L’échappée belle

Notre condition, le temps qui passe, les limites de notre caractère sur lesquelles on bute toujours comme sur des ornières funestes ; des espoirs déçus, des peurs non affrontées, des désirs non exprimés, des forces et des faiblesses mal recensées : tout indique que nous sommes coincés. Notre pusillanimité nous est un cercle de fer. Le danger est grand mais, pourtant, nous avons en nous ce qui sauve (Das Rettende). Nous autres quinquagénaires, improbables héros comme les Ulysses de Tennyson, nous avons en nous la capacité d’écrire la suite, toujours d’écrire notre suite. Ravinés que nous sommes, craintifs et réfugiés dans des sourires en miroir, dans des déprimes confortables, nous contenons néanmoins cet être créatif qu’est tout passager du temps – cet infant étonné et malhabile. Nous écrivons, comprenez. Nous créons ce qui arrive. Nous sommes perpétuellement ce qui arrive, celui ou celle qui advient, il serait temps d’en prendre conscience.

https://www.poetryfoundation.org/poems/45392/ulysses