« Merleau-Ponty et le poids de l’héritage ontologique », 1976-1977 in « Fait et à faire, Les carrefours du labyrinthe – 5«
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« L’esprit «n’a» pas des représentations. L’esprit, si on veut utiliser ce terme, est cela: flux représentatif (et aussi autre chose, certes). L’«esprit» est, d’abord et surtout, cette présentation perpétuelle de « quelque chose » qui n’est pas là pour autre chose (re-présentation, Vertretung) ni pour «quelqu’un».
Perception, rêve, rêverie, souvenir, phantasme, lecture, audition de musique les yeux fermés, pensée sont d’abord et essentiellement cela, rigoureusement au même titre. Que j’ouvre ou que je ferme les yeux, que j’entende ou que je me bouche les oreilles, toujours, hors le sommeil sans rêve, il y a cela même — et, pour commencer, rien que cela — qui est dans et par cette présentation, il y a (puisque la métaphore de la vision est, et non par hasard, dominante) « spectacle» absolu, qui n’est pas spectacle d’un autre trans-spectacle, ni spectacle pour un spectateur, le spectateur étant lui-même, pour autant qu’il est, sur scène.
C’est encore par une pensée seconde, par une réflexion, que l’on décrit cela comme une éclaircie qui surviendrait « à l’intérieur» de ce qui serait non éclairé, dans une nuit préalable de l’identité, par une déhiscence de et dans quelque chose d’autre. La nuit de l’identité est une pensée de retour sur (sur le il y a), une métaphore survenue, légitime certes en son moment, mais construite.
Il y a Vorstellung, représentation au sens « actif», mettre-poser-en-avant; avant qui n’est pas «avant» ou « devant» autre chose, qui n’est pas placer-quelque-chose-devant-quelqu’un, mais ce par quoi et dans quoi tout placer et toute place existent, poser originaire à partir duquel toute position – comme «acte » d’un sujet ou «détermination» d’un objet – a être et sens. »