L’été 25

Beauté du jour gris argent, équanime, indifférent, sans vitesse. Un homme dort dans son taxi, emporté vers l’ailleurs. Les choses se tiennent, les rares gens aussi, dans une dignité de squelette, de structure. Une civilisation envahie par le vide, par la vacuité. Une civilisation à vide, ou alors, un vide qui peu à peu s’aventure, s’enhardirait à mesure que l’intentionnalité partout reculerait. Place du Danube, les travaux attendent leur complétion avec toujours cette air de béance – cette pompe qui avidemment aspire l’Ouvert. Les trous béants dans les pavés neufs, pour les futurs arbres. Squelettes et surfaces. Le chuintement des voitures de loin en loin sur les pavés. Ici et là de légers bruits mécaniques, comme des murmures. Ce sont peut-être les seuls jours de l’année, c’est peut-être le seul jour où l’on saisit cette mécanique des choses et des êtres en notre absence. A la piscine, comme toujours, le bassin du plongeoir est fermé. Il repose sous sa tente de plastique blanc, derrière ses vitres, immaculé. Le plongeoir en béton ressemble à celui de Max Frisch, en plus petit. L’eau se déverse, se ridule, repose étale, reflète éperdument dans le silence d’un autre monde, d’une autre civilisation, d’un vaisseau spatial à l’arrêt. C’est beau.

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