Sans titre

L’antiviral Remdésivir, C27H35N6O8P. Comment diable forgent-ils ces noms? Est-ce un docte ordinateur qui les pond dans le silence d’une panic room? Ou bien sont-ce les chercheurs fébriles qui assemblent les phonèmes? D’après le dictionnaire Merriam-Webster, rem- est d’origine indéterminée. On peut hasarder des goûts musicaux. -Desi- dénote la présence d’un analogue de l’adénosine, probablement de adenosine, tandis que -vir est un ‘élément de combinaison qui désigne un composé antiviral, de VIRUS’. Virus, du latin vīrus qui signifie suc, venin, poison. Il désignait originellement une substance organique (pus, etc.) susceptible de transmettre la maladie, mais aussi, ‘ une sécrétion avec des propriétés médicales ou magiques.’ On trouve aussi une base indo-européenne *uis ou *uīs, poison, venin, le grec īós, poison, le tokharien wase ou wäse, le sanskrit viṣáṃ, poison toujours, l’avesta viš, viša-(aussi vīš?), emprunté au bas allemand, lui-même emprunté au latin.

Moi, j’y vois d’autres choses, des sigmunderies. La rémission du désir. Aussi vir, qui en latin signifie le mâle, proche du sanskrit vira, héros, fort. Vir est aussi proche de virtus (vir-tus) qui signifie non pas la vertu au sens moderne, mais l’ensemble des qualités ‘qui font la valeur de l’homme moralement et physiquement’, d’après le Gaffiot. On peut légitimement se demander ce qu’aurait donné un Remdési-femina. M’intrigue aussi l’accent aigü qu’on a rajouté à cette création du laboratoire américain Guilead Sciences. Pouvoir le dire en français probablement. Et ses euphonies louches, désir, assouvir, servir, sévir, Elzévir, assouvir, asservir. Les mots aussi sont des virus qui contaminent et se contaminent, des formules et des codes magiques ou maléfiques qui s’insinuent dans nos organismes, nos systèmes de communication et de gouvernement — de commandement–, notre conscient et notre inconscient. Hasardeux eux aussi, échappés des laboratoires eux-aussi, issus d’une évolution étymologique non moins longue et torturée que l’évolution géologique de la terre ou biologique du vivant, ils vont leur destin errant, à l’amble et au galop, parfois morts et secs, parfois résurgents et triomphants.