– « What do you call life? », said Saint-John.
– « Fighting, revolution », she said.
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La révolution chez Woolf, c’est la solitude. C’est l’état de solitude, avec ses faiblesses, son sublime royaume, ses fragilités face aux autres qui, eux, suivent tous les « traces de craie invisibles » qui leur dictent leur comportement. Son indétermination, aussi, ce grand flou où les mots ne sont plus que des sons charmants, comme des éléments de la nature qu’on voit pour la première fois. Rachel flotte, plane à dix mille mètres, tombe en arrêt devant un arbre, un peigne, un homme, un rocher. Que sont donc ces choses pour la psyché pure, c’est-à-dire, l’être sauvage, l’être révolutionnaire qui tourne en lui-même, monadique?
Et la révolution dans la révolution, c’est que cette solitude, c’est celle des femmes, celles que personne ne voit, celles que personne n’écoute « sauf si elles sont jolies ». Terra incognita, continent noir que certains sensibles comme Hewett essaient de comprendre – on n’a pas dit, conquérir. Rachel qui zone en fredonnant entre l’heure du déjeuner et celle du thé, qui arbore sa vacuité apparente comme un emblème d’impressivité, qui moque le monde ridicule des hommes, les banques, les tribunaux, les mines, les usines.
La société, c’est une transaction, une abdication originelle dès l’enfance : la psyché renonce à être une psyché, elle acquiert, elle avale difficilement le monde des fins, des buts, des causes, des moeurs, de la morale, des raisons. Mais au prix, grâce à cette invisibilité il existe un monde où l’on vous fout la paix, un monde très grand, exaltant, inconnu.