Remote control

D’un commun accord, non

D’une ellipse partagée, non

D’un blip, ou d’une absence partagés, non

Disons, manipulant de concert un même objet invisible – que toutefois nous ne pouvons toucher ni connaître – non

Nous avons décidé, établi, laissé faire, vécu longuement dans le spectre de l’avènement de – non

D’un état de fait, non

D’un État plutôt

D’une conformation insidieuse

D’un angle mort de la pensée

D’un revers

D’une conformation gazeuse

Evanescente,

Disons d’un règne, mais dont nous serions les sujets à notre corps défendant,

Qui serait,

La croyance

Le milieu atmosphérique permettant

Qu’il y ait la rationalité.

Dog blues

Nous aimons les longues fugues, genre crépuscule, pavés mouillés

Nous aimons les poings serrés dans le noir

Nous aimons ‘pour le plaisir de gagner et de perdre’ (Giacometti)

Nous aimons fumées interlopes et tunnels secrets

Nous aimons les sourires inflexibles et fins (Pablo)

Nous aimons

.

.

.

Cette vie-là.

Sans titre

Tu es là

Assis dans la cuisine

A manger ta Pink Lady qui vient du Chili

Un peu molle

Un oeil sur l’écran à écouter vaguement le souvenir du calme de la cour, tout à l’heure

Tu n’es pas vraiment tout à fait là, en fait, jamais vraiment

Mais tout à l’heure il y a eu ce mot qui a tout suggéré qui a esquissé un monde de sensations et d’idées

Comme si tout a coup tu prenais appui sur un instant

Une infractuosité

Une transparence

Une impossibilité

Comme si tu commençais, voilà, solidement adossé ou opposé à quelque chose

Une sorte de naissance, mais totale, absolue, spontanée

Une sorte d’éclair

Ce mot c’est

.

.

.

Shraddha

Sans titre

Il règne ici une déréliction qui me plaît

Piscine fermée pour travaux — cette étendue

Herbes folles qui poussent entre les marches de granit

Ciel gris blanc de la poésie

Deux dames promènent des huskies blanc et noir aux yeux bleux

Avec des laisses jaune fluo

L’attente est peut-être l’état secret du monde

Je n’essaierai plus d’écrire

Sérieux.

Origami I

Des éclairs

Ciel ardoise et bitume fumant dans la campagne qui exsude

Vaste dégagement des vallons, des prairies

Dentelle lumineuse des bocages

La pensée qui galope entre des couches d’impensé

Des bribes de pensées en éclair qui se battent avec des fulgurances de souvenirs

Sortis des photos anciennes comme d’une boîte

Direct à l’estomac

De saveurs, d’attitudes, d’accents que j’avais oubliés

Ce paysage dans lequel tu roules

Précautionneusement

C’est toi

Ces gens avec qui tu parlais tout à l’heure

— et qui portent le même nom

— et qui ont le même visage

— et qui partagent le même silence

C’est toi

Cette vie cette trajectoire cette esquisse ces bifurcations

C’est toi

On roule dans la campagne vert noir et or

Et il y a des dégagements magnifiques

Des éclairs qui menacent les toits d’ardoise

Un instant la musique électronique

Porte très exactement nos émotions

Cette pression sur le ventre et la gorge

Ces yeux qui piquent

On roule, engagé comme le passe-muraille plus qu’à demi dans sa vie.

J’ai rêvé

J’ai rêvé que je construisais un bateau

J’ai rêvé que j’entraînais des gens dans l’aventure

⁃ ou était-ce l’inventure?

J’ai rêvé Bolaño à Blanes

J’ai rêvé Castoriadis à Paris

J’ai rêvé que j’étais un imposteur à succès sans pouvoir jamais définir ces termes

J’ai rêvé que je marchais seul la nuit dans les villes

– in den Städten

J’ai rêvé que je rêvais

⁃ l’air chaud traversait la chambre

Métapoétique du Padolo

Le petit chemin cimenté qui serpente entre les bungalows et les agaves. Le vent transversal. Les pensées du travail qui tombent en gouttelettes parallèles depuis la douche. Une vague touffeur qui rappelle l’enfance. La Trinité comme promesse. Et les pensées du poème, les sous-pensées du poème qui glissent par-dessous, à demi-autorisées, à demi articulées comme une armée murmurante.

Blanchisserie Picciocchi. Des cintres qui claquent sur un chariot en inox. Tu es triste comme un camion de blanchisserie garé au soleil, qui attend. Blanchisserie du poème. J’écoute, j’écoute au delà de ce sifflement. J’attends.