Le règne

J’arpente le douzième arrondissement, planète grise, triste, inconnue, irréelle, vivrière, âpre, royaume d’un dimanche perpétuel. Je voudrais, entre deux rendez-vous, manger un sandwich au bar, boire une bière, lire le Parisien. Ça n’existe pas. Ça n’existe plus. Je découvre les rouages de la machination : ce n’est pas parce que je n’éprouve rien qu’il ne passe rien, sinon mon monde social ne s’appliquerait pas à me bombarder de messages. J’ai cinquante ans et je transporte un fardeau à moi invisible, aux autres pas. Tel l’éléphant je revendique un monde qui n’existe pas, ou alors, hors de prix. Mais là, tout de suite, j’estime que ce n’est pas grave : un peu plus ou un peu moins effaré, décalé, pas de ce monde ou de cette réalité. Un peu plus dans mon ‘règne’ pour parler comme Hans Castorp : je ne demande pas mieux.