Kyren Wilson

Visage plébéien, paupières battues de boxeur, nuque rase, boucles décolorées. Mais bizarrement, il serait tout à fait crédible en sénateur romain. Gladiateur bien sûr, “The Warrior”, they call him… Pour lui, ce n’est pas juste le chemin qui est difficile, c’est tout qui est difficile : naître, vagir, respirer, ne pas mourir, ne pas décevoir, ne pas disparaître. Vivre, c’est persister, comme un lichen, comme un animal sauvage dont le milieu naturel serait la lutte. Joueur de snooker, donc. Impassible, l’impassibilité anglaise dans l’antre de Sheffield, le fameux Crucible Theatre qui ne ressemble à rien, comme les tee-shirts en nylon de l’assistance, comme les uniformes mal coupés des joueurs, gilets, chemises et noeuds papillons. Rien d’aristocratique là-dedans, des pintes et des fish and chips. Mais, la grandeur. Qu’est-ce que la grandeur? Ne pas décevoir, tout traverser, tout endurer comme les héros antiques, ne pas ciller. Mais encore? Vivre, comme Tarkovski, de la difficulté, prospérer en elle, commencer quand le vaincu finit, quand l’espoir finit. Exhiber son stoïcisme comme un artefact de sentiment, comme un rite barbare, vivre de drames et de verres d’eau, trouver du sens dans l’absurdité du jeu, dans sa cruelle abstraction. Camus au Crucible? Oui, et Homère aussi. Et Nietzsche aussi. Et que faites-vous encore? D’abord des voleurs, pour les punir ensuite. D’abord des mythes, pour frémir du frisson de la mort. D’abord la cruauté, l’absurdité des règles pour s’autoriser ce demi-sourire, prodigieux bond au-dessus des gouffres.

Martyrologe

“Il faut tenir jusqu’en 2025”, m’a dit quelqu’un hier au téléphone. Les survivants ramasseront, m’assure-t’on. Ramasseront quoi? Tenir? Et alors, qu’y-a-t’il, soldat? Quelle est cette coupable lassitude?

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Heureusement je prends plaisir à lire le Journal (1970-1986) de Tarkovski, aussi appelé “martyrologe” – il aimait bien ce mot qui peut vouloir dire, liste des martyrs ou dans son cas, récit, liste des épreuves. De fait, chaque film était littéralement un chemin de croix pour un esprit brillant, novateur et indépendant dans un système soviétique qui était son exact contraire. Convaincre le Parti, la Mosfilm, les pléthoriques Comités Centraux de tout, les techniciens plus ou moins serviles de l’Etat, trouver l’argent, la pellicule, les acteurs, les lieux de tournage… Et jeter à la face de toute cette médiocrité bureaucratique, petite bourgeoise, l’ambition la plus haute. Dostoïevski. Stanislas Lem. Thomas Mann. Bach. Faire un film qui soit comparable, de par sa profondeur, à un acte de vie, écrit-il à propos d’Une journée blanche, qui deviendra “Le miroir”. Façonné finalement par la difficulté même – le difficile qui est le chemin – habitué à la lutte comme étant son dû : contre les fonctionnaires, contre la ligne du parti, contre les préjugés, contre les conservatismes pompiers, contre tous (orgueil). Ne faites pas de moi un saint, donnez-moi du travail, implore-t-il. Loué en occident, carrément adoubé par Bergman qui plus tard lui prêtera ses moyens de tournage pour Le Sacrifice.

Noté dans son Journal :

«Tout homme moderne porte en lui, à l’état d’embryon, les traits dun bourreau» (Dostoïevski, Souvenirs de la maison des morts).

Bernard Shaw. «N’est-il pas étonnant que le péché le plus impardonnable de l’acteur soit d’être celui qu’il représente, au lieu de le représenter?»

Pouchkine: “ (…) Il faut bien avouer que notre existence sociale est une triste chose. Que cette absence d’opinion publique, cette indifférence pour tout ce qui est devoir, justice et vérité, ce mépris cynique pour la pensée et la dignité de l’homme, sont une chose vraiment désolante.» (à Tchaadaev, 19 octobre 1836).

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Dans ces rendez-vous parfois subliminaux avec A., je suis toujours frappé par la même chose : sa beauté, portée presque par inadvertance.

Cremonini

Cremonini était sur la couverture de mon livre de philosophie, en terminale. Je n’écoutais pas ce que disait la professeure, arrogance des dix-sept ans. C’était l’indifférence mutuelle, je regardais la couverture, je regardais Cremonini – L’urgence des déserts, 1972 – et surtout je regardais par la fenêtre, je regardais le jour gris diffracté sur les toits, le gris aventureux d’une matinée d’ennui, je rêvais. Et là, dans cette exposition déserte, un dimanche à l’Institut, des décennies plus tard, je regarde les titres et les images.

Le silence du corps. La faille. La peau et les pierres. Les assises de l’horizon. De la chambre au balcon, la nuit. Dehors la nuit. Au dos du miroir. Les chiens au Belvédère. Sous le rêve du soleil.

Cela fait penser à Manara, qu’il connaissait. A Dino Buzzati et Julien Gracq, période “Le rivage des Syrtes”. A Morandi et aux peintres obscurs des années soixante-dix, comme Monory.

Un érotisme tranquille, une présence solide au monde, jouissante et en mêne temps rêveuse, contemplative, mélancolique. Métaphysique de la plage et des corps, mystères des choses qui vivent dans les miroirs et dans la nuit. Mystère obsédant de la chair. Silence de l’horizon dont on essaye de décrypter la profondeur, la transparence des bleus, des verts et des gris, comme des émaux. De cette rêverie sur la couverture d’un livre, de cette errance du regard et de l’imagination sur les toits est sorti quelque chose, un rapport au monde, une envie d’aventure grise. Sur les toits et sur les rivages. Sur la peau et à l’horizon.

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https://www.academiedesbeauxarts.fr/sites/default/files/inline-files/communique-de-presse-exposition-leonardo-cremonini.pdf

Baumgartner

Le dernier livre de Paul Auster, que j’ai commencé à lire trois jours avant sa mort. La première impression, peut-être était-ce dû à la traduction en français, ou au fait que je venais de finir trois livres de Julien Gracq, très précieux style : celle d’une prose un peu relâchée et d’une histoire qui ne décolle pas vraiment. Dans l’ironie New-yorkaise, je coche plus volontiers Donald Westlake ou Jerome Charyn. Mais j’ai ensuite révisé mon jugement. La capacité autobiographique qu’a ce vieil homme à se rappeler l’amour de sa vie, Anna. A considérer avec bienveillance les nouveaux venus tardifs dans sa vie : Ed Papadopoulis, Bebe Cohen. Les petits récits et poèmes intercalaires, de lui ou d’Anna. La parabole sur le condamné volontaire “à écrire des sentences” – traduction! – à tourner des phrases on dirait plutôt, artisan insatisfait tel Flaubert. La mélancolie que teinte un amour de la vie toujours et encore là, ou peut-être est-ce l’inverse. Les occasions manquées. Les rares instants réussis, qui brillent comme des gemmes. La capacité à vivre, non pas pour, mais par l’autre et par là à acquérir une méta-existence, un faîtage ultime de la condition humaine. L’amour, that is. L’étrangeté américaine, qui nous est devenue peu à peu étrangère – comment diable, pesterait Gabriel, peut-on comparer le dualisme entre l’âme et le corps avec la situation d’un conducteur à bord de sa voiture? Les conformismes agaçants de la société américaine – les nôtres ne le sont pas moins – le base-ball, la consommation, la voiture. Mais peu importe. Au seuil d’une vie bien remplie, s’asseoir dans son jardin, littéralement parmi les fleurs et face au ciel, d’automne, et plonger dans son passé. L’investigation à Lviv, en Ukraine, sur les traces de la famille Auster fait penser à l’enquête de Philippe Sands dans “Retour à Lemberg”. Des silos de mémoire enfouis dans un néant énorme, des brillances d’instants parmi des plages d’oubli et de vide, parmi tout ce qu’on ne dit pas, tout ce qu’on ne peut pas dire. Beau dernier livre.

L’antirétroviseur

L’essence du conservatisme, c’est de s’indigner du principe même de tout changement – ce “non mais”- grassement assis. C’est de revendiquer ce qui est comme un bien, et par surcroît, son bien. C’est revendiquer ce qui est comme sa création, sa possession, son territoire. Mais néanmoins, toute cette résistance demeurante, dit Jankélévitch dans “La Nostalgie”, bascule contre son gré dans la futurition, glisse dans le temps, s’érode tout en freinant dans le devenir. Ce qui est grotesque dans le conservatisme, c’est qu’il est un Monsieur Jourdain du surgissement, de l’altérité radicale, du nouveau, du révolutionnaire. Bien calé dans son fauteuil face à son étroit et jaloux rétroviseur, persuadé d’être immobile, ancré, en fait, il bouge, il se déplace à une vitesse extraordinaire avec le monde qui l’entoure. Et ce qu’il appelle valeurs et traditions est en fait un produit changeant, mouvant, incertain qu’un cri appelle ça et là, qu’une fumée dissipe. L’étrangeté est que les freineurs et les accélérateurs vont paradoxalement à la même vitesse, que les temps s’accomplissent de toute façon, qui chantant, qui pleurant, qui niant, qui disant gravement, les yeux dans les yeux comme Molly Bloom : “oui, je veux bien, Oui.”

Dans la nuit des systèmes

Voyage à Reuilly, sous la pluie. Dans la rue, dans le métro, des personnes défilent dans mon champ visuel comme des personnages en quête d’auteur : une fille qui trimbale un lampadaire avec une grosse ampoule au-dessus de sa tête, un ramoneur de noir et de suie revêtu qui consulte son portable, morose. Plus tard dans la journée, de mes fenêtres je regarde le parc qui est une énorme masse verte mouillée, spongieuse, fermée sur son destin biologique, on sent les feuilles qui poussent dans l’indifférence. Dans le club Azteca, rue de Crimée, des travailleurs hissent précautionneusement une nouvelle machine de workout, ils fourbissent longuement et tout à coup jaillit le rayon blanc fulgurant des LEDS, le display qui aussitôt traverse le quartier, l’immeuble, les êtres.

De plus en plus, pour se sortir des situations professionnelles, il utilisait ce qu’il est convenu d’appeler ses qualités humaines, il essayait de faire résonner sa calebasse avec d’autres calebasses, son être avec d’autres êtres. Et ça marchait, il était recherché – mais pas comme il l’aurait cru. Ce qu’il avait en face de lui, c’était l’œil à-demi ouvert, ironique, interrogateur, enregistreur de données, thésaurisateur des systèmes. On l’évaluait, on le calculait. En face de lui il y avait une intelligence qu’il n’avait pas, qu’il ne voulait pas avoir. Imprudent, il risquait sa vie, c’est-à-dire qu’il avançait le cou frêle de son individualité. En face, de calmes intelligences, des opérateurs silencieux qui se permettaient un sourire, un œil sur leurs tableurs, leurs capteurs et leurs courbes. Les gens étaient professionnels. Ils étaient contenus par un système et un ordre. Ils accomplissaient les ordres. Mais lui, il ne voulait pas être professionnel. Il ne voulait pas être résilient non plus. Il voulait être subsident, se tasser, rejoindre la courbe du monde, disparaître dans l’horizon des choses.

Printemps glacial (IV)

Printemps subreptice, qui prendrait son développement par en-dessous, caché dans la grisaille d’une fausse saison, dans une morne atmosphère de conte de Kafka ou de Murakami. Tout le monde rêve d’un réveil, d’un éveil alors que par moments, comme hier soir, une déchirure s’opère, l’air se teinte brièvement de pourpre et d’odeurs de fleurs, le jardin d’un ensemble des années soixante-dix prend des airs mystérieux, la bâche d’un chantier sur le canal, qui brille, donne un très bref et très inattendu sentiment de bonheur et d’exaltation. Le printemps est donc bien là, mais caché derrière, souterrain, sournois, il croît dans une grossesse nerveuse ou niée par le corps qui l’héberge. Et tout devient subreptice, à l’unisson : notre moral, nos sentiments, nos projets, nos visions. Cachés dans le gris, pour toujours semble-t-il, victimes d’une quelconque malédiction, vérifiant machinalement, en levant un capot invisible, que quelque chose se passe tout de même, s’accomplit dans le silence, un destin, une marche, un cliquetis.

Printemps glacial (III)

“C’était le printemps, un printemps pur et glacé. En sortant de soirée, il montait dans sa victoria, étendait une couverture sur ses jambes, répondait aux amis qui s’en allaient en même temps que lui et lui demandaient de revenir avec eux, qu’il ne pouvait pas, qu’il n’allait pas du même côté, et le cocher partait au grand trot sachant où on allait. Eux s’étonnaient, et de fait, Swann n’était plus le même. On ne recevait plus jamais de lettre de lui où il demandât à connaître une femme. Il ne faisait plus attention à aucune, s’abstenait d’aller dans les endroits où on en rencontre. Dans un restaurant, à la campagne, il avait l’attitude inverse de celle à quoi, hier encore, on l’eût reconnu et qui avait semblé devoir toujours être la sienne. Tant une passion est en nous comme un caractère momentané et différent qui se substitue à l’autre et abolit les signes jusque-là invariables par lesquels il s’exprimait ! En revanche ce qui était invariable maintenant, c’était que, où que Swann se trouvât, il ne manquât pas d’aller rejoindre Odette. Le trajet qui le séparait d’elle était celui qu’il parcourait inévitablement et comme la pente même, irrésistible et rapide, de sa vie.”

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“Les êtres nous sont d’habitude si indifférents que, quand nous avons mis dans l’un d’eux de telles possibilités de souffrance et de joie pour nous, il nous semble appartenir à un autre univers, il s’entoure de poésie, il fait de notre vie comme une étendue émouvante où il sera plus ou moins rapproché de nous. Swann ne pouvait se demander sans trouble ce qu’Odette deviendrait pour lui dans les années qui allaient venir. Parfois, en voyant, de sa victoria, dans ces belles nuits froides, la lune brillante qui répandait sa clarté entre ses yeux et les rues désertes, il pensait à cette autre figure claire et légèrement rosée comme celle de la lune, qui, un jour, avait surgi devant sa pensée et, depuis, projetait sur le monde la lumière mystérieuse dans laquelle il le voyait.”

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Marcel Proust / A la recherche du temps perdu / Un amour de Swann

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https://alarecherchedutempsperdu.org/marcelproust/057

Printemps glacial (suite)

Printemps glacé. Et nous, ce n’est pas comme Charles Swann dans sa victoria, une improbable Odette de Crécy que nous cherchons au bout de notre nuit. C’est autre chose. On est comme confinés à nouveau ; non plus chez soi – dans son appartement – mais chez soi – en nous-mêmes, dans une impasse d’individualité collective. Les gens se remettent à marcher en rasant les murs, à éviter son voisin dans l’ascenseur, les automobilistes à regarder ailleurs pour ne pas voir le passant qui attend, le vieux à pester contre une poussette qui lui bloque le passage : tout cela vient de mes dernières vingt minutes. Ricanements (sneer) silencieux.

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Hier, j’ai aidé AC à rédiger la notice pour sa maison de l’île de Ré. Grand exercice de conformisme et d’hypocrisie, à naviguer entre les règlements et les prescriptions. Les volets comme ci. Les tuiles comme ça. Les fenêtres comme ci. Les murs comme ça. Les couleurs, les matériaux, etc. Un maelström de mièvrerie. Adolf Loos dit que la maison est conservatrice et l’art est révolutionnaire. C’est pourquoi nous adorons la maison et détestons l’art. “Préserver le patrimoine architectural et naturel de l’île”, brament-ils. Foutaises. Préserver le conformisme, l’entre-soi et le capital, bien plutôt. Une fiction de patrimoine historique de série TV, avec des volets verts, des façades blanches et des toits en tuile “romaines canal en quatre couleurs” – pas autrement. Voilà qui aurait certainement fait rigoler les pêcheurs ou les saulniers du XIXème siècle – s’ils avaient eu les moyens des nantis de maintenant ils auraient construit des maisons plus belles et plus grandes. Tout le monde sait bien que tout patrimoine, comme l’histoire, est une invention de l’époque qui le décrète. Derrière tous ces règlements filandreux, on ne peut s’empêcher de voir une “distinction” pour parler comme Bourdieu, une sélection par le bon goût, les bonnes moeurs, les us et les coutumes. C’est à qui fera la tuile la plus distinguée, le portillon le plus exquis. Versailles, ou Disneyland à l’île de Ré. Il y a une bêtise moutonnière là-dedans, gentiment réactionnaire : plus que de la nouveauté, de la modernité – on serait bien en peine de dire ce que c’est aujourd’hui -, c’est surtout des autres que l’on se méfie, de ceux qui vont peindre leurs volets en rouge et flanquer une véranda. Cela me rappelle cette dame qui s’enorgueillissait devant moi, à Noirmoutier, que dans sa maison et son jardin “tout était exclusivement vert et blanc”. Pour m’en débarrasser et m’amuser je lui avais conseillé un “vert Virginia Woolf” inventé au hasard qu’elle a passé des années à chercher, radieuse, ruisselante d’efforts, prête à tout pour exceller dans le bon goût. Ce genre d’environnement me fait rêver de laideur, de mauvais goût, de violence architecturale, de chaos comme dans les nouvelle de JG Ballard. Marseille et ses collages dégueulasses de constructions non pas vernaculaires, mais au hasard total. De la désinvolture. Du chaos. De la violence. Du surgissement. Du nouveau. De l’altérité radicale. Par pitié, pas de volets vert d’eau.

Printemps glacial

Remarque attribuée à Mozart, trouvée dans Gracq – en parlant d’un de ses concertos : “C’est brillant mais ça manque de pauvreté.”

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Dans le parc de Belleville, en attendant que le magasin de Beaux-Arts ouvre. Pâle soleil, matin froid, printemps ensommeillé. Les logements des années quatre-vingt. Une certaine architecture, une certaine vision de la société aussi. Un optimisme qui nous manque. Une bonne volonté qui nous manque. Une croyance, qui nous manque. En échange, ici, ou en compensation, la paix séraphique, légèrement énigmatique, légèrement vide du XXème arrondissement un samedi matin. La vénusté de l’architecture, sa façon de se tenir dans le temps et dans l’espace, d’être un discours par son être, et d’indiquer une direction, aussi. Ici fut, est, sera. La grâce, pourrait-on dire, mais une grâce modeste, tenace comme une mauvaise herbe où un rongeur. Pauvre, précisément. Pas résister, ni traverser. Être de façon radiante, irradier. Expliquer le monde, par une fenêtre, un linteau, un enduit pelé sous la lumière pâle.