Personae

Je les vois, mes frères et soeurs humains, ils évoluent à la lisière de leurs fenêtres, ils apparaissent, ils disparaissent, à vingt heures ils applaudissent pendant deux minutes, ils tapent sur leurs casseroles avec des cuillères de bois, ils sifflent comme au théâtre. Ou peut-être, mes camarades d’aquarium, devrais-je dire. Et puis, il y a les autres miens, ma mère collée à la caméra de son ordinateur comme à un hublot, tous les visages familiers et aimés pressés aux vitres de ces fenêtres lointaines. Les amis qui se langissent du week-end à la mer comme d’un nouveau Graal, les étudiants qui attendent leur destin. Une routine s’installe qui semble être l’expression même de l’établissement humain. La civilisation du Covid. Ce n’est pas de la résignation c’est plutôt qu’un ordre, un nomos s’installe. Une vie plus précautioneuse, plus chiche sans doute, mais tout de même bien la vie. Vers vingt-trois heures les lumières s’éteignent, c’est à dire que les grands carrés dorés des aquariums s’éteignent, mais on distingue encore les petits rectangles bleus des télévisions, les lucioles virevoltantes des téléphones prêtes à traverser la nuit.

2 commentaires sur “Personae

    1. Hihi. Il faudrait réouvrir la science fiction et voir ce qu’elle nous dit, maintenant. j’ai naïvement commandé les chroniques martiennes de Bradbury, mais de là à ce qu’elles arrivent… à + bises

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