Qu’est-ce que moderne? Quelle est cette solitude, cette nostalgie, cet ancien rêve? Cela voudrait ressembler à la pensée mais c’est encore autre chose, ça s’échappe, fantastiquement, dans le vide. Je voudrais faire l’encyplopédie impossible de cette chose, comme Homère, comme Nietzsche, comme Borges.
On veut être clair, on veut être sans discussion, indubitable, évident, définitif, mais il y a tout ce brouillard qui ronge les lignes. « Did you ever / go clear? ». L’espace ne peut pas être retranché de notre expérience, dit Kant. Mais le monde non plus. Et c’est pour cela que nous ne pouvons pas vivre dans le produit, ou la projection de notre pensée. Le monde ne peut pas être le déversoir de notre pensée, de notre délire d’image et de raison, quand bien même ce délire nous a tellement réussi. C’est ça le péché original de tous les modernes – sauf les Grecs peut-être? – confondre le monde avec la perception qu’on en a, ou pire, avec l’idée qu’on s’en fait. Mais c’est aussi le romantisme dramatique de la chose : l’immeuble des années 1960 qui s’ennuie dans la brume n’est pas ce qu’il prétend être – il y a cette échappée fantastique dans le monde des choses -, ne dit pas ce qu’il croit dire, ne fabrique pas le monde qu’il suppose, etc. C’est ce que j’appelle la solitude, que je trouve magnifique, du Moderne. Son échec, et sa beauté.