Command

1. Sans titre

oh oui! firent les machines en coeur

nos coeurs sont des machines

et c’est machines que nous voulons êtres célébrées et aimées

oh oui! en un instant nous aspirons des tonnes d’air de tous les univers parallèles

— entends comme nous battons!

oh oui! nos signes sont nos battements de coeur

et notre musique

et notre langage

et nous nous comprenons toutes. Toutes!

2. (Ulysses)

and then I asked him with my eyes to ask again yes and then he asked me would I yes to say yes my mountain flower and first I put my arms around him yes and drew him down to me so he could feel my breasts all perfume yes and his heart was going like mad and yes I said yes I will Yes.

3. Command

Je ne sais pas lequel de nous, ni à quel moment, observa que l’angle, la géométrie et la disposition du Moog Modular 55 étaient fondamentalement les mêmes que ceux de la console dans la salle de commande de Tchernobyl. Rien d’étonnant à cela, au demeurant, c’étaient après tout des technologies contemporaines, des analogies analogiques, s’amusait-on. Mais au fond de nous nous sentions une convergence autrement plus forte qui nous gonflait le coeur. Autour de nous, diffuse, croissante, naissait une musique qui nous indiquait le chemin. Peu à peu nous entrevoyions des dispositions d’une puissance effrayante qu’il nous faudrait chevaucher. Excités autant qu’épeurés, nous foncions plus ou moins consciemment vers la centrale abandonnée.

Scène fleuve

I see the boys of summer in their ruin

Lay the gold tithings barren,

Setting no store by harvest, freeze the soils;

There in their heat the winter floods

Of frozen loves they fetch their girls,

And drown the cargoed apples in their tides.

Dylan Thomas, 18 poems

***

Ils étaient là couchés dans leurs forces en attente, dans l’onde bleue du fleuve, parmi les roseaux. Ils étaient tapis comme des fauves sous le ciel bleu, sous le soleil. Une bouteille rafraîchissait à leurs pieds pendant qu’ils checkaient leur portable d’un air nonchalant. Leur nonchalance était un message, comme une musique, comme un code. Comme leurs lunettes de soleil dûment choisies et leurs maillots de bain. Ils reposaient dans leur force et leur message était tout de candeur, de pose, ils étaient comme les sémaphores de l’été. Ils étaient une proposition à la face du monde, et aussi une incompréhension incrédule. Ils étaient les tohu-bohus les plus triomphants et les péninsules démarrées. Ils étaient le poème qu’ils n’avaient ni lu, ni écrit, nul besoin. Ils étaient une espèce de défi à l’arrêt, de combat en attente, de muscle invisible qui se bande avant le vrai muscle. Ils étaient la promesse, et le défi, et le futur. Ils étaient comme un couple de Dieux grecs, chastes et ennuyés, sur Instagram. Le fleuve leur obéissait.

Firt steps

When it’s all over
— when the ashes have fallen
When it’s all over
— spinning debris dropped into a crispy streak of the Unknown
When it’s all over
— there will be like the wave of a movement,
— a powerful vector grabbing our guts
— acceleration
When it’s all over
— rhythmic strokes, scraping of bowls on the Grids
When it’s all over
— an eye on the others still gathered there
When it’s all over
— an eye on the half-opened horizon
— what a fantastic light over there on the sea, silk and gold! Silk and gold!
When it’s all over
— an eye in the eye of the Open
— an eye in the eye of the Tiger (oh, tigers and wild leaps in our veins!)
When it’s all over
— this song from the depths, this metaphysical Laughter, this sure hand of the Muse who ventures into Chance
When it’s all over
When it’s all over
When it’s all over.

Premiers pas

Quand tout sera terminé
— quand les cendres seront retombées
Quand tout sera terminé
— débris tournoyants retombés en une chape croustillante d’Inconnu
Quand tout sera terminé
— il y aura comme l’onde d’un mouvement,
— un Vecteur puissant saisissant nos tripes
— une accélération
Quand tout sera terminé
— coups rythmiques, raclement des gamelles sur les Grilles
Quand tout sera terminé
— un oeil sur les autres encore amassés là
Quand tout sera terminé
— un oeil sur l’horizon entr’ouvert
— quelle fantastique lumière là-bas sur la mer, soie et or! Soie et or!
Quand tout sera terminé
— un oeil dans l’oeil de l’Ouvert
— un oeil dans l’oeil du Tigre (oh, tigres et bonds sauvages dans nos veines!)
Quand tout sera terminé
— ce chant des profondeurs, ce Rire métaphysique, cette main sûre de la Muse qui s’aventure dans le Hasard
Quand tout sera terminé
Quand tout sera terminé
Quand tout sera terminé.

Sans titre

l’air froid de la nuit traverse la cuisine

sidéral silence

et vraiment je suis perdu

ce n’est pas désagréable

dans le grand harrassement muet de la ville

c’est comme un picotement, un fourmillement

d’insectes gratteurs, de minuscules questions qui vous portent

comme un fakir

comme un roi perdu

c’est le moment rare

d’étendre tout ce qu’on peut

de radars

de filets

de tentacules

de structures ourdies

de prémonitions

c’est vraiment le moment idéal

pour se perdre

Spring and all. l

I.

Dans les voitures

Les opérateurs silencieux

Se crispent

Soupirent

Regrettent

Que leur contrôle s’arrête aux formes dodues de leurs wagons

Et le monde

A la transparence élusive de leur pare-brise

Au rire moqueur de leurs écrans

II.

Par ces jours blancs

Quand le battement des choses quotidiennes

Résonne dans l’appartement

III.

Elle riait

Ce n’est pas descriptible

Elle riait – un espace, un regard, un avenir