La technique me semble ainsi être devenue progressivement le phénomène clé de toute notre société, non seulement parce qu’elle recouvre toutes les activités, mais aussi parce qu’elle n’a pu se développer qu’à partir d’un certain nombre de valeurs. En effet, la technique n’est pas seulement une pratique ; elle suppose aussi des valeurs, une attitude intellectuelle ou spirituelle conforme à ses exigences. Elle exige également une certaine structure de la société. La révolution industrielle, comme je le soulignais, n’a pu se faire que grâce à l’apparition de nouvelles valeurs (efficacité, rationalité) et au changement des structures de la société. Ce qui a occasionné l’apparition du phénomène technique devient maintenant une exigence pour la poursuite de son développement. En s’accroissant, la technique implique que les valeurs humaines soient conformes à ce développement technicien et que la société se structure en fonction de la technique. Car rien ne reste intact dans une société pénétrée par la technique.
Auteur : jeanphilippedore
Jacques Ellul, Sur la technique, #1
« Actuellement je reconnais qu’il existe, de plus en plus nombreux, des technocrates, c’est-à-dire des hommes et des femmes qui prétendent diriger la nation en fonction de leur compétence technique. […] Ils dictent intégralement les décisions à prendre aux politiques et aux administratifs.
Ces techniciens se sont multipliés incroyablement du fait de la multiplication même des techniques de tous ordres. […] dès lors, le technicien est le personnage clé de tout. […] Ils constituent la nouvelle classe dirigeante et nous vivons en réalité dans un régime aristocratique : ils sont les Aristoï, les Meilleurs. […] Les aristocrates ne peuvent jamais être tenus pour responsables. Qui les jugerait? […] Leur capacité technicienne s’applique partout et leur permet d’exercer la totalité des pouvoirs. Ils se situent tous au point crucial de chaque organisme de gestion et de décision »
—
In Le Bluff technologique, 1988, p. 40 à 43.
Rue Hassard
c’est là
quinze plus tard
à attendre on ne sait quoi
intact
seul, tout seul
comme un trésor
comme un tombeau diapré – et les aciers brillent et les bois grignotent la lumière en silence et l’esprit, l’esprit..
comme un intérieur qui aurait sa vie propre
comme une intentionnalité qui ne serait plus la vôtre ou plutôt – qui contiendrait, précèderait et continuerait la vôtre
l’architecture
on croit la faire
mais c’est elle qui par un étrange tour
– vous fait.
Atlas
assis devant sa boutique seul
il
ratiocine
il
vitupère
renvoyant d’un geste vague un contradicteur imaginaire dans les ténèbres de l’arrière-boutique
c’est sa façon d’être, direz-vous
sa façon de fabriquer un monde dans lequel
il
pourra
n’être pas content.
Descola II
—
une lumière blanche monte sur la mer étale
la fin du monde, dit-elle.
–/
marais abandonnés
ciel blanc, herbes rouges
silence
monde, monde scélérat
où est ton esprit?
THREE POEMS
I. BLUE
the void, you said
I glide along the deserted boulevards
a Chinese lady walks up, a mask on her face
her body forms an angle with the Earth like a motionless dance
glide
become
think
swim in the void
seventeen yellowing, twisted palm trees herald the end of summer
a thousand times the architecture the blue sky the line, what?
summer in your eyes
– summer in the blue
eyes
of the Night.
—
II. DESCOLA
Paris
seagulls, garden – crossed
crossed?
bicycles abandoned on the esplanade
on the gravel, no one
garden, birds, invisible borders
invisible beings,
everywhere.
—
III. THE EYE
I try to draw it
it’s dark – with secret sparkles
like an empire.
Sans titre
Paris
mouettes, jardin – traversé
traversé?
les vélos abandonnés sur l’esplanade
sur le gravier personne
jardin
mystère
formes invisibles, cachées.
MD la nuit
Le blanc. Les caractères le ‘e’ muet sur le blanc. Les délinéaments, les béances, les monades, les méchancetés, les grâces. La grâce. « Autour de l’enfant tournoie le monde, (…) tout entier contenu dans ses yeux. (L’été 80) » La typographie, si l’on veut, et le silence. La bêtise, l’obstination de la chose. L’Ouvert. Ce qui survient, obstiné, indifférent, grossier, Intrus. Golfes, béances, Hinterlands.
Mais tout ça ce sont des mots. L’écriture ce n’est pas ça. C’est plutôt le Ça de ce ça. C’est ce qui surgit étrange, comme un milieu, une volonté gélatineuse, – rien à voir avec ‘soi’. Et Duras est peut-être celle qui l’a approché de plus près, ce Ça, et celle qui s’y est maintenue le plus longtemps. Le Ça – ailleurs elle dit ‘the thing’ ce qui finalement le décrit assez bien – le Ça n’a pas de finalité narrative. Encore moins, stylistique. Mais comment non? Tout le monde s’extasie, Duras, aah le style. Non. Ils n’y comprennent rien, puisqu’ils n’écrivent pas. Puisqu’ils ne se livrent pas sans ambage, sans retenue, sans raison, sans calcul, sans concession à ‘the thing’. L’écriture c’est l’écriture, comme un monstre, un golem, un volcan. La mer. L’écriture c’est la mer, monstrueuse, indifférente et cruelle. Ou la Nuit, la nuit du texte, dit-elle. « Un livre ouvert, c’est aussi la nuit. Je ne sais pas pourquoi les mots que je viens d’écrire me font pleurer. » (Écrire, 1993)
MD, l’été 80
C’est ce déplacement de soi vers l’écrit qui est l’écrit. (1982)
Écrire, c’est aller dans ce périmètre où l’on n’est plus personne.
« Est-ce que ce qui compte ce n’est pas la foi? Pas la foi en Dieu, merci. Pas non plus la foi en soi-même. Non juste la foi, pour elle-même. »
Tu sais, il suffit de très peu de choses pour faire un modèle, pour partir, foncer. Une phrase, un regard. (1985)
Autour de l’enfant tournoie le monde, ce jour-ci tout entier contenu dans ses yeux. (L’été 80)
Gdansk, non, presque personne ne peut voir ce qu’est Gdansk. Tout à coup la vérité éclate : presque personne n’est encore capable de ressentir le bonheur de ce qui se passe à Gdansk. Je suis seule, et dans ce bonheur.
Je suis dans une solitude que je reconnais, qu’entre toutes nous reconnaissons, sans recours aucun désormais, irrémédiable, la solitude politique. C’est ce bonheur que je ne peux dire à personne qui m’empêche d’écrire. C’était ça. (L’été 80)
Je me suis dit qu’on écrivait toujours sur le corps mort du monde et, de même, sur le corps mort de l’amour. Que c’était dans les états d’absence que l’écrit s’engouffrait pour ne remplacer rien de ce qui avait été vécu ou supposé l’avoir été, mais pour en consigner le désert par lui laissé. (L’été 80)
–/
Elle est belle. C’est invisible.
Le sait-elle?
– Non, non.
(Détruire dit-elle, 1969)
Sans titre
ciel plombagine
je me promène j’erre je vaque
à l’intérieur de moi un animal se manifeste
idiosyncrasie écrasée
à l’affût des choses qui arrivent
à l’affût des mots qui arrivent
(ce que j’appelle, plus le jour est gris : l’aventure)
je ne sais plus bien
faire la différence.



