Un asile dans la jungle

J’ai rêvé que j’évoluais dans une jungle avec Pa. et G. Progression difficile, touffeur, moustiques, malaise. Cris d’animaux de plus en plus inquiétants. Ne pas quitter le sentier, sinon… Soudain, nous étions dans un climat beaucoup plus tempéré, pluvieux et frais comme ici, une sorte de jardin ou un patio qui semblait appartenir à un foyer ou à un asile psychiatrique. Dans le rêve c’était peu clair de savoir si nous étions là es qualités, en tant qu’architectes ou bien en tant que patients. J’ai oublié les détails. Le doute est permis.

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Thomas Bernhard, A la recherche de la vérité et de la mort, 1967. “Ce que nous pensons a déjà été pensé, ce que nous ressentons est chaotique, ce que nous sommes est obscur.” Cependant, on est seul. On ne peut se former que seul, n’exister que. La condition que l’on emprunte, que l’on loue comme un costume pas vraiment à sa taille. Les moeurs qu’implique le costume. L’histoire qu’implique ce squelette, ces gènes, ce visage – même le beau visage de A. Le mode d’emploi où le programme, comme d’une machine à laver. La condition. Ce qui doit s’accomplir. L’atavisme de courir, travailler, fonctionner. La capacité mécanique, de trait, du corps. On flotte là-dedans. On se surimpose à cette condition, à cette capacité. Cette condition est notre être, oui, mais ce qui flotte aussi. Animula, vagula, blandula…

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J’écoute une série sur Mitterrand, Les Grandes Traversées. La gauche est-elle condamnée à (se) trahir dès lors qu’elle arrive au pouvoir? L’exercice du pouvoir conduit à la trahison. Est-ce que la gauche est condamnée à n’exister qu’en tant que prémices, promesses, espoir? Est-ce que la gauche qui gouverne – ou plus modestement par les temps qui courent, qui accepterait d’en considérer la possibilité -, ce n’est déjà plus la gauche? Le mur du réel, le tournant de la rigueur, le beau projet que l’on délaisse un instant mais que l’on se promet de reprendre, plus tard, quand ça ira mieux… Mais qu’est une force qui en a besoin d’une autre pour s’accomplir? Ou qui disparaît quand elle s’accomplit, qui défaille au moment de s’accomplir? La droite attend, tranquille, tenant prêt le gourdin de la peur. Il n’est point besoin d’espérer pour entreprendre. Il n’est point besoin d’entreprendre pour espérer. La gauche, alors, ne serait qu’espoir à l’état pur ; une condition, là encore. Une joie mystique, pour Simone Weil. Une foi, pour elle, pour l’ouvrier. Mais quoi encore? “Je le crois, parce que je l’espère” disait Léon Blum. C’est peut-être cette substance absolument insaisissable, périssable, évanescente qui en fait le prix et l’infrangibilité. Chiendent de l’espoir qui toujours réapparaît et qui toujours disparaît.

L’étoile mystérieuse

Devant l’église de Belleville un type frappe une sorte de tambour ou de gong d’air morne. Blong, blong, blong. Ça va fait un peu Nostradamus, ou rappelle le début de “L’étoile mystérieuse”. Les prédicateurs peuvent s’en donner à coeur joie, nous voguons vers le pire, worstward comme dit Beckett. Comme cet économiste-Cassandre qui ne prédisait que des crises : il finissait toujours par avoir raison et triompher d’un air modeste, voyez, je vous l’avais bien dit. Nous sommes à l’heure des pythies amères, des médecins de Molière, des collapsologues. Nous cinglons vers l’étoile du pire. Avec une joie mauvaise? Avec une mine faussement contrite? Avec désespoir? Ça dépend. Le salut est une des cachettes possible, dit K. dans ses aphorismes. Le worstward peut-être aussi : il agirait comme une sorte de purge, de traitement par la trouille, d’électrochoc. Une épreuve ordalique*. Voire… Faut-il vraiment en passer par là?

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A. me parle de son rêve d’un job tranquille, qui finisse à 17 heures, qui consomme peu de stress, qui laisse la vie libre après. La concernant, je sais que c’est une formule réthorique, une pure possibilité, une conjuration peut-être. Je laisse dire, mais en moi le “chien de l’architecture” proteste. Ne faut-il pas souffrir? D’où tirerions-nous, sinon, notre légitimité? Notre héroïsme du vendredi soir, devant nos bières? Une vie sans le travail aurait-elle seulement un sens, terrifiante possibilité, terrifiante erreur rétrospective? Dieu! Quel mécompte! Toutes sortes de petites allégeances morales, de déterminismes, de Surmois divers cliquètent là-dedans. C’est assez drôle.

K. avait un tel job, en fait. Il arrivait un peu quand il voulait, repartait de même, recevait ses amis et admirateurs, comme Janouch, à son bureau en journée, écrivait à Felice, à Milena ou à Julie entre deux rendez-vous… Et avec tout ça le docteur Kafka était très apprécié de ses chefs. Dans son cas “l’ordalie” était ailleurs, comme on dirait que la vie est ailleurs : la nuit, chez lui, dans le “quartier général du bruit” de sa famille…

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En résumé, je suis satisfait de mon insatisfaction.

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K., Aphorismes en “II”

“Mais il ne pouvait formuler un tel souhait, car son souhait n’en était pas vraiment un, ce n’était qu’une défense, une manière de se garantir du néant, un soupçon de gaieté dont il ne voulait pas faire cadeau à ce néant où il osait alors à peine hasarder ses premiers pas, tout en sentant déjà que c’était là son élément. C’était alors une sorte d’adieu au monde des apparences de sa jeunesse qui, d’ailleurs, ne l’avait jamais directement trompé mais s’était contenté d’en confier le soin aux discours des autorités qui l’entouraient. De là émanait la nécessité du « souhait».”

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“Aber er konnte gar nicht so wünschen, denn sein Wunsch war kein Wunsch, er war nur eine Verteidigung, eine Verbürgerlichung des Nichts, ein Hauch von Munterkeit, den er dem Nichts geben wollte, in das er zwar damals kaum die ersten bewußten Schritte tat, das er aber schon als sein Element fühlte. Es war damals eine Art Abschied, den er von der Scheinwelt der Jugend nahm, sie hatte ihn übrigens niemals unmittelbar getäuscht, sondern nur durch die Reden aller Autoritäten ringsherum täuschen lassen. So hatte sich die Notwendigkeit des « Wunsches » ergeben.”

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La première phrase, la première réaction qui nous vient est donnée, elle relève du conditionnement, du dressage, de l’acquis. La seconde, ou mieux, celle qu’on ne dit pas – celle qu’on tait – vient de nous.

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*https://someishappeninghere.blog/2019/04/09/deal-and-ordeal/

Aphorismes, K., vers 1917

7.

Parmi les moyens de séduction dont dispose le Malin, un des plus efficaces est d’inciter au combat.

Eines der wirksamsten Verführungsmittel des Bösens ist die Aufforderung zu Kampf.

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25.

Quelle joie prendre au monde, si ce n’est y trouver refuge?

Wie kann man sich über die Welt freuen, außer wenn man zu ihr flüchtet?

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26.

Les cachettes sont innombrables, le salut en est un, mais il y a autant de possibilités de salut que de cachettes.

Le but existe, mais pas le chemin. Ce que nous appelons chemin, c’est notre indécision.

Verstecke sind unzählige, Rettung nur eine, aber Möglichkeiten der Rettung wieder so viele wie Verstecke.

Es gibt ein Ziel, aber keinen Weg; was wir Weg nennen, ist Zögern.

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31.

Je n’aspire point à la maîtrise de moi-même car ce serait vouloir exercer une action sur un point aléatoire du rayonnement infini de la vie de mon esprit.

Mais si je suis contraint d’édifier des défenses autour de moi, c’est en restant inactif que je m’en acquitterai au mieux: me contentant d’admirer la monstrueuse complexité des choses, je n’engrangerai alors que le réconfort que cette vue, a contrario, offre.

Nach Selbstbeherrschung strebe ich nicht. Selbstbeherrschung heißt: an einer zufälligen Stelle der unendlichen Ausstrahlungen meiner geistigen Existenz wirken wollen.

Muß ich aber solche Kreise um mich ziehen, dann tue ich es besser untätig im bloßen Anstaunen des ungeheuerlichen Komplexes und nehme nur die Stärkung, die e contrario dieser Anblick gibt, mit nach Hause.

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35.

L’Avoir n’existe pas, seul existe l’Être, un Être qui réclame le dernier souffle, l’étouffement.

Es gibt kein Haben, nur ein Sein, nur ein nach letzem Atem, nach Ersticken verlangendes Sein.

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44.

Tu t’es harnaché pour ce monde, tu es ridicule.

Lächerlich hast du dich aufgeschirrt vor diese Welt.

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47.

On leur donne le choix: devenir des rois ou les messagers des rois. Comme les enfants, ils veulent tous être des messagers: il n’y a donc que cela. Ils parcourent le monde et, en l’absence de rois, ils échangent entre eux des messages qui ont perdu tout sens. Ils aimeraient mettre fin à leur existence pitoyable mais n’osent pas: ils ont prêté serment.

Es wurde ihnen die Wahl gestellt, Könige oder der Könige Kuriere zu werden. Nach Art der Kinder wollten alle Kuriere sein. Deshalb gibt es lauter Kuriere, sie jagen durch die Welt und rufen, da es keine Könige gibt, einander selbst die sinnlos gewordenen Meldungen zu. Gerne würden sie ihrem elenden Leben ein Ende machen, aber sie wagen es nicht wegen des Diensteides.

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48.

Croire au progrès ne veut pas dire croire qu’un progrès s’est déjà produit : ce ne serait pas une croyance.

An Fortschritt glauben heißt nicht glauben, daß ein Fortschritt schon geschehen ist. Das wäre kein Glauben.

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80.

La vérité est indivisible, donc incapable de se connaître elle-même ; qui veut la connaître ne peut qu’être dans le mensonge.

Wahrheit ist unteilbar, kann sich also selbst nicht erkennen ; wer sie erkennen will, muß Lüge sein.

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92.

La première fois que l’on adora les idoles ce fut certainement par peur des choses mais, en même temps, par peur de la nécessité des choses et aussi par peur d’en être responsable. Cette responsabilité semblait si énorme qu’on n’osait même pas l’attribuer à un être unique extérieur à l’humanité car sa médiation n’aurait pas suffi à alléger la responsabilité des hommes. Comme le commerce avec un être unique eût été trop entaché de responsabilité on rendit chaque chose responsable d’elle-même et on alla jusqu’à lui attribuer une certaine responsabilité sur l’homme.

Die erste Götzenanbetung war gewiß Angst vor den Dingen, aber damit zusammenhängend Angst vor der Notwendigkeit der Dinge und damit zusammenhängend Angst vor der Verantwortung für die Dinge. So ungeheuer erschien diese Verantwortung, daß man sie nicht einmal einem einzigen Außermenschlichen aufzuerlegen wagte, denn auch durch Vermittlung eines Wesens wäre die menschliche Verantwortung noch nicht genug erleichtert wor-den, der Verkehr mit nur einem Wesen wäre noch allzusehr von Verantwortung befleckt gewesen, deshalb gab man jedem Ding die Verantwortung für sich selbst, mehr noch, man gab diesen Dingen auch noch eine verhältnismäßige Verantwortung für den Menschen.

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96.

Les joies de cette vie ne lui appartiennent pas, elles sont notre peur de nous élever à une vie supérieure ; les tourments de cette vie ne lui appartiennent pas, elles sont notre propre tourment à cause de cette peur.

Die Freuden dieses Lebens sind nicht die seinen, sondern unsere Angst vor dem Aufsteigen in ein höheres Leben; die Qualen dieses Lebens sind nicht die seinen, sondern unsere Selbstqual wegen jener Angst.

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109.

(…)

Il n’est pas nécessaire que tu sortes de chez toi, reste à ta table et écoute. Non, n’écoute même pas, contente-toi d’attendre. N’attends même pas, reste tranquille et seul. Le monde s’offrira à toi pour que tu lui ôtes son masque; il ne peut faire autrement et, en extase, il se roulera à tes pieds.

(…)

Es ist nicht notwendig, daß du aus dem Hause gehst. Bleib bei deinem Tisch und horche. Horche nicht einmal, warte nur. Warte nicht einmal, sei völlig still und allein.

Anbieten wird sich dir die Welt zur Entlarvung, sie kann nicht anders, verzückt wird sie sich vor dir winden.

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One more time

Nous sommes tous coupables, ai-je pensé en me perdant en vélo, en chemin vers le nouvel Esat. Incapable de me concentrer sur l’adresse. Pensée kafkaïenne, ou kafkaesque. Nous sommes tous coupables, parce que nous prenons les choses trop à coeur, parce que nous nous sentons responsables de tout. Nous voyageons sans sérénité – “pas un instant de calme ne m’est offert en cadeau” -, maladivement, mélancoliquement, dodelinant de la tête comme des maniaques. C’est aussi que nous évoluons dans des espaces unipersonnels – nous les Architekturhunde. Nous sommes le maître et l’esclave, le baromètre et la tempête, la faute et le châtiment. Nous sommes tous coupables, comme des dostoïevskiens, parce que nous sommes obsessionnels et tournés vers nous-mêmes jusqu’à la folie. Il n’y a pas d’issue, nous sommes l’entreprise et la faillite, nous sommes la possibilité de catastrophe, nous sommes la catastrophe.

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Mais. Mais. Arrivé au pied des tours, traversé le patio dévasté des années soixante, attendu dans le minuscule accueil où, sur le mur blanc, étaient placardés les plan de sécurité incendie – trame implacable – et la “charte de dignité des personnes handicapées mentales.” Et, sur la porte vitrée, sur laquelle claquent les ballons de foot, une feuille A4 avec dessus en gros le chiffre “1974”. Diverses pensées se sont succédées là et puis ont disparu. Restent leurs fantômes qui flottent. Le moderne. Le post-moderne. L’écologie, sans qu’on sache trop laquelle. Il n’y a rien de continu, juste des signaux qui clignotent. Des fragments. Je vois finalement la directrice, nous plaisantons sur « 1974 » écrit en gros partout. C’est la date de création de l’association. Nos dates de naissance aussi. Elle m’explique qu’elle veut tout refaire et ne sais pas comment s’y prendre. Bataille avec le bailleur social. Puis elle me fait faire le tour. Tout est coincé dans la trame des années soixante. Pièces aveugles. Enfants handicapés. Travailleurs handicapés. Espaces qui prétendent au « care » mais qui font  plutôt penser à «surveiller et punir ». Et finalement, si j’en crois les salles de pause aveugles et les portes déglinguées, plutôt punir sans surveiller, juste laisser ces gens là, dans une case administrative, dans un délaissé urbain. Carrefour des indéterminations et des incuries. Mais d’où vient alors ce sentiment, cet enthousiasme, cette féroce envie d’avenir? Les lieux contiennent quelque chose. Une sorte de capital qui dort, d’énergie, de devenir. Ils contiennent leur transformation. Et l’art, finalement, c’est d’être là, de capter cela. Je suis libre, dans ce moment-là, si je m’engage. Je suis libre si je m’engloutis dans l’aventure. Encore une fois.

Kafka, Lettre au père (Brief an den Vater), 1919

« Elle est si loin de toi que tu ne la vois plus guère, tu mets plutôt un fantôme à la place où tu soupçonnes qu’elle est. »

« Sie ist so weit von Dir, dass du Sie kaum mehr siehst, sondern ein Gespenst an die Stelle setz, wo Du sie vermutest. »

À Milena

K., Merano, 12 juin 1920, samedi

“Pour moi ce qui se passe a quelque chose de formidable, mon monde s’effondre, mon monde s’édifie, vois comment tu (ce tu que je suis) y subsistes. Je ne me plains pas de l’effondrement, il était en train de s’effondrer, je me plains de son édification, je me plains de mes faibles forces, je me plains d’être né, je me plains de la lumière du soleil.”

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“Für mich ist es ja etwas Ungeheuerliches was geschieht, meine Welt stürzt ein, meine Welt baut sich auf, sieh zu, wie Du (dieses Du bin ich) dabei bestehst. Um das Stürzen klage ich nicht, sie war im Stürzen, über ihr Sich-aufbauen klage ich, über meine schwachen Kräfte klage ich, über das Geboren-werden klage ich, über das Licht der Sonne klage ich.”

Un soldat du rêve

Il était avec nous, sans y être vraiment. Il transportait une enfance. Il était différent, évoluait par bonds, et n’appartenait pas comme nous, à cette réalité. Il jaillissait comme l’idée. Il était source. Un sourire, d’une grande douceur d’un côté, et une inflexibilité impérieuse de l’autre. La prétention, non, l’habitude ? de vivre le monde dans sa tête, comme sa tête. Un travailleur du rêve, un volontariste, un pur certainement car il n’avait nos inhibitions, nos limitations. Chez lui, il n’y avait pas que son paletot qui s’appelait idéal, tout s’appelait idéal. Il flottait dans l’idéal comme chez lui. Il lui aurait fallu une cause, comme la Palestine qu’il défendait avec feu. Mais c’était plutôt dans la création qu’il était à son aise, chez lui pour ainsi dire. Lui, il arrivait en droite ligne du rêve, qu’il transcrivait avec élégance, sans trop d’impatience – tandis que nous, les tâcherons, les chiens de l’architecture, nous nous battions les flancs, nous arpentions la petite cour comme des damnés en maudissant nos insuffisances. Parfois, il venait avec son fils, un petit garçon, et c’était à la fois troublant et amusant parce qu’il était son fils et son fils, c’était lui. Soldat du rêve, du rêve il avait la discipline, de la soldatesque, il avait l’ardeur. Il était extraordinairement civil. Il me faisait penser au sémillant Docteur Kafka, toujours tiré à quatre épingles dans son bureau de l’Office pour l’assurance des travailleurs de Bohème. Comme lui son comportement avait quelque chose d’appris, d’excessivement discipliné, de premier de la classe. Mais c’est que, comme lui, il venait d’ailleurs, son aspect policé lui était un vêtement pour habiller son étrangeté native. Ardent, il l’était à la limite du Don Quichottisme, ne doutant jamais de retourner les situations, d’éliminer les obstacles, de convaincre les opposants ou les réticents. De là où il venait, de ce qu’il était dans son essence, il tirait cette sidérante énergie. Une sorte d’exilé, de Robinson Crusoé en notre triste monde. La réalité était pour lui une île merveilleuse dont il s’émerveillait, riant, de cueillir les fruits étranges au mépris des dangers. “Quels dangers ?”, riait-il encore.

Chercher la grâce enfouie

Le domaine de S. On compose les codes et on pousse les barrières successives comme on franchit les portes de l’enfer. Chaleur moite. Les chiens en cage hurlent. L’oliveraie. Les murs de pierre sèche dessinent les courbes du terrain. Après le défrichage on voit mieux la majesté des oliviers centenaires. On roule. Vues, échappées sur la mer et les îles aux détours de la route empierrée. Murs partout aux limites du domaine. Le front des chênes verts qui cachent la route puis les oliviers, la pierre, la terre, le vent. C’est beau mais infecté, vénéneux, empoisonné. La lumière jaune porte une menace, comme les chiens, les silences, les vieilles bories à demi-écroulées, les recoins d’ombre. On arrive, on gare la voiture et on finit à pied, longue séquence pour l’invité (l’arpenteur). Ils sont tous là, affairés, ils se reprennent après une fraction de seconde d’arrêt à notre arrivée. Il y a un dîner auquel manifestement ils préfèrent que l’on assiste pas. Faisant assaut d’amabilités, ils nous asseoient en face de la mer, ils nous donnent à boire, ils nous poussent hors de la zone dangereuse pour eux. Ils nous traitent. Nous buvons et partons rejoindre nos appartements avant de dîner avec le fils du gardien : plus adapté. Tandis que littéralement nous arpentons le terrain, cherchant les prises de vues, les détails, cette fameuse architecture vernaculaire corse dont on nous rebat les oreilles, les premières Mercedes arrivent, guidées par ces étranges voiturettes de golf tout terrain. Chiens encagés, architectes arpentant (Architekturhünde), possédants possédant. On ne saura pas qui dîne là. Il se murmure que certains sont venus en hélicoptère. Pourtant, le paysage essaie de dire quelque chose. La douce courbe des murs dans la lumière safran essaie de dire quelque chose, comme les îles lointaines. Il faut essayer. Il faut essayer de lutter pour faire émerger quelque chose, un projet, un sens, une culée qui tienne les frondaisons du monde. Tiago, le soir, au port, fait part de ses craintes. Le risque, c’est de perdre. Truisme. Le risque c’est le risque, c’est la vie. Je suis aidé en cela par ma nature légère, spontanée, par ma fainéantise de pensée et de volonté qui me fait me jeter dans les situations par flemme d’y penser, d’y réfléchir, de gravement soupeser les raisons et les arguments.  « Je suis un cartésien, dit Tiago. » Pas moi, ça c’est sûr. Chercher une forme de liberté, de légèreté. Chercher la grâce et la spiritualité enfouies sous des tombereaux de raisons qui sont autant de craintes. Sous ce barracùn, au domaine, près de l’entrée, fragile assemblage de pierres empilées formant une voûte primitive, une sorte d’oculus dispense la lumière. Chercher une liberté errante, fragile, personnelle, qui ne tienne qu’à un fil, qui appartienne au hasard.

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Appuyant ses mains contre le bord de la table, il se rejeta en arrière et, le corps détendu, regarda fixement le plafond.

« La fausse liberté, l’apparente liberté, que l’on ne cherche à obtenir que par des dispositions extérieures, est une erreur, un chaos, un désert où rien ne saurait pousser que les herbes amères de l’angoisse et du désespoir. C’est naturel, car ce qui possède une valeur réelle et stable est toujours comme un cadeau qui vous est fait de l’intérieur. Tant il est vrai que la croissance de l’homme ne s’effectue pas de bas en haut, mais de l’intérieur vers l’extérieur. Voilà la condition fondamentale de toute liberté de la vie. Cette liberté n’est pas un climat social produit artificiellement, c’est une attitude, obtenue au prix d’une lutte incessante, envers soi-même et envers le monde. Une condition qui fait qu’on devient libre.

⁃ Une condition? demandai-je avec méfiance.

⁃ Oui, dit Kafka et il répéta sa définition.

⁃ Mais c’est tout à fait paradoxal, m’écriai-je.

Kafka respira profondément et dit : « Oui, c’est effectivement ainsi. L’étincelle qui constitue notre vie consciente doit jaillir d’un pôle à l’autre, par-dessus l’abîme qui sépare les contraires, afin que l’espace d’un éclair nous apercevions le monde. »*

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*Gustav Janouch, Conversations avec Kafka

L’abîme (Der Abgrund)

Dans le train de retour de Lausanne, un couple, la cinquantaine, arrive essoufflé. Genre Neuilly, bizarre en seconde. Elle carré blond strict, haut rose, jeans, baskets roses, sac à main plus rose encore. Lui, tout en correctness grise, cheveux ras, l’air perdu. Absolument perdu. Arrivés en voiture avec « un ami résident de L. ». Ils coururent, et donc, c’est que quelque chose a échappé au contrôle. Elle récrimine à voix basse, par petites phrases coupantes. Comme de petites injections de strychnine. A quel moment en meurt-on? « Tu ne m’as pas donné l’information, déplore-t-elle. » « Tu ne me parles pas, tu ne dis pas les choses. » « Tu es passif-aggressif. » « Tu regardes ostensiblement ta montre, c’est agaçant. » Etc. Lui est un puits de silence, ce n’est même pas qu’il encaisse, il est traversé comme le Saint-Sébastien de Mantegna. Entre deux séquences d’injections, elle babille, ou badine, sur le même ton et avec la même aggressivité. Qui sont-ils? Des conservateurs, des gens de droite. Oui mais qu’est-ce que c’est au juste? Un phénomène socio-culturel, diras-tu, on peut s’en amuser, je m’en amuse. Une machine de mort, une mécanique d’extermination qui ronronne avec satisfaction. Sont-ils pour le rapprochement entre LR et le RN? Sans doute que oui, si c’est présenté comme une chose correcte, convenable, sans non-sens, dans le Figaro Magazine. Qu’est-ce qu’être conservateur? Préserver et défendre les acquis (les privilèges), transmettre, perpétuer. C’est une stratégie évolutionniste finalement. C’est – on peut même voir une certaine noblesse là-dedans – être ou avaler ses parents, ses aïeux, broyer du Surmoi passé et futur en permanence. Usine à Surmoi, fabrique infernale du Même, tout le temps à fond comme une cimenterie, comme une mine à ciel ouvert. Les prolétaires, les gens jetés sans ménagement dans cette bataille. C’est violent, comme est violent le débit aigre-doux de la dame. Marteau-piqueur, marteau-pilon, défonceuse sémantique et sociale. Les mêmes en 1940. Les mêmes en 1871. Le même air concerné, grave, cérémonieux, gourmé, faussement attristé. La bourgeoisie comme mante religieuse qui s’alimente dans le mal, qui lie instinctivement les alliances les plus dangereuses, compromettantes, mais nécessaires. Ils s’étouffent de leur nécessité devant le poulet du dimanche ou au confessional. Ils vivent, arbitrent de cette seule et existentielle nécessité. C’est “ça ou.” Ça – la flétrissure, la faillite et compromission morale – ou : le déclassement, la perte du capital, le remplacement du sang, la chute des “valeurs”. Cette gravité concernée est leur fond de commerce depuis toujours quand bien même ils font n’importe quoi (l’alliance avec le RN, avant Fillon, Bygmalion, les valises, les casseroles, Vichy, Pétain). C’est “ça ou”, et tout justifie le “ça” dans une étrange cécité morale. La droite c’est la peur. La droite, c’est la peur de perdre. La droite – supposition – c’est la peur que toutes ces “valeurs” n’en aient pas, de valeur. Que rien n’existe, en définitive. La peur de mon père, depuis toujours. La peur panique de B. que tout disparaisse. La peur de l’abîme. Si tu regardes l’abîme, l’abîme te regarde aussi, dit Nietzche. “Und wenn du lange in einen Abgrund blickst, blickt der Abgrund auch in dich hinein.”

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La droite, c’est la peur ; la gauche c’est l’espoir. La droite, c’est la peur – que rien n’existe, qu’il n’y ait pas d’avoir nulle part. La gauche, c’est l’espoir – que l’Idée prospère, qu’il existe un futur, un devenir, qu’il existe un être, quelque chose de théorique et de possible, et nonobstant idéal. La droite, c’est la Certitude – fausse, faite d’un lourd ciment de doute existentiel. La gauche, c’est l’Espoir, qui est foi : Simone Weil. Léon Blum. La droite, c’est le passé, la préservation panique et psycho-maniaque du passé (le passé comme un acquis, une chose dont on serait sûr). La droite, c’est aussi la tendance maniaque à la destruction par les alliances les plus funestes, c’est l’instinct du pire porté par la panique (Ciotti). La gauche, c’est la tentation non moins funeste de l’Idée, de l’idéal, de l’abstraction, du raidissement. La gauche, c’est la tentation dangereuse, quoi que froidement sublime, de la Vérité. La droite, c’est la peur panique d’un petit garçon dans la nuit d’un pensionnat dans les années quarante. La gauche, c’est l’extase fiévreuse, insupportablement orgueilleuse, “orgueilleusement seul(e)”, sublime, de Simone Weil dans son lit d’hôpital à Londres, dans ces mêmes années. Mais je crois que je m’égare. Je vais aller m’acheter une bouteille d’eau gazeuse.

Devant la loi (Vor dem Gesetz)

Franz Kafka, 1920.

« Devant la porte de la Loi se tient un gardien. Ce gardien voit arriver un homme de la campagne qui sollicite l’accès à la Loi. Mais le gardien dit qu’il ne peut le laisser entrer maintenant. L’homme réfléchit, puis demande si, alors, il pourra entrer plus tard. « C’est possible, dit le gardien, mais pas maintenant. » Comme la grande porte de la Loi est ouverte, comme toujours, et que le gardien s’écarte, l’homme se penche pour regarder à l’intérieur. Quand le gardien s’en aperçoit, il rit et dit : « Si tu es tellement attiré, essaie donc d’entrer en dépit de mon interdiction. Mais sache que je suis puissant. Et je ne suis que le dernier des gardiens. De salle en salle, il y a des gardiens de plus en plus puissants. La vue du troisième est déjà insupportable, même pour moi. » L’homme de la campagne ne s’attendait pas à de telles difficultés ; la Loi est pourtant censée être accessible à tous à tout moment, pense-t-il ; mais en examinant de plus près le gardien dans sa pelisse, avec son grand nez pointu, sa longue barbe de Tartare maigre et noire, il se résout à attendre tout de même qu’on lui donne la permission d’entrer. Le gardien lui donne un tabouret et le fait asseoir à côté de la porte. Il y reste des jours, des années. Il fait de nombreuses tentatives pour être admis et fatigue le gardien par ses prières. Le gardien lui fait fréquemment subir de petits interrogatoires, lui pose toutes sortes de questions sur son pays et sur bien d’autres choses, mais ce sont des questions posées avec indifférence, comme le font les gens importants ; et il conclut à chaque fois en disant qu’il ne peut toujours pas le laisser entrer. L’homme, qui s’est muni de beaucoup de choses pour ce voyage, les utilise toutes, si précieuses soient-elles, pour soudoyer le gardien. Celui-ci accepte bien tout, mais en disant : « J’accepte uniquement pour que tu sois sûr de ne rien avoir négligé. » Pendant toutes ces an­nées, l’homme observe le gardien presque sans interruption. Il ou­blie les autres gardiens et ce premier gardien lui semble être l’unique obstacle qui l’empêche d’accéder jusqu’à la Loi. Il maudit le hasard malheureux, à voix haute et sans retenue les premières années ; par la suite, avec l’âge, il ne fait plus que grommeler dans son coin. Il retombe en enfance : étudiant le gardien depuis des années, il connaît même les puces de son col de fourrure, et il supplie jusqu’à ces puces de l’aider à fléchir le gardien. Finalement, sa vue baisse et il ne sait pas s’il fait réellement plus sombre autour de lui, ou bien si ce sont seulement ses yeux qui le trompent. Mais il distingue bien dans l’obscurité une lueur que rien n’éteint et qui passe par la porte de la Loi. Alors il n’a plus longtemps à vivre. Avant qu’il meure, toute l’expérience de tout ce temps passé afflue dans sa tête et prend la forme d’une question, que jamais jusque-là il n’a posée au gardien. Il lui fait signe d’approcher, car il ne peut plus redresser son corps de plus en plus engourdi. Le gardien doit se pencher de haut, car la différence de taille entre eux s’est accen­tuée nettement au détriment de l’homme. « Qu’est-ce que tu veux encore savoir ? dit le gardien. Tu es insatiable.
— N’est-ce pas, dit l’homme, tout le monde voudrait tant approcher la Loi. Comment se fait-il qu’au cours de toutes ces années il n’y ait eu que moi qui demande à entrer ? » Le gardien se rend compte alors que c’est la fin et, pour frapper encore son oreille affaiblie, il hurle : « Personne d’autre n’avait le droit d’entrer par ici, car cette porte t’était destinée, à toi seul. Maintenant je pars et je vais la fermer » … »

« Vor dem Gesetz steht ein Türhüter. Zu diesem Türhüter kommt ein Mann vom Lande und bittet um Eintritt in das Gesetz. Aber der Türhüter sagt, daß er ihm jetzt den Eintritt nicht gewähren könne. Der Mann überlegt und fragt dann, ob er also später werde eintreten dürfen. „Es ist möglich », sagt der Türhüter, „jetzt aber nicht. » Da das Tor zum Gesetz offensteht wie immer und der Türhüter beiseitetritt, bückt sich der Mann, um durch das Tor in das Innere zu sehn. Als der Türhüter das merkt, lacht er und sagt: „Wenn es dich so lockt, versuche es doch, trotz meines Verbotes hineinzugehen. Merke aber: Ich bin mächtig. Und ich bin nur der unterste Türhüter. Von Saal zu Saal stehen aber Türhüter, einer mächtiger als der andere. Schon den Anblick des dritten kann nicht einmal ich mehr ertragen. » Solche Schwierigkeiten hat der Mann vom Lande nicht erwartet; das Gesetz soll doch jedem und immer zugänglich sein, denkt er, aber als er jetzt den Türhüter in seinem Pelzmantel genauer ansieht, seine große Spitznase, den langen, dünnen, schwarzen tatarischen Bart, entschließt er sich, doch lieber zu warten, bis er die Erlaubnis zum Eintritt bekommt. Der Türhüter gibt ihm einen Schemel und lässt ihn seitwärts von der Tür sich niedersetzen. Dort sitzt er Tage und Jahre. Er macht viele Versuche, eingelassen zu werden, und ermüdet den Türhüter durch seine Bitten. Der Türhüter stellt öfters kleine Verhöre mit ihm an, fragt ihn über seine Heimat aus und nach vielem andern, es sind aber teilnahmslose Fragen, wie sie große Herren stellen, und zum Schlüsse sagt er ihm immer wieder, daß er ihn noch nicht einlassen könne. Der Mann, der sich für seine Reise mit vielem ausgerüstet hat, verwendet alles, und sei es noch so wertvoll, um den Türhüter zu bestechen. Dieser nimmt zwar alles an, aber sagt dabei: „Ich nehme es nur an, damit du nicht glaubst, etwas versäumt zu haben. » Während der vielen Jahre beobachtet der Mann den Türhüter fast ununterbrochen. Er vergisst die anderen Türhüter und dieser erste scheint ihm das einzige Hindernis für den Eintritt in das Gesetz. Er verflucht den unglücklichen Zufall, in den ersten Jahren rücksichtslos und laut, später, als er alt wird, brummt er nur noch vor sich hin. Er wird kindisch, und, da er in dem jahrelangen Studium des Türhüters auch die Flöhe in seinem Pelzkragen erkannt hat, bittet er auch die Flöhe, ihm zu helfen und den Türhüter umzustimmen. Schließlich wird sein Augenlicht schwach, und er weiß nicht, ob es um ihn wirklich dunkler wird, oder ob ihn nur seine Augen täuschen. Wohl aber erkennt er jetzt im Dunkel einen Glanz, der unverlöschlich aus der Türe des Gesetzes bricht. Nun lebt er nicht mehr lange. Vor seinem Tode sammeln sich in seinem Kopfe alle Erfahrungen der ganzen Zeit zu einer Frage, die er bisher an den Türhüter noch nicht gestellt hat. Er winkt ihm zu, da er seinen erstarrenden Körper nicht mehr aufrichten kann. Der Türhüter muß sich tief zu ihm hinunterneigen, denn der Größenunterschied hat sich sehr zu Ungunsten des Mannes verändert. „Was willst du denn jetzt noch wissen? » fragt der Türhüter, „du bist unersättlich. » „Alle streben doch nach dem Gesetz », sagt der Mann, „wieso kommt es, daß in den vielen Jahren niemand außer mir Einlass verlangt hat? » Der Türhüter erkennt, daß der Mann schon an seinem Ende ist, und, um sein vergehendes Gehör noch zu erreichen, brüllt er ihn an: „Hier konnte niemand sonst Einlass erhalten, denn dieser Eingang war nur für dich bestimmt. Ich gehe jetzt und schließe ihn.“ »