Cremonini

Cremonini était sur la couverture de mon livre de philosophie, en terminale. Je n’écoutais pas ce que disait la professeure, arrogance des dix-sept ans. C’était l’indifférence mutuelle, je regardais la couverture, je regardais Cremonini – L’urgence des déserts, 1972 – et surtout je regardais par la fenêtre, je regardais le jour gris diffracté sur les toits, le gris aventureux d’une matinée d’ennui, je rêvais. Et là, dans cette exposition déserte, un dimanche à l’Institut, des décennies plus tard, je regarde les titres et les images.

Le silence du corps. La faille. La peau et les pierres. Les assises de l’horizon. De la chambre au balcon, la nuit. Dehors la nuit. Au dos du miroir. Les chiens au Belvédère. Sous le rêve du soleil.

Cela fait penser à Manara, qu’il connaissait. A Dino Buzzati et Julien Gracq, période “Le rivage des Syrtes”. A Morandi et aux peintres obscurs des années soixante-dix, comme Monory.

Un érotisme tranquille, une présence solide au monde, jouissante et en mêne temps rêveuse, contemplative, mélancolique. Métaphysique de la plage et des corps, mystères des choses qui vivent dans les miroirs et dans la nuit. Mystère obsédant de la chair. Silence de l’horizon dont on essaye de décrypter la profondeur, la transparence des bleus, des verts et des gris, comme des émaux. De cette rêverie sur la couverture d’un livre, de cette errance du regard et de l’imagination sur les toits est sorti quelque chose, un rapport au monde, une envie d’aventure grise. Sur les toits et sur les rivages. Sur la peau et à l’horizon.

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https://www.academiedesbeauxarts.fr/sites/default/files/inline-files/communique-de-presse-exposition-leonardo-cremonini.pdf