Castoriadis, « Imagination, imaginaire, réflexion », 1988.

« Une explicitation supplémentaire du terme de clôture est ici requise. Clôture, on l’a vu, veut dire que ce qui est pensé ne peut pas être mis essentiellement en question. Or, à partir du moment où il y a langage, dans toute société humaine, il y a la possibilité de poser des questions. Mais ce qui caractérise l’immense majorité des sociétés est que ces questions restent toujours limitées, ne peuvent pas dépasser, ni même atteindre, viser, ce que sont pour la société, pour la tribu, ce qu’on appellerait métaphoriquement les axiomes de l’institution sociale, ses règles d’inférence et ses critères déductifs. Il est inconcevable que, dans un langage quel qu’il soit, on ne puisse pas demander: est-ce X ou Y qui a fait ceci? y avait-il bien un lion hier à la lisière du village? L’autre répond oui ou non, et il peut mentir ou se tromper. Mais tout cela est clos. Personne ne peut demander: est-il vrai ou non que la terre repose sur une grande tortue? Cela doit rester inquestionnable. Personne, dans une société archaïque, ne peut mettre en question les injonctions des ancêtres. Personne, dans une société chrétienne, ne peut contester les contenus ou l’origine révélée des Écritures, dans une société islamique, le caractère sacré du Coran. Ce sont là des axiomes derniers qui ne sont ni questionnés ni questionnables. »

Laisser un commentaire