Le gardien avait cru le reconnaître. Il tendit tout de même son passeport et s’avança dans le bâtiment sombre, dédale de pièces grises et marron, de vestiaires verts. On croyait toujours le reconnaître, et particulièrement dans les clubs de sport. On croyait toujours l’avoir déjà vu, ou bien il rappelait quelqu’un d’autre – cet autre qui venait de partir, qui avait laissé sa raquette ou bien qui avait eu l’indélicatesse de réserver sans venir. Il en riait, et ses amis avec lui, mais quelque chose le tracassait là-dedans. Pas tellement d’avoir un physique ou un nom ordinaire. Plutôt d’être mal défini, flou, théorique, réductible à d’autres, à l’autre qui fuyait comme une silhouette kafkaïenne là-bas, tournant le coin du couloir derrière le carrelage marron. Une région, plutôt qu’un être. Un nuage de points. Une probabilité. Une zone de croisements divers, une certaine consistance de hasard. Un rôle, une abstraction certainement mais définis par qui, écrits par qui? Ça le tracassait, tandis qu’il grimpait l’escalier branlant à travers les entrailles de béton.
Doppelgänger
Publié par jeanphilippedore
Architecte, bloggeur, conseiller, auteur Voir tous les articles par jeanphilippedore
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