Bordighera

midi sonne

un train passe

le soleil écrase les draps blancs

les amis viennent de partir

au loin, en bas, sur une sorte de polder étendu sur la mer, le chantier s’est arrêté.

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le jeune Hector, parmi d’autres éclairs charmants nous a dit :

« regardez, je ne vois rien ».

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hier soir

sur la piazzetta

tout était contenu dans l’instant et dans nos verres glacés

des ruelles arqueboutées aux maisons

coulait un vent rare

comme une conversation qui s’éternise.

À Roberto Bolaño

je voudrais qu’on me confie cette ville

station balnéaire fantôme

gloire calcifiée des années soixante-dix

ma première mesure sera

de faire venir mes amis pour dessiner ci et ça

nous conférerons gravement dans la nuit tandis que

hâve et décharné et sarcastique derrière ses lunettes rondes

un détective obscur et sauvage

nous veillera.

le consul

C’est ça que j’ai tout de suite aimé chez lui, la première fois que je l’ai vu : sa révolte. Ce vif mouvement du corps et de l’esprit, ce « Comment? Mais ce n’est pas possible! » qui toujours émane de lui. Cette courtoisie qu’il produit – malapprise, jugeront certains – est celle d’un consul qui toujours doit représenter un pays en colère ou incompris. Faites les gestes et vous croirez, disait Pascal. Lui, il fait les gestes et constate, depuis toujours, que personne ne le croit. « Je suis fatigué me dit-il, assis dans le stade écrasé de soleil, ma vie est fatigante. »

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dos passos

Quelque chose de terrible et d’assommant doit s’accomplir, comme le marteau-pilon de John Dos Passos dans Manhattan Transfer. Il y a, dans la mer de bitume en fusion, dans le ballet ralenti et las des flics et des touristes, dans la souffrance des automobiles, dans la plainte criarde des banderoles, des barrières, et des dispositifs : une nécessité, une urgence, une cérémonie, un rite. Nous ne savons pas ce que nous faisons, pourquoi le saurions-nous? Ce n’est pas à nous de le savoir. Nous, nous titubons entre les grilles, une glace à la main.

rue Coysevox

une femme

qui

dans la rue roidie par l’après-midi d’été le soleil la chaleur la solitude

et

adossée à la vitrine de verre fumée d’une banque ou d’une compagnie d’assurance

⁃ comme à un grand aquarium de néant

assise sur la petite tablette de pierre

et

comprise entre la surface cuivrée de la vitrine et la conque de ses lunettes de soleil

bleues

une femme seule assise qui lit

un livre

un dimanche après-midi.

cinq soldats

en remontant le raidillon du lac

– ce que j’appelle courir

j’ai croisé ces militaires en petite formation

deux, deux et un

sous le déluge, dans la vapeur

le parc était comme

anglais.

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le nouveau supermarché

le tracé des gondoles étincelantes

sous le plafond noir

évoquait les débuts d’une ville nouvelle

– et l’enthousiasme du nouveau patron se sentait dans sa façon de dire : bonjour, bienvenue.

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