J’attends rue Fontaine. J’attends rue Saint-Maur, souvent. J’attends rue des Couronnes, dans l’excitation du crépuscule, dans l’empire des lumières. J’attends partout, installé provisoirement dans le gris du temps, logé dans une infractuosité, une alvéole dans l’air piquant de l’automne. J’attends comme Philip Marlowe, ou comme Yves Simon, dans la puissance et l’orgueil de la solitude, au carrefour. J’attends sans impatience. C’est une part non negligeable de ma vie.
L’attente c’est l’alibi pour être arrêté, caché, désoeuvré, invisible. C’est l’impunité. Regarder et vivre non pas ‘de l’autre côté’, mais étrangement au milieu du monde. C’est encore la lettre volée : quelque chose gît là, caché en plein jour, dissimulé dans l’évidence. Y accéder est une transgression délicieuse, mais qu’on ne peut pas partager. On peut la relater et on dira que l’on fait de la poésie, mais… C’est plutôt que le monde dans lequel nous nous consumons – le monde des raisons, de l’objectivité, des vecteurs qui nous entraînent dans leurs couloirs- ce monde est création factice, signification imaginaire.
En vérité l’oisif, l’inoccupé à la limite de la stupidité, celui qui se permet de briser les chaînes de certitudes, de positivité exprimée, d’affects et d’injonctions, celui-ci accède. A quoi? Pas à lui-même (ça aussi, constructions, hypothèses, etc). Plutôt au rang de chose, comme une pierre, un mètre cube d’air rempli d’esprits, un être. Juste un être.