Printemps glacial (IV)

Printemps subreptice, qui prendrait son développement par en-dessous, caché dans la grisaille d’une fausse saison, dans une morne atmosphère de conte de Kafka ou de Murakami. Tout le monde rêve d’un réveil, d’un éveil alors que par moments, comme hier soir, une déchirure s’opère, l’air se teinte brièvement de pourpre et d’odeurs de fleurs, le jardin d’un ensemble des années soixante-dix prend des airs mystérieux, la bâche d’un chantier sur le canal, qui brille, donne un très bref et très inattendu sentiment de bonheur et d’exaltation. Le printemps est donc bien là, mais caché derrière, souterrain, sournois, il croît dans une grossesse nerveuse ou niée par le corps qui l’héberge. Et tout devient subreptice, à l’unisson : notre moral, nos sentiments, nos projets, nos visions. Cachés dans le gris, pour toujours semble-t-il, victimes d’une quelconque malédiction, vérifiant machinalement, en levant un capot invisible, que quelque chose se passe tout de même, s’accomplit dans le silence, un destin, une marche, un cliquetis.