaire. La nuit, on récupère une sorte de sociabilité frelatée, on passe sous la garde de la conscience avec des attestations trafiquées, on rebondit d’un avatar à l’autre. Pour un peu on se sentirait comme un de ces ‘spectres ou hommes feints qui ne se meuvent que par ressorts.’
l’air froid de la nuit traverse la cuisine
sidéral silence
et vraiment je suis perdu
ce n’est pas désagréable
dans le grand harrassement muet de la ville
c’est comme un picotement, un fourmillement
d’insectes gratteurs, de minuscules questions qui vous portent
comme un fakir
comme un roi perdu
c’est le moment rare
d’étendre tout ce qu’on peut
de radars
de filets
de tentacules
de structures ourdies
de prémonitions
c’est vraiment le moment idéal
pour se perdre
Serrés dans le carré, ou dans la cambuse, ou dans la soute, avec les clandestins et les rats, ou dans la salle des machines dont le système d’alarme s’est tu, vautrés sur le sol de la passerelle de commandement, ou bien encore, enchaînés aux fers, épointés jusqu’à la hune, stockés dans nos conapts, fourrés dans les locaux techniques en essayant de nous rappeler si c’est le câble vert ou bleu qu’il faut couper, ou dans le local radio à pianoter des SOS… bref, partout où nous sommes, nous recalculons fébrilement la route. Nous recalculons la route, le cap, la trajectoire autrement destinée au mur, à l’astéroïde, à la destruction, à l’extinction. Il faut infléchir, courber, orber la route de notre devenir — avec quelle énergie, grands Dieux? Il faut recalculer, refaire les lignes de code de notre futurition. Il faut refaire tourner les modèles, avec des experts d’abord confiants puis perdant progressivement de leur superbe alors que nous approchons du soleil, de la fusion, du démembrement. Il nous faut choisir avec discernement nos gourous et nos croyances pour être sûrs qu’ils nous conduiront à bon port. Il nous faut croire, ce dont nous n’avions plus guère l’habitude, branchés que nous étions sur pilote automatique. Croire en nous-mêmes, croire en l’homme. O suprême ironie, c’est nous qui sommes viraux, c’est nous qui nous répandons partout comme un mycélium maléfique. Il faut nous instrumenter vers une autre fin, réécrire le scénario, reprogrammer, reprogrammer inlassablement. Il nous faut guetter au loin, dans l’azur, l’alcyon de notre renaissance.