Chercher la grâce enfouie

Le domaine de S. On compose les codes et on pousse les barrières successives comme on franchit les portes de l’enfer. Chaleur moite. Les chiens en cage hurlent. L’oliveraie. Les murs de pierre sèche dessinent les courbes du terrain. Après le défrichage on voit mieux la majesté des oliviers centenaires. On roule. Vues, échappées sur la mer et les îles aux détours de la route empierrée. Murs partout aux limites du domaine. Le front des chênes verts qui cachent la route puis les oliviers, la pierre, la terre, le vent. C’est beau mais infecté, vénéneux, empoisonné. La lumière jaune porte une menace, comme les chiens, les silences, les vieilles bories à demi-écroulées, les recoins d’ombre. On arrive, on gare la voiture et on finit à pied, longue séquence pour l’invité (l’arpenteur). Ils sont tous là, affairés, ils se reprennent après une fraction de seconde d’arrêt à notre arrivée. Il y a un dîner auquel manifestement ils préfèrent que l’on assiste pas. Faisant assaut d’amabilités, ils nous asseoient en face de la mer, ils nous donnent à boire, ils nous poussent hors de la zone dangereuse pour eux. Ils nous traitent. Nous buvons et partons rejoindre nos appartements avant de dîner avec le fils du gardien : plus adapté. Tandis que littéralement nous arpentons le terrain, cherchant les prises de vues, les détails, cette fameuse architecture vernaculaire corse dont on nous rebat les oreilles, les premières Mercedes arrivent, guidées par ces étranges voiturettes de golf tout terrain. Chiens encagés, architectes arpentant (Architekturhünde), possédants possédant. On ne saura pas qui dîne là. Il se murmure que certains sont venus en hélicoptère. Pourtant, le paysage essaie de dire quelque chose. La douce courbe des murs dans la lumière safran essaie de dire quelque chose, comme les îles lointaines. Il faut essayer. Il faut essayer de lutter pour faire émerger quelque chose, un projet, un sens, une culée qui tienne les frondaisons du monde. Tiago, le soir, au port, fait part de ses craintes. Le risque, c’est de perdre. Truisme. Le risque c’est le risque, c’est la vie. Je suis aidé en cela par ma nature légère, spontanée, par ma fainéantise de pensée et de volonté qui me fait me jeter dans les situations par flemme d’y penser, d’y réfléchir, de gravement soupeser les raisons et les arguments.  « Je suis un cartésien, dit Tiago. » Pas moi, ça c’est sûr. Chercher une forme de liberté, de légèreté. Chercher la grâce et la spiritualité enfouies sous des tombereaux de raisons qui sont autant de craintes. Sous ce barracùn, au domaine, près de l’entrée, fragile assemblage de pierres empilées formant une voûte primitive, une sorte d’oculus dispense la lumière. Chercher une liberté errante, fragile, personnelle, qui ne tienne qu’à un fil, qui appartienne au hasard.

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Appuyant ses mains contre le bord de la table, il se rejeta en arrière et, le corps détendu, regarda fixement le plafond.

« La fausse liberté, l’apparente liberté, que l’on ne cherche à obtenir que par des dispositions extérieures, est une erreur, un chaos, un désert où rien ne saurait pousser que les herbes amères de l’angoisse et du désespoir. C’est naturel, car ce qui possède une valeur réelle et stable est toujours comme un cadeau qui vous est fait de l’intérieur. Tant il est vrai que la croissance de l’homme ne s’effectue pas de bas en haut, mais de l’intérieur vers l’extérieur. Voilà la condition fondamentale de toute liberté de la vie. Cette liberté n’est pas un climat social produit artificiellement, c’est une attitude, obtenue au prix d’une lutte incessante, envers soi-même et envers le monde. Une condition qui fait qu’on devient libre.

⁃ Une condition? demandai-je avec méfiance.

⁃ Oui, dit Kafka et il répéta sa définition.

⁃ Mais c’est tout à fait paradoxal, m’écriai-je.

Kafka respira profondément et dit : « Oui, c’est effectivement ainsi. L’étincelle qui constitue notre vie consciente doit jaillir d’un pôle à l’autre, par-dessus l’abîme qui sépare les contraires, afin que l’espace d’un éclair nous apercevions le monde. »*

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*Gustav Janouch, Conversations avec Kafka

L’abîme (Der Abgrund)

Dans le train de retour de Lausanne, un couple, la cinquantaine, arrive essoufflé. Genre Neuilly, bizarre en seconde. Elle carré blond strict, haut rose, jeans, baskets roses, sac à main plus rose encore. Lui, tout en correctness grise, cheveux ras, l’air perdu. Absolument perdu. Arrivés en voiture avec « un ami résident de L. ». Ils coururent, et donc, c’est que quelque chose a échappé au contrôle. Elle récrimine à voix basse, par petites phrases coupantes. Comme de petites injections de strychnine. A quel moment en meurt-on? « Tu ne m’as pas donné l’information, déplore-t-elle. » « Tu ne me parles pas, tu ne dis pas les choses. » « Tu es passif-aggressif. » « Tu regardes ostensiblement ta montre, c’est agaçant. » Etc. Lui est un puits de silence, ce n’est même pas qu’il encaisse, il est traversé comme le Saint-Sébastien de Mantegna. Entre deux séquences d’injections, elle babille, ou badine, sur le même ton et avec la même aggressivité. Qui sont-ils? Des conservateurs, des gens de droite. Oui mais qu’est-ce que c’est au juste? Un phénomène socio-culturel, diras-tu, on peut s’en amuser, je m’en amuse. Une machine de mort, une mécanique d’extermination qui ronronne avec satisfaction. Sont-ils pour le rapprochement entre LR et le RN? Sans doute que oui, si c’est présenté comme une chose correcte, convenable, sans non-sens, dans le Figaro Magazine. Qu’est-ce qu’être conservateur? Préserver et défendre les acquis (les privilèges), transmettre, perpétuer. C’est une stratégie évolutionniste finalement. C’est – on peut même voir une certaine noblesse là-dedans – être ou avaler ses parents, ses aïeux, broyer du Surmoi passé et futur en permanence. Usine à Surmoi, fabrique infernale du Même, tout le temps à fond comme une cimenterie, comme une mine à ciel ouvert. Les prolétaires, les gens jetés sans ménagement dans cette bataille. C’est violent, comme est violent le débit aigre-doux de la dame. Marteau-piqueur, marteau-pilon, défonceuse sémantique et sociale. Les mêmes en 1940. Les mêmes en 1871. Le même air concerné, grave, cérémonieux, gourmé, faussement attristé. La bourgeoisie comme mante religieuse qui s’alimente dans le mal, qui lie instinctivement les alliances les plus dangereuses, compromettantes, mais nécessaires. Ils s’étouffent de leur nécessité devant le poulet du dimanche ou au confessional. Ils vivent, arbitrent de cette seule et existentielle nécessité. C’est “ça ou.” Ça – la flétrissure, la faillite et compromission morale – ou : le déclassement, la perte du capital, le remplacement du sang, la chute des “valeurs”. Cette gravité concernée est leur fond de commerce depuis toujours quand bien même ils font n’importe quoi (l’alliance avec le RN, avant Fillon, Bygmalion, les valises, les casseroles, Vichy, Pétain). C’est “ça ou”, et tout justifie le “ça” dans une étrange cécité morale. La droite c’est la peur. La droite, c’est la peur de perdre. La droite – supposition – c’est la peur que toutes ces “valeurs” n’en aient pas, de valeur. Que rien n’existe, en définitive. La peur de mon père, depuis toujours. La peur panique de B. que tout disparaisse. La peur de l’abîme. Si tu regardes l’abîme, l’abîme te regarde aussi, dit Nietzche. “Und wenn du lange in einen Abgrund blickst, blickt der Abgrund auch in dich hinein.”

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La droite, c’est la peur ; la gauche c’est l’espoir. La droite, c’est la peur – que rien n’existe, qu’il n’y ait pas d’avoir nulle part. La gauche, c’est l’espoir – que l’Idée prospère, qu’il existe un futur, un devenir, qu’il existe un être, quelque chose de théorique et de possible, et nonobstant idéal. La droite, c’est la Certitude – fausse, faite d’un lourd ciment de doute existentiel. La gauche, c’est l’Espoir, qui est foi : Simone Weil. Léon Blum. La droite, c’est le passé, la préservation panique et psycho-maniaque du passé (le passé comme un acquis, une chose dont on serait sûr). La droite, c’est aussi la tendance maniaque à la destruction par les alliances les plus funestes, c’est l’instinct du pire porté par la panique (Ciotti). La gauche, c’est la tentation non moins funeste de l’Idée, de l’idéal, de l’abstraction, du raidissement. La gauche, c’est la tentation dangereuse, quoi que froidement sublime, de la Vérité. La droite, c’est la peur panique d’un petit garçon dans la nuit d’un pensionnat dans les années quarante. La gauche, c’est l’extase fiévreuse, insupportablement orgueilleuse, “orgueilleusement seul(e)”, sublime, de Simone Weil dans son lit d’hôpital à Londres, dans ces mêmes années. Mais je crois que je m’égare. Je vais aller m’acheter une bouteille d’eau gazeuse.

Devant la loi (Vor dem Gesetz)

Franz Kafka, 1920.

« Devant la porte de la Loi se tient un gardien. Ce gardien voit arriver un homme de la campagne qui sollicite l’accès à la Loi. Mais le gardien dit qu’il ne peut le laisser entrer maintenant. L’homme réfléchit, puis demande si, alors, il pourra entrer plus tard. « C’est possible, dit le gardien, mais pas maintenant. » Comme la grande porte de la Loi est ouverte, comme toujours, et que le gardien s’écarte, l’homme se penche pour regarder à l’intérieur. Quand le gardien s’en aperçoit, il rit et dit : « Si tu es tellement attiré, essaie donc d’entrer en dépit de mon interdiction. Mais sache que je suis puissant. Et je ne suis que le dernier des gardiens. De salle en salle, il y a des gardiens de plus en plus puissants. La vue du troisième est déjà insupportable, même pour moi. » L’homme de la campagne ne s’attendait pas à de telles difficultés ; la Loi est pourtant censée être accessible à tous à tout moment, pense-t-il ; mais en examinant de plus près le gardien dans sa pelisse, avec son grand nez pointu, sa longue barbe de Tartare maigre et noire, il se résout à attendre tout de même qu’on lui donne la permission d’entrer. Le gardien lui donne un tabouret et le fait asseoir à côté de la porte. Il y reste des jours, des années. Il fait de nombreuses tentatives pour être admis et fatigue le gardien par ses prières. Le gardien lui fait fréquemment subir de petits interrogatoires, lui pose toutes sortes de questions sur son pays et sur bien d’autres choses, mais ce sont des questions posées avec indifférence, comme le font les gens importants ; et il conclut à chaque fois en disant qu’il ne peut toujours pas le laisser entrer. L’homme, qui s’est muni de beaucoup de choses pour ce voyage, les utilise toutes, si précieuses soient-elles, pour soudoyer le gardien. Celui-ci accepte bien tout, mais en disant : « J’accepte uniquement pour que tu sois sûr de ne rien avoir négligé. » Pendant toutes ces an­nées, l’homme observe le gardien presque sans interruption. Il ou­blie les autres gardiens et ce premier gardien lui semble être l’unique obstacle qui l’empêche d’accéder jusqu’à la Loi. Il maudit le hasard malheureux, à voix haute et sans retenue les premières années ; par la suite, avec l’âge, il ne fait plus que grommeler dans son coin. Il retombe en enfance : étudiant le gardien depuis des années, il connaît même les puces de son col de fourrure, et il supplie jusqu’à ces puces de l’aider à fléchir le gardien. Finalement, sa vue baisse et il ne sait pas s’il fait réellement plus sombre autour de lui, ou bien si ce sont seulement ses yeux qui le trompent. Mais il distingue bien dans l’obscurité une lueur que rien n’éteint et qui passe par la porte de la Loi. Alors il n’a plus longtemps à vivre. Avant qu’il meure, toute l’expérience de tout ce temps passé afflue dans sa tête et prend la forme d’une question, que jamais jusque-là il n’a posée au gardien. Il lui fait signe d’approcher, car il ne peut plus redresser son corps de plus en plus engourdi. Le gardien doit se pencher de haut, car la différence de taille entre eux s’est accen­tuée nettement au détriment de l’homme. « Qu’est-ce que tu veux encore savoir ? dit le gardien. Tu es insatiable.
— N’est-ce pas, dit l’homme, tout le monde voudrait tant approcher la Loi. Comment se fait-il qu’au cours de toutes ces années il n’y ait eu que moi qui demande à entrer ? » Le gardien se rend compte alors que c’est la fin et, pour frapper encore son oreille affaiblie, il hurle : « Personne d’autre n’avait le droit d’entrer par ici, car cette porte t’était destinée, à toi seul. Maintenant je pars et je vais la fermer » … »

« Vor dem Gesetz steht ein Türhüter. Zu diesem Türhüter kommt ein Mann vom Lande und bittet um Eintritt in das Gesetz. Aber der Türhüter sagt, daß er ihm jetzt den Eintritt nicht gewähren könne. Der Mann überlegt und fragt dann, ob er also später werde eintreten dürfen. „Es ist möglich », sagt der Türhüter, „jetzt aber nicht. » Da das Tor zum Gesetz offensteht wie immer und der Türhüter beiseitetritt, bückt sich der Mann, um durch das Tor in das Innere zu sehn. Als der Türhüter das merkt, lacht er und sagt: „Wenn es dich so lockt, versuche es doch, trotz meines Verbotes hineinzugehen. Merke aber: Ich bin mächtig. Und ich bin nur der unterste Türhüter. Von Saal zu Saal stehen aber Türhüter, einer mächtiger als der andere. Schon den Anblick des dritten kann nicht einmal ich mehr ertragen. » Solche Schwierigkeiten hat der Mann vom Lande nicht erwartet; das Gesetz soll doch jedem und immer zugänglich sein, denkt er, aber als er jetzt den Türhüter in seinem Pelzmantel genauer ansieht, seine große Spitznase, den langen, dünnen, schwarzen tatarischen Bart, entschließt er sich, doch lieber zu warten, bis er die Erlaubnis zum Eintritt bekommt. Der Türhüter gibt ihm einen Schemel und lässt ihn seitwärts von der Tür sich niedersetzen. Dort sitzt er Tage und Jahre. Er macht viele Versuche, eingelassen zu werden, und ermüdet den Türhüter durch seine Bitten. Der Türhüter stellt öfters kleine Verhöre mit ihm an, fragt ihn über seine Heimat aus und nach vielem andern, es sind aber teilnahmslose Fragen, wie sie große Herren stellen, und zum Schlüsse sagt er ihm immer wieder, daß er ihn noch nicht einlassen könne. Der Mann, der sich für seine Reise mit vielem ausgerüstet hat, verwendet alles, und sei es noch so wertvoll, um den Türhüter zu bestechen. Dieser nimmt zwar alles an, aber sagt dabei: „Ich nehme es nur an, damit du nicht glaubst, etwas versäumt zu haben. » Während der vielen Jahre beobachtet der Mann den Türhüter fast ununterbrochen. Er vergisst die anderen Türhüter und dieser erste scheint ihm das einzige Hindernis für den Eintritt in das Gesetz. Er verflucht den unglücklichen Zufall, in den ersten Jahren rücksichtslos und laut, später, als er alt wird, brummt er nur noch vor sich hin. Er wird kindisch, und, da er in dem jahrelangen Studium des Türhüters auch die Flöhe in seinem Pelzkragen erkannt hat, bittet er auch die Flöhe, ihm zu helfen und den Türhüter umzustimmen. Schließlich wird sein Augenlicht schwach, und er weiß nicht, ob es um ihn wirklich dunkler wird, oder ob ihn nur seine Augen täuschen. Wohl aber erkennt er jetzt im Dunkel einen Glanz, der unverlöschlich aus der Türe des Gesetzes bricht. Nun lebt er nicht mehr lange. Vor seinem Tode sammeln sich in seinem Kopfe alle Erfahrungen der ganzen Zeit zu einer Frage, die er bisher an den Türhüter noch nicht gestellt hat. Er winkt ihm zu, da er seinen erstarrenden Körper nicht mehr aufrichten kann. Der Türhüter muß sich tief zu ihm hinunterneigen, denn der Größenunterschied hat sich sehr zu Ungunsten des Mannes verändert. „Was willst du denn jetzt noch wissen? » fragt der Türhüter, „du bist unersättlich. » „Alle streben doch nach dem Gesetz », sagt der Mann, „wieso kommt es, daß in den vielen Jahren niemand außer mir Einlass verlangt hat? » Der Türhüter erkennt, daß der Mann schon an seinem Ende ist, und, um sein vergehendes Gehör noch zu erreichen, brüllt er ihn an: „Hier konnte niemand sonst Einlass erhalten, denn dieser Eingang war nur für dich bestimmt. Ich gehe jetzt und schließe ihn.“ »

Choucas

Élections, piscine, pour paraphraser K.

Comment peut-on être sûr de soi ? Comment peut-on se pavaner comme un dindon, comme cet homme qui dévale mollement la rue de la Villette en déclamant à sa belle-mère : “comme c’est agréable de vivre dans un village” ? Les rapports entre les gens sont faux, et tout est faux. Comment peut-on être satisfait, comblé par soi-même, gavé par soi-même ? Le doute devrait être la seule attitude morale permise. Le doute, comme Andrei Rublev (le joueur). Self depracating sophist… Ou le doute hanté, comme Tarkovski. Mais même le doute est susceptible de mièvrerie, d’attitude, de fausseté. Oui, voilà, je sais : ce qu’il faudrait c’est un doute qui doute de lui-même.

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Les Terrasses au théâtre de la Colline. Belle mise en scène – j’adore les plateaux nus – mais j’ai un problème avec l’écriture de Gaudé.  » Je n’utilise pas la syntaxe ou les mots qui appartiennent à notre quotidien, dit l’auteur. Cela donne parfois l’impression d’une langue anormalement noble. Je pense que c’est précisément là qu’il faut chercher, là qu’il faut creuser pour faire advenir l’épopée. » Cela veut faire épique mais pour moi c’est ampoulé. Le sujet est tragique bien sûr, les attentats de novembre 2015, les gens tués et blessés au hasard, la terreur, l’arbitraire, l’horreur. Je ressens une certaine indécence à sortir le sujet maintenant, aurait-il fallu attendre ? Ne pas le faire ? A la fin de la pièce, quand les lumières se rallument, une femme éclate bruyamment en sanglot, crie en haut de la salle. Toutes les têtes se retournent, incrédules, curieuses, dans une sorte de mimique des attentats. Nous ne sommes pas habitués à l’horreur, nous, et nous ne le sommes pas devenus. Nous ne sommes pas Gaza ni l’Ukraine. Nous menons des vies sans histoire, nous relions des moments de plaisir tout comme les victimes de 2015. Nous sommes essentiellement une civilisation de loisirs, nous pensons en week-ends, en vacances. La dimension épique nous manque, les vers nous manquent, la spiritualité, la vision d’un monde éthique nous ont quittés. Il nous manque la métrique d’Homère, la cruelle beauté de Shakespeare. Bien sûr que ce drame est légitime en histoire, que des gens ordinaires se sont révélés héroïques en quelques secondes. Mais il nous manque la langue pour le raconter. A ce sujet, Kafka :

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Conversation avec Kafka, Gustave Janouch.

“En mai 1921, j’écrivis un sonnet que Lugwig Winder publia dans le supplément dominical de Bohemia. Kafka me dit à cette occasion :

– Vous décrivez le poète comme un être d’une stature prodigieuse, dont les pieds se trouvent sur la terre, tandis que sa tête disparaît dans les nuages. C’est tout naturellement une image tout à fait habituelle dans le cadre des représentations conventionnelles de la petite bourgeoisie. C’est une illusion qui est issue de désirs cachés, et qui n’a rien à voir avec la réalité. Le poète est en réalité, toujours beaucoup plus petit et plus faible que la moyenne de la société. C’est pourquoi il éprouve la pesanteur de l’existence terrestre, beaucoup plus intensément et fortement que les autres hommes. Chanter n’est pour lui personnellement qu’une façon de crier. L’art et pour l’artiste une souffrance par laquelle il se libère pour une nouvelle souffrance. Il n’est pas un géant, mais un oiseau plus ou moins multicolore dans la cage de son existence.

– Vous aussi, demandai-je ?

– Je suis un oiseau tout à fait impossible, dit Franz Kafka. Je suis un choucas – un “kavka”. Le charbonnier du Teinhof en a un. Vous l’avez vu ?

– Oui, il court devant sa boutique.

– Oui, mon parent a plus de chance que moi, il est vrai qu’on lui a rogné les ailes. Dans mon cas, en revanche, cela n’a même pas été nécessaire, car mes ailes se sont atrophiées. C’est la raison pour laquelle il n’existe pour moi ni hauteur ni lointains.  Désemparé, je vais sautillant parmi les hommes. Ils me considèrent avec une grande méfiance car enfin je suis un oiseau dangereux, un chapardeur, un choucas. Mais ce n’est qu’une apparence. En réalité je n’ai aucun sens des choses qui brillent. C’est la raison pour laquelle je n’ai même pas de plumes noires et brillantes. Je suis gris, comme un choucas qui rêve de disparaître entre les pierres.  Mais ce n’est qu’une plaisanterie comme ça ; pour que vous ne remarquiez pas comme je vais mal aujourd’hui.”

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Je fais le choucas, le voleur. Dans le métro, ce couple, flanqué de la belle-mère et de l’enfant. Atmosphère de contrainte, de léger ennui. Chacun formule des phrases environnées de silence. L’homme rayonne homme, cheveux courts, veste militaire. La femme rayonne femme, cheveux blonds, vastes lunettes de soleil, moue rouge des lèvres. Ils s’ennuient ardemment mais d’autres mécanismes jouent en sous-face. C’est comme s’ils s’ennuyaient de leur rôle, finalement. On voit presque la psyché battre à leurs limites, à leurs costumes. Psyché et société s’affrontent avant le poulet dominical.

Plus d’aventure

Au padel dans l’après-midi, des airs d’Amérique du sud. Bâtiment industriel désaffecté, poussière, silence, cris des mouettes au-dessus de la verrière – elle aussi sous filet. Et le plus hétérotopique, ou dystopique, le ‘call’ de l’un des quatre joueurs, ordinateur portable ouvert face au court, branché sur la batterie du vélo… Il y a vraiment quelque chose qui m’a échappé dans la génération suivant la mienne, une espèce de disponibilité indisponible, de liberté asservie. Ce dispositif, écouteur-casque, a tout d’un licol, d’un joug. Ces trentenaires qui flottent sur leur fond d’écran, fantômatique dans une attention lâche, voire de franc ennui, me laissent dubitatif. Disons que ce camarade, S., par ailleurs malin et sympathique, loue son système nerveux à une firme, par intermittences. La longe n’est jamais tendue, mais elle est toujours là.

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Encore un rêve de transports. A l’aéroport, je m’aperçoit que j’ai oublié mon bagage à main. Courant pour le récupérer, j’en saisis un autre qui n’est pas le mien. Dans la passerelle qui mène à l’avion, intempéries, neige, tempête. L’avion décolle et un curieux personnage surgit de nulle part pour m’aider, sorte de pilote ou de stewart à la Miyazaki, yeux bleus, uniforme, irréel, légèrement inquiétant. Tout le rêve est comme ça, pas un cauchemar mais une atmosphère de thriller. J’appelle un numéro trouvé sur la mauvaise valise. Je tombe sur un répondeur qui débite la biographie d’un personnage corse historique, genre Pasquale Paoli. Plus tard dans le rêve, je suis dans une maison, toujours avec ce stewart qui regarde sous le lit, derrière les rideaux, etc., à la recherche d’un quelconque danger. Je comprends soudain que c’est lui le danger, puis je me réveille.

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Soirée sympathique au bar allemand Titon hier avec G. et Pva. Le nombre de bières englouties explique la lourdeur du rêve. Quant au personnage corse, pas besoin de chercher très loin hélas, c’est mon ogre du moment. Les deux en grande forme, crépitant, vitupérant en avalant leurs saucisses sur – encore – la genération des trentenaires, leurs miévreries, leur conformisme, leurs chiens, tout. Puis, une fois défoulés, ça parle de leurs thèmes de prédilection, la science-fiction, le devenir de l’humanité, l’intelligence artificielle. J’apprends que la Tomba Brion, à Altivole, de Scarpa, a servi de décor au film Dune. Guère étonnant, surtout le petit dais qui sert de mausolée aux tantes de la famille Brion : un sommet de civilisation, mi-aztèque, mi-kubrickien. Raffinement, code, mystère. Porteur d’une humanité intérieure, dit Gabi. Ça doit être ça, être dépositaire, vecteur, enregistreur de toute cette humanité, de toute cette connaissance depuis des millions d’années. Nietzsche parle de ça aussi, l’accumulation, l’archaïsme, la lenteur de notre évolution qui inscrit patiemment notre évolution comme les cernes d’un arbre immense. Nous sommes percolés, issus de cette machine, de ce processus. Être au faîte de cela, Scarpa qui voit sur son calque légendaire apparaître des codes, des signes, des légendes et qui dessine les tombes d’une famille d’industriels italiens comme si c’étaient des rois étrusques. Y retourner en octobre, dans des brumes genre ‘deserto rosso’, voilà une charmante idée.

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Je mesure, à écouter les amis, et A., la chance d’être membre de “l’asile” des Bains, indépendant, “chien” de l’architecture, et de ne pas être dans une entreprise. Plus de précarité, mais plus de liberté aussi. Plus d’errance, de yoyo psychologique, et plus d’aventure.

Étranges baigneurs

Les Bains de la Renaissance, c’est un asile de fous mais personne ne s’en rend compte car chacun est fou, précisément. Chacun est dans le tortueux couloir de sa névrose, chacun est une « conscience assaillie », une citadelle assiégée. Personne ne dort. Une cigarette, un café, une tape sur l’épaule ou un conseil empreint d’une dérision amère sont le salaire du fou parmi les fous, dispensé dans la petite cour – surmontée d’un filet anti-pigeon – qui a tout de l’asile psychiatrique. Je suis frappé de voir à quel point l’architecture est une solitude, comme l’écriture ; selon Kafka, on n’est jamais assez seul. Car ce qui résiste, ce qui proteste, ce qui dort mal, c’est plus qu’une obsession, c’est une conscience. Les architectes sont trop sacrificiels, me dit mon avocat. Vous êtes trop seul, me dit l’expert. Certes, mais on a beau s’entourer, s’associer, partager – et je l’ai fait plus souvent qu’à mon tour au risquer de me parer de fioritures d’imposture – seul, on est, seul on demeure. Aux Bains, tout le monde parle tout seul, fait des moulinets de bras Don Quichottesques, affronte ses moulins, ses problèmes, ses clients, murmure un langage qu’il est seul à comprendre. Des fous. Ce n’est pas corporatiste ou lié à la profession – le mot professionnel m’évoque toujours des horreurs. C’est que chacun est porteur d’une mélodie fragile qu’il engendre, et qui aussi le porte, vaille que vaille, vers un possible accomplissement. Il faut l’entendre, il faut la chercher, il faut chercher à continuer à l’entendre. C’est ça le projet, qui nous fait voir le monde et la vie en chimères, en devenir, en possible. Nous sommes les baigneurs du fleuve devenir, pas peu fiers, ironiques, butés, bredouillant sous le filet de la cour. Je me souviendrai toujours du visage flouté de Louis I. Kahn, sur l’écran d’une télévision à Beaubourg il y a bien, bien longtemps, un jour de printemps. Que disait-il – il parlait tout à fait comme du fond d’une dimension qui lui était propre : « Architecture… doesn’t exist. »

Sans titre

Toujours ce sentiment d’étrangeté, Unheimlich. Peut-être qu’il vient juste de l’âge qui avance, des forces qui baissent et de la confiance en soi et dans le monde qui diminuent. Mais tout de même, traversant Paris dans ce temps toujours bizarre, voilé, comme feutré, on ne saisit plus le sens des choses, les filles en jupe, les terrasses des cafés, les touristes hagards, les voitures et les vélos qui sillonnent en tous sens ou attendent rageusement : tout semble faux. Terreur de découvrir la fausseté de tout, dit Nietzsche. Tout un monde, une société
qui continuerait à fonctionner mécaniquement, à vide, car dans le ciel un grand krach se serait produit, le sens aurait implosé ; mais silencieusement, sans que personne ne s’en rende compte. Quelque chose comme : Dieu est mort. Le principe même de notre mouvement et de notre action se serait perdu par mégarde. Le sens du combat, le sens de l’absurde seraient devenus des armures inutiles, clinquantes, déplacées. Et il en résulterait davantage encore de combat et d’action et d’absurde. Pour quoi combattons-nous – car ça semble bien être un combat ? Pour défendre quoi ? Ou bien, pourquoi nous nous retrouvons-nous à défendre ainsi, par défaut de quelle initiative, de quelle audace, de quelle vision ? Qu’avons-nous perdu de vue ? La spiritualité, comme Tarkovski ? La foi dans le futur et le progrès, comme nos parents ? Le sens du commun ou de la société ? Sur ma table les trente-sept tracts des candidats aux élections européennes.

Kafka à la piscine

De la fenêtre de ma cuisine je regarde le toit terrasse de l’immeuble d’en face, en contrebas, se végétaliser tout seul. Les gravillons se parent d’une mousse verte phosphorescente tandis qu’une autre végétation, rouge et plus grasse, prospère ailleurs. Sans doute que dans ces gravillons se développeront ensuite, apportées par les oiseaux et le vent, des semences de graminées et d’autres plantes, créant un humus.

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Toujours cette étrange saisons, la fameuse goutte froide dont nous rions aux Bains. Cris d’oiseaux dans le jardin, eux sont déjà dans la nouvelle saison quand nous regrettons encore l’ancienne, l’ancien ordre des choses. Peut-être que le dérèglement climatique créera davantage de ces plages étranges où nous vivons pour un temps suspendus dans une autre réalité. Peut-être que c’est ça la réalité désormais. Il fait cinquante degrés en Inde.

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Piscine municipale. Trois jeunes gens, deux garçons, une fille. Pas innocents, non, simplement dépositaires de l’instant présent, et de rien d’autre. De là émane leur grâce. Nageant sur le dos, on voit les fixations de la toile qui forme le toit : comme des étoiles gris-bleu, ou des fleurs stylisées. C’est difficile de voir le monde, qui seul existe. On préfère le penser, l’imaginer ou le fabriquer. Penser le monde, c’est le faire avais-je écrit une fois. C’est sans doute l’inverse qui est vrai, en faisant, on a peut-être la chance, subrepticement, de voir ou de penser quelque chose.

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Le plaisir d’avoir un projet comme l’école, c’est d’avoir une inscription dans le temps, un projet tout simplement. La promesse du bonheur de Stendhal, dans notre cas la promesse de servir. Nous avons besoin d’un futur, nous autres architectes, pour fonctionner, tandis que les journalistes, comme A., font leur miel du présent, ils lui donnent du sens et dans son cas à elle, de la vie.

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 » Nous reprîmes notre promenade. Kafka me présenta l’affaire et la maison familiale. Je lui dis :

– Vous êtes donc riche ?

Franz Kafka fit une grimace.

– Qu’est-ce que la richesse ? Pour l’un une vieille chemise est déjà la richesse. Tel autre est pauvre avec dix millions. La richesse est une chose relative et peu satisfaisante. Ce n’est au fond qu’une situation particulière. Être riche signifie dépendre de choses que l’on possède et que l’on est contraint de protéger de la destruction en accumulant les possessions et les dépendances nouvelles. La richesse n’est qu’une matérialisation de l’insécurité. Mais… tout cela appartient à mes parents, pas à moi.

Voici comment s’acheva cette première promenade avec Franz Kafka. Notre promenade circulaire nous avait ramenés vers le Palais Kinsky quand, sous l’enseigne de la firme Hermann Kafka, nous vîmes apparaître un homme grand et corpulent, portant un pardessus noir et un chapeau à reflets. Il s’immobilisa à cinq pas environ de nous, et nous laissa venir vers lui. Quand nous eûmes fait trois pas, il dit d’une voix forte :

– Franz, à la maison ! L’air est humide…

Kafka dit d’une voix étrangement feutrée :

– Mon père… il se fait du souci pour moi. L’amour a souvent le visage de la violence. Adieu… Passez me voir.

Je fis signe que oui. Franz Kafka s’éloigna sans me tendre la main. »

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(Conversations avec Kafka, Gustave Janouch, 1951)

Printemps et automne de Lü Buwei*

“La musique a de lointaines origines. Elle naît de la mesure et prend racine dans le grand Un. Le grand Un engendre les deux pôles ; les deux pôles engendrent la force des ténèbres et de la lumière.

Quand le monde est en paix, que toutes choses sont en repos et suivent toutes leurs supérieures dans leurs métamorphoses, il est possible de bien faire de la musique. Quand les désirs et les passions ne sont pas engagés sur des voies fausses, il est possible de perfectionner la musique.

La musique parfaite a une cause.

Elle naît de l’équilibre. L’équilibre naît de la justesse, et la justesse du sens du monde. Aussi ne peut-on parler musique qu’avec des gens qui ont compris le sens du monde.

La musique repose sur l’harmonie entre le ciel et la terre, sur l’accord entre l’obscurité et la lumière.

Les États décadents et les gens mûrs pour le déclin n’ignorent pas la musique, il est vrai, mais leur musique manque de sérénité. Aussi, plus la musique est bruyante et plus les gens deviennent mélancoliques, plus le pays est en danger et plus son prince tombe bas. De cette manière la musique se perd jusque dans son essence. Ce que tous les princes sacrés ont apprécié dans la musique, ce fut sa sérénité.

Les tyrans Gyè et Tchou-Sin faisaient de la musique bruyante. Ils trouvaient belles les sonorités fortes et intéressants les effets de masse. Ils recherchaient des résonances nouvelles et singulières, des sons qu’aucune oreille n’avait encore entendus ; ils essayaient de se surpasser mutuellement et ils passèrent la mesure et dépassèrent leur but.

La cause de l’écroulement de l’État Tchou fut l’invention de la musique magique. C’est une sorte de musique qui fait, certes, assez de bruit, mais en vérité, elle s’éloigne de l’essence de la musique. Et parce qu’elle s’éloigne de l’essence de la vraie musique, elle manque de sérénité.

Et quand la musique n’est pas sereine, le peuple grogne et la vie est gâchée. Tout cela provient de ce qu’on méconnaît la nature de la musique et qu’on n’est friand que de sonorités bruyantes.

La musique d’une époque d’ordre est donc calme et sereine, et son gouvernement équilibré. La musique d’une époque inquiète est excitée et rageuse, et son gouvernement va de travers. La musique d’un État décadent est sentimentale et triste et son gouvernement instable.”

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*Chine, IIIème siècle av. JC

Nearly one

Chaleur. Rue bondées. Touristes. Excitation mauvaise. Enflure et pompe des Jeux Olympiques. Lassitude. Il n’y a finalement pas d’événements – remarque d’un parisien égoïste -, pas de déroulé, juste un éternel retour des saisons et des convoitises, une sorte d’automatisme de la société. Le nómos, c’est la coutume, qui devient loi, et puis morale. L’hétéronome puise dans les règles sociales (ce que Castoriadis appelle l’institué) les règles de son action. Il est « celui qui est mené par les autres ». L’autonomie, la démocratie grecque en aurait tracé l’exemple, établit ses propres lois en conscience, et décide. Pourquoi est-ce que je vis ici, et de cette manière? Par habitude, par coutume. Il y a finalement peu d’actes de décision, de gouvernement de soi dans une vie. Peut-être un ou deux. « Nearly one, » dit le camel spotter des Monthy Pythons, qui a identifié ‘presque un’ chameau en trente ans d’observations.

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Rue de la Terrasse, fleurs, angoisse (contenue) et ironie absurde. Les compte-rendus médicaux, la pompe des mandarins, leur langage incompréhensible. L’un deux à laissé un morceau de métal dans la hanche. Opérer ou pas. Angoisse du père devant les difficultés matérielles d’aujourd’hui : codes, mots de passe, emails, formulaires en ligne. Moi-même je me sens vieux à l’aider à faire ça. Je pense au beau texte de Preciado sur sa mère. Une sophistication hallucinante, une médecine de pointe qui bute dans l’absurde et dans l’erreur humaine. Toujours, la croyance dans les systèmes, les process, les plannings. Pourquoi la pensée rationnelle me paraît-elle absurde? Les Lumières, la raison, la logique, les systèmes, les calculs. Comme cela paraît loin de l’organique, de la Nuit du corps! Est-ce qu’on applique la logique à nos corps, où nos corps à cette logique? Quel mot de passe nous donnerait une compréhension intime du Caché qui fonctionne en nous?

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Je vois partout, où plutôt je transporte toujours avec moi le visage de rongeur de Kafka, et le masque noble, ardent, en voie de combustion de Tarkovski.

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Je propose à ma mère d’aller à Cernuschi, et elle ne se fait pas prier. Quelle surprenante vitalité elle a! Et elle, ce n’est pas dans les rapports des médecins qu’elle cherche son salut. A Cernuschi je vois ce beau plat, dynastie des Lê postérieures (Viet-Nam) : deux phoenix qui s’affrontent, ou qui se séduisent? Le plat a demeuré dans les cales d’un bateau naufragé au 14ème siècle et est couvert de concrétions marines.

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https://www.youtube.com/watch?v=6RexQLrcqwc