c’est facile la poésie
il suffit
d’aller à la ligne
avec sa Remington invisible
il suffit de frayer
dans les noirs et les blancs
où il n’y a personne.
c’est facile la poésie
il suffit
d’aller à la ligne
avec sa Remington invisible
il suffit de frayer
dans les noirs et les blancs
où il n’y a personne.
le train fonce dans le brouillard
et moi j’hésite entre l’ennui, la fatigue, la réminiscence – j’hésite entre cet instant de brouillard et un autre
par la fenêtre : paysage d’hiver
arrière plan d’un tableau ou bien souvenir
flou
quelque chose d’avide qui attend
qui se trompe
le reflet d’une rose sur la vitre
fragments de conversations langues langage et quoi?
quoi?
c’est pluie vapeur vitesse oui mais il y a autre chose, tristesse,
mais pas cette tristesse-là
l’autre
la structure secrète du monde une tristesse
vitale.
où est la poésie?
la poésie est rue du Chemin Vert
à l’heure de l’étoile unique
où le ciel vire du noir au bleu
à l’heure de la fenêtre unique au dernier étage
jaune
équanime
sereine comme une chose des dieux
au Royal je réfléchis
non, je me dis plutôt que le chantier
étant le temps, est aussi la promesse
–
la promesse.
plus souvent perdu qu’autre chose
illusif
allusif
élusif
et quoi encore?
porté par un flux qui le dépasse
sans commencement ni fin
et fluctuant, oscillant, voguant
relatif en tout et absolu en rien
cherchant partout des traces de l’improbable habitant dans la maison vide
cherchant
–
encore.
Elle regarde, écoute
Si bien!
-que les choses regardées, écoutées frémissent, s’ébrouent
Elle plante
Des clairières
Dans la forêt du temps.
il y a
partout
cachée
dans les êtres les choses le monde
une joie
secrète
furieuse comme un torrent invisible
et toi
vivante, vivant
ton métier est de la trouver
d’y étancher ta soif
à longs traits.
sept heures
la lumière des phares
dans la nuit entre les arbres dans le brouillard
sur le boulevard des faubourgs
au coeur de l’hiver
chercher encore le coeur
l’instant
la vague
–
la
joie.
(…)
Sous le rapport de la qualité, le rationalisme oppose, comme il convient, les phénomènes entre eux; il discerne et il compare, opération qui, elle aussi, — comme d’ailleurs le rationalisme envisagé dans son ensemble, — est louable et bonne, et qui est l’unique voie qui conduise à la science. Mais ici encore intervient le despotisme des facultés actives de l’esprit dont nous parlions tout à l’heure; il s’exerce immédiatement ici par l’étroitesse unilatérale du point de vue, par la brutalité des distinctions, tout comme tout à l’heure il se trahissait par l’arbitraire des liaisons. Il s’expose au péril de séparer rigoureusement ce qui est associé de nature, de même que tout à l’heure il liait ce qui est disjoint de nature. Il divise, là où il n’existe pas de divisions réelles, et ainsi de suite.
(…)
—
[…]
Der Qualität nach setzt der Rationalism, wie billig ist, die Phänomene einander entgegen; er unterscheidet und vergleicht: welches gleichfalls (so wie der Rationalism überhaupt) löblich und gut und der einzige Weg zur Wissenschaft ist. Aber jener Despotism der Denkkräfte zeigt sich auch hier sogleich durch Einseitigkeit, durch Härte der Unterscheidung, so wie oben durch Willkür der Verbindung. Er kommt in Gefahr, dasjenige strenge zu sondern, was in der Natur verbunden ist, wie er oben verband, was die Natur scheidet. Er macht Eintheilungen, wo keine sind u. s. w.
[…]
la tour
et l’étoile en face
sur le ciel bleu foncé qui vite pâlit
une fenêtre s’allume jaune
et
dans la rue
le cafetier balaye son seuil
les fûts de bière attendent sur le trottoir
et
le blues au Royal
rue du Chemin Vert
rue du Chemin Vert.
minuit dans le RER
les travailleurs de nuit sur leur nacelle font un signe
l’air siffle à la fenêtre
cette vieille modernité d’aluminium
– les noms sur l’interphone chez M. qui sont des numéros
l’abstraction déchirante de la chose
comme un chant
qui se perd
dans la nuit.