Out of the snake’s skin

Réussir sa vie, elle dit toujours. Ou alors son corollaire, j’ai raté ma vie. On imagine une fastidieuse liste qu’il faudrait cocher : travail, famille, conscience sociale, courir le marathon, réussir ses crêpes. Et le plus drôle c’est qu’il y a probablement des gens comme ça. C’est un truc de droite, que je lui objecte, cette histoire de réussir sa vie, un truc de matérialistes, de flippés, d’enjoints. Leurs étroites petites consciences avides de modèles, de récompenses, de loups-garous. Leur détestation de l’individualité, pour eux-mêmes, quand bien même ils se rangeraient aveuglément derrière une, la pire souvent. Laisse tomber. Tes yeux sont réussis. L’attache de tes articulations est réussie, fine ossature, oeuvre d’art. Ta voix est réussie. Mais il y a plus encore. L’instant où il ne se passe rien est réussi. Le vide est réussi, l’abîme, près de la vie. Réussir, ri-ruscire, reissir, re-exire : sortir de nouveau. Ah, voilà, ça c’est bien : sortir de nouveau, surgir de sa beau de serpent, inquiétant, inattendu, sardonique, curieux, inconnu de soi-même…

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