Levallois n’existe pas

Je cherche une boulangerie. C’est l’aube bleue, grise et rose sur les pierres pâles. Les rues sont incertaines, floues. Les gens sont différents aussi, je les trouve contraints, crispés, comme soumis à un effort invisible. Ici l’architecture est étrange, soufflée, creuse, sa matière est suspecte. Guimauve, meringue, mensonge. Elle n’est pas ce qu’elle prétend, du reste, elle ne prétend rien : elle souscrit à une convention simplement. Une convention qui serait une architecture néo-palladienne de la banlieue ouest, de l’entre-soi, de la droite, de la clientèle, qu’importe. Ça n’existe pas. Il y a ce vide existentiel de la pierre agrafée, ce plenum comme on dit, royaume des araignées, de la poussière, des matériaux frelatés. Ça n’existe pas. Il y a une syntaxe rudimentaire, les plaques pompeuses des confrères inscrites dans la même guimauve. Point d’être ou d’essence ici, juste une appartenance étroite, immédiatement reconnaissable : un signe. L’appartenance à un monde qui serait étroitement celui-ci, Levallois. De l’autre côté, très loin, tout au bout de la rue de Prony, dans une brume dorée, striée, se tient la rotonde de Ledoux. On s’attend presque à voir bondir un chevreuil dans la gloire de l’automne. La rotonde, elle aussi, appartient, veut dire : mais c’est une appartenance et un langage bien plus vastes, bien plus hauts..

Pasolini, les cendres de Gramsci

(…) Le salut est à chercher

en restant dans l’enfer

.

avec la volonté marmoréenne

de le comprendre. Une société

désignée pour se perdre, il est fatal

.

qu’elle se perde : une personne jamais.

(Nel restare

dentro l’inferno con marmorea

.

volontà di capirlo, è da cercare

la salvezza. Una società

designata a perdesi è fatale

.

che si perda : una persona mai.

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