Un asile dans la jungle

J’ai rêvé que j’évoluais dans une jungle avec Pa. et G. Progression difficile, touffeur, moustiques, malaise. Cris d’animaux de plus en plus inquiétants. Ne pas quitter le sentier, sinon… Soudain, nous étions dans un climat beaucoup plus tempéré, pluvieux et frais comme ici, une sorte de jardin ou un patio qui semblait appartenir à un foyer ou à un asile psychiatrique. Dans le rêve c’était peu clair de savoir si nous étions là es qualités, en tant qu’architectes ou bien en tant que patients. J’ai oublié les détails. Le doute est permis.

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Thomas Bernhard, A la recherche de la vérité et de la mort, 1967. “Ce que nous pensons a déjà été pensé, ce que nous ressentons est chaotique, ce que nous sommes est obscur.” Cependant, on est seul. On ne peut se former que seul, n’exister que. La condition que l’on emprunte, que l’on loue comme un costume pas vraiment à sa taille. Les moeurs qu’implique le costume. L’histoire qu’implique ce squelette, ces gènes, ce visage – même le beau visage de A. Le mode d’emploi où le programme, comme d’une machine à laver. La condition. Ce qui doit s’accomplir. L’atavisme de courir, travailler, fonctionner. La capacité mécanique, de trait, du corps. On flotte là-dedans. On se surimpose à cette condition, à cette capacité. Cette condition est notre être, oui, mais ce qui flotte aussi. Animula, vagula, blandula…

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J’écoute une série sur Mitterrand, Les Grandes Traversées. La gauche est-elle condamnée à (se) trahir dès lors qu’elle arrive au pouvoir? L’exercice du pouvoir conduit à la trahison. Est-ce que la gauche est condamnée à n’exister qu’en tant que prémices, promesses, espoir? Est-ce que la gauche qui gouverne – ou plus modestement par les temps qui courent, qui accepterait d’en considérer la possibilité -, ce n’est déjà plus la gauche? Le mur du réel, le tournant de la rigueur, le beau projet que l’on délaisse un instant mais que l’on se promet de reprendre, plus tard, quand ça ira mieux… Mais qu’est une force qui en a besoin d’une autre pour s’accomplir? Ou qui disparaît quand elle s’accomplit, qui défaille au moment de s’accomplir? La droite attend, tranquille, tenant prêt le gourdin de la peur. Il n’est point besoin d’espérer pour entreprendre. Il n’est point besoin d’entreprendre pour espérer. La gauche, alors, ne serait qu’espoir à l’état pur ; une condition, là encore. Une joie mystique, pour Simone Weil. Une foi, pour elle, pour l’ouvrier. Mais quoi encore? “Je le crois, parce que je l’espère” disait Léon Blum. C’est peut-être cette substance absolument insaisissable, périssable, évanescente qui en fait le prix et l’infrangibilité. Chiendent de l’espoir qui toujours réapparaît et qui toujours disparaît.