Derrière moi un homme applaudit à tout rompre, siffle, suggère une standing ovation, crie des bravos. Et il convient d’applaudir, les actrices s’étreignent avec un air de bonheur, là, tout près, sur la scène. Y croire ou pas, te dis-tu, quand tu trouvais à la pièce un peu de l’outrance que précisément elle prétendait dénoncer. Quoi? La vulgarité, le bruit, la fausseté, la superficialité? Jouer au théâtre, ce n’est pas interdit. Mais c’est aussi, faire comme si. Par convention le théâtre, la scène, boire un verre après, raconter aux collègues le lundi. Comme dans Roland Barthes, la barbe de l’abbé ou son image, à moins que l’image soit la chose? La fragilité de tout cela se masque dans une célébration, une convention, on applaudit, on se presse vers les lumières. Ce qui était intéressant c’était le texte te dis-tu, pas tout ce qu’on brode dessus. Tu es ultracritical, tu penses que le décor ne va pas, que la chanson non plus, qu’on ne peut pas lire et jouer, etc. La difficulté, finalement, c’est combien de temps tu tiens avant de te retourner vers les autres, plein d’espoir, pour qu’ils t’approuvent. Qu’est-ce que tu parviens à fabriquer, à poser en résistant à l’impérieux besoin de te retourner. Ruminer, dit Nietzsche, jouir de soi, de son esprit, de sa solitude. Ecrire c’est ramasser des brindilles hâtivement pour faire du feu, la vérité est peut-être quelque part entre les branches, l’identité qui passerait par là, captée par le dispositif, au hasard.
