il y a
partout
cachée
dans les êtres les choses le monde
une joie
secrète
furieuse comme un torrent invisible
et toi
vivante, vivant
ton métier est de la trouver
d’y étancher ta soif
à longs traits.
il y a
partout
cachée
dans les êtres les choses le monde
une joie
secrète
furieuse comme un torrent invisible
et toi
vivante, vivant
ton métier est de la trouver
d’y étancher ta soif
à longs traits.
sept heures
la lumière des phares
dans la nuit entre les arbres dans le brouillard
sur le boulevard des faubourgs
au coeur de l’hiver
chercher encore le coeur
l’instant
la vague
–
la
joie.
(…)
Sous le rapport de la qualité, le rationalisme oppose, comme il convient, les phénomènes entre eux; il discerne et il compare, opération qui, elle aussi, — comme d’ailleurs le rationalisme envisagé dans son ensemble, — est louable et bonne, et qui est l’unique voie qui conduise à la science. Mais ici encore intervient le despotisme des facultés actives de l’esprit dont nous parlions tout à l’heure; il s’exerce immédiatement ici par l’étroitesse unilatérale du point de vue, par la brutalité des distinctions, tout comme tout à l’heure il se trahissait par l’arbitraire des liaisons. Il s’expose au péril de séparer rigoureusement ce qui est associé de nature, de même que tout à l’heure il liait ce qui est disjoint de nature. Il divise, là où il n’existe pas de divisions réelles, et ainsi de suite.
(…)
—
[…]
Der Qualität nach setzt der Rationalism, wie billig ist, die Phänomene einander entgegen; er unterscheidet und vergleicht: welches gleichfalls (so wie der Rationalism überhaupt) löblich und gut und der einzige Weg zur Wissenschaft ist. Aber jener Despotism der Denkkräfte zeigt sich auch hier sogleich durch Einseitigkeit, durch Härte der Unterscheidung, so wie oben durch Willkür der Verbindung. Er kommt in Gefahr, dasjenige strenge zu sondern, was in der Natur verbunden ist, wie er oben verband, was die Natur scheidet. Er macht Eintheilungen, wo keine sind u. s. w.
[…]
la tour
et l’étoile en face
sur le ciel bleu foncé qui vite pâlit
une fenêtre s’allume jaune
et
dans la rue
le cafetier balaye son seuil
les fûts de bière attendent sur le trottoir
et
le blues au Royal
rue du Chemin Vert
rue du Chemin Vert.
minuit dans le RER
les travailleurs de nuit sur leur nacelle font un signe
l’air siffle à la fenêtre
cette vieille modernité d’aluminium
– les noms sur l’interphone chez M. qui sont des numéros
l’abstraction déchirante de la chose
comme un chant
qui se perd
dans la nuit.
huit heures
les lampadaires s’éteignent
les livreurs se dépêchent
les enfants courent vers l’école
la tour Monparnasse clignote
je vois les gars sortir du camion
il y a encore cette joie du chantier
et cette langue précautionneuse, posée au milieu, parmi les outils, les plans
camaraderie, commencement
aube grise bleue
aube
je n’ai pas besoin de tout
j’aimerais être
un oeil qui écrit qui
vole.
nous marchions le long du canal
nous marchions le long du canal
tout droit mais nous nous n’étions pas droits
nous étions ce que nous étions
nous nous accrochions
d’un instant l’autre
comme des animaux de hâlage
nous tirions
le temps gris
les eaux en miroir
les hangars tristes
la tristesse est comme une centrale nucléaire
qui fait tourner le monde
(une femme jeune, belle, qui court à la pleine puissance de ses poumons)
qui le fait aller droit
comme on jette les ponts
-au hasard.
une diode rouge clignote sur le tableau de commande de ton cerveau
c’est comme si ta vie se passait en même temps qu’autre chose
-quelle autre chose?
besoin d’une ritournelle
dans l’escalador du RER
sur fond de celadons rapiécés un homme transporte un sapin de noël sous plastique
sa main tremble son regard s’enfonce
tout n’est qu’efforts devoirs absurdes
besoin d’une ritournelle
écris un texte tu me dis
mais écrire ça ne sert à rien ça n’achète pas
les pourquoi – « nous ne sommes pas pressés/ un Pourquoi mort se dresse à la poupe »
dit Celan
besoin d’une
ritournelle.
la neige tombe
la musique monte
sur l’organisation la fine trame
rouge
les diodes les boutons
mystères
qui parcourent l’espace le temps
l’énergie
– eux, ils appelaient ça
amour
cavaler dans une steppe sans fin ponctuée de folies rouges
attendre, rejoindre
vivre de la promesse plutôt
tandis que la neige
tombe.
—
*@kor.events
** Photo G.Marot
C’est ce que Duras disait du sien. Elle en savait quelque chose, avec l’alcool et la solitude. Mais nous aussi, les chiens de l’architecture, voulons-nous dire, toujours candidats, nous levons nos bras grêles pour clamer : nous aussi, nous aussi nous sommes les derniers!
Toujours nous expliquons les mêmes détails en dessinant sur le placo, toujours nous expliquons à des publics incrédules, confortablement assis – et plus nous expliquons et plus le public est confortable et nous pas -, discrètement ironiques, comment nous voudrions que les choses se passent – nous tordons choses et êtres pour que ça se passe comme ça, comme ça, comme j’ai dit sinon… Sinon quoi? Nous prenons un air navré et nous recommençons à dessiner sur le placo. Chiens d’une cause perdue. Chiens du chiendent de l’espoir. Chiens.