Angst-Poney

La cruauté du jeu, c’est d’être obligé de ravaler nos anciennes résolutions, nos anciennes illusions, nos anciens enthousiasmes. Il y a quelque chose de moisi dans notre condition, aussi la tentation d’arrêter de faire quoi que ce soit pour maîtriser son destin est grande. Le courant est fort, et les fétus bien légers. Mais il reste notre état d’animaux de trait, chameau ou poney peut importe, la résistance de notre frêle moteur interne est immarcescible, nous poussons, nous tirons et jamais ne calons à travers l’infini vallonnement des collines grises. En nous les ‘chevaux d’angoisse’ bien sûr qui nous hantent dans toutes nos imperfections, mais il existe bien aussi une valeur de service, d’utilité, une force à mesurer en chevaux-vapeur ou en poney-vapeur ou en chameau-vapeur. Une forme de puissance, oui. Sommes-nous ennuyeux? Tout à fait. Sommes-nous le résultat de générations et de générations d’élevage et de dressage? Oui. Sommes-nous le produit compressé issu de tonnes de pression sociale? Aussi. Mais pas que cela. Au sein même de notre ponytude siège une forme de révolte secrète, d’énergie nucléaire qui nous fait traverser le chaotique paysage comme une route, comme un train, comme un torrent qui dévale son lit. Nous sommes des animaux extraordinairement obstinés et nous avons lu Rimbaud et Hölderlin. A suivre…

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photo gm

Remote control

D’un commun accord, non

D’une ellipse partagée, non

D’un blip, ou d’une absence partagés, non

Disons, manipulant de concert un même objet invisible – que toutefois nous ne pouvons toucher ni connaître – non

Nous avons décidé, établi, laissé faire, vécu longuement dans le spectre de l’avènement de – non

D’un état de fait, non

D’un État plutôt

D’une conformation insidieuse

D’un angle mort de la pensée

D’un revers

D’une conformation gazeuse

Evanescente,

Disons d’un règne, mais dont nous serions les sujets à notre corps défendant,

Qui serait,

La croyance

Le milieu atmosphérique permettant

Qu’il y ait la rationalité.

Dog blues

Nous aimons les longues fugues, genre crépuscule, pavés mouillés

Nous aimons les poings serrés dans le noir

Nous aimons ‘pour le plaisir de gagner et de perdre’ (Giacometti)

Nous aimons fumées interlopes et tunnels secrets

Nous aimons les sourires inflexibles et fins (Pablo)

Nous aimons

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Cette vie-là.

Frammenti

I.

Dès lors que vous avez une raison, vous ne nous lâcherez plus, c’est bien ça?

II.

Nous sommes passés dans le revers de notre monde et de nous-mêmes. Ce sont les mêmes choses que nous voyons, mais depuis l’intérieur. Nous voyons les étais, les machines, les mensonges. Nous sommes dans l’horreur des Hilfkonstruktionnen, mais de l’intérieurs, prisonniers. Et le remède, l’échappée, la fuite, sont encore des constructions j’en ai bien peur. Pouvons-nous tenir debout tous seuls? Décidément, non.

III.

Vous appelez à une révolution. Fort bien, alors, tournons, tournons.

IV.

Il y a le monde comme mystère, et nous dedans. Il y a les fumées, les troubles et la nuit, il y a les vapeurs et les visions, et aussi, il y a la joie sauvage, parfois. Et oui, on est absolument seul pour affronter tout. Mais n’est-ce pas bien ainsi?

V.

Nous sommes tellement élusifs et vaporeux qu’un rien nous détruit. Mais aussi, à partir de la moindre petite anfractuosité, du moindre petit relief sur le rien, nous construisons un monde.

VI.

De raison je ne connais point. Appelez-moi constructeur, ou omble.

Sans titre

Tu es là

Assis dans la cuisine

A manger ta Pink Lady qui vient du Chili

Un peu molle

Un oeil sur l’écran à écouter vaguement le souvenir du calme de la cour, tout à l’heure

Tu n’es pas vraiment tout à fait là, en fait, jamais vraiment

Mais tout à l’heure il y a eu ce mot qui a tout suggéré qui a esquissé un monde de sensations et d’idées

Comme si tout a coup tu prenais appui sur un instant

Une infractuosité

Une transparence

Une impossibilité

Comme si tu commençais, voilà, solidement adossé ou opposé à quelque chose

Une sorte de naissance, mais totale, absolue, spontanée

Une sorte d’éclair

Ce mot c’est

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Shraddha