il était un homme
étrange étendard
idiosyncratique
sans qu’il ne soit jamais vraiment posé la question de savoir ce que c’était
un homme.
il était un homme
étrange étendard
idiosyncratique
sans qu’il ne soit jamais vraiment posé la question de savoir ce que c’était
un homme.
la nuit tombe
les avions atterrissent
les bateaux rentrent au port
et la nuit bruisse sous les lampadaires la lune les étoiles les derniers feux
du soleil
et tout cela
perchés sur la terrasse
buvant des mauresques,
nous l’arbitrons
comme des Dieux.
je ne voulais pas le croire
quelle chose merveilleuse!
qui aurait fait rire K. aux éclats, de son rire silencieux de choucas
j’imagine de longs neurasthéniques élégants dans leurs suites
louchant entre les cachets et le revolver posé sur un petit plateau d’argent
face à la mer.
comme dans une nouvelle de
Ray Chandler
le jardinier japonais sourit
confidentiellement
et il règne une atmosphère de luxueuse nonchalance
et de mystère.
midi sonne
un train passe
le soleil écrase les draps blancs
les amis viennent de partir
au loin, en bas, sur une sorte de polder étendu sur la mer, le chantier s’est arrêté.
—-
le jeune Hector, parmi d’autres éclairs charmants nous a dit :
« regardez, je ne vois rien ».
—-
hier soir
sur la piazzetta
tout était contenu dans l’instant et dans nos verres glacés
des ruelles arqueboutées aux maisons
coulait un vent rare
comme une conversation qui s’éternise.
À Roberto Bolaño
je voudrais qu’on me confie cette ville
station balnéaire fantôme
gloire calcifiée des années soixante-dix
ma première mesure sera
de faire venir mes amis pour dessiner ci et ça
nous conférerons gravement dans la nuit tandis que
hâve et décharné et sarcastique derrière ses lunettes rondes
un détective obscur et sauvage
nous veillera.
le consul
C’est ça que j’ai tout de suite aimé chez lui, la première fois que je l’ai vu : sa révolte. Ce vif mouvement du corps et de l’esprit, ce « Comment? Mais ce n’est pas possible! » qui toujours émane de lui. Cette courtoisie qu’il produit – malapprise, jugeront certains – est celle d’un consul qui toujours doit représenter un pays en colère ou incompris. Faites les gestes et vous croirez, disait Pascal. Lui, il fait les gestes et constate, depuis toujours, que personne ne le croit. « Je suis fatigué me dit-il, assis dans le stade écrasé de soleil, ma vie est fatigante. »
—-
dos passos
Quelque chose de terrible et d’assommant doit s’accomplir, comme le marteau-pilon de John Dos Passos dans Manhattan Transfer. Il y a, dans la mer de bitume en fusion, dans le ballet ralenti et las des flics et des touristes, dans la souffrance des automobiles, dans la plainte criarde des banderoles, des barrières, et des dispositifs : une nécessité, une urgence, une cérémonie, un rite. Nous ne savons pas ce que nous faisons, pourquoi le saurions-nous? Ce n’est pas à nous de le savoir. Nous, nous titubons entre les grilles, une glace à la main.
rue Coysevox
une femme
qui
dans la rue roidie par l’après-midi d’été le soleil la chaleur la solitude
et
adossée à la vitrine de verre fumée d’une banque ou d’une compagnie d’assurance
⁃ comme à un grand aquarium de néant
assise sur la petite tablette de pierre
et
comprise entre la surface cuivrée de la vitrine et la conque de ses lunettes de soleil
bleues
une femme seule assise qui lit
un livre
un dimanche après-midi.
cinq soldats
en remontant le raidillon du lac
– ce que j’appelle courir
j’ai croisé ces militaires en petite formation
deux, deux et un
sous le déluge, dans la vapeur
le parc était comme
anglais.
—-
le nouveau supermarché
le tracé des gondoles étincelantes
sous le plafond noir
évoquait les débuts d’une ville nouvelle
– et l’enthousiasme du nouveau patron se sentait dans sa façon de dire : bonjour, bienvenue.
—-
Aux Bains de la Renaissance
Jseb a passé des chansons de gauche
Ce soir il avait le sens des
Responsabilités
L’espoir vain et fou
L’espoir vain
L’espoir
Vers trois heures du matin j’ai écrit un poème dans ma tête
Dont je n’arrive plus à me souvenir.