Cité Jandelle

J’aime les tennis dissimulés comme J.G. Ballard aimait les piscines désertes et vides face au ciel, sous les étoiles. J’aime les vieux centres sportifs décatis des années soixante-dix avec des gardiens acariâtres et moroses à l’intérieur, dans une sorte de cabine vitrée. J’aime quand le court est environné de bâtiment de toutes parts, quand il est l’ultime pièce d’un assemblage cahotiques d’époques et de structures. J’aime être environné de centaines de fenêtres, dont certaines reflètent le soleil qui se lève, et dont aucune ne prête attention au bruit de nos balles hésitantes. J’aime la furieuse république des grilles en tout genre, correctives malhabiles de l’architecture qui ne perturbe pas plus le commerce des oiseaux, pigeons, mouettes, corneilles, moineaux – « le vent passait à travers les barreaux« . J’aime que toute cette cosmogonie organique s’ignore tout en se répondant – j’aime la composition. J’aime le vieillissement tragique de l’architecture qui littéralement fend le temps : c’est aussi le nôtre. J’aime le rêve, le fantasme d’un tennis oublié dans une anfractuosité du temps et de l’espace – j’aime le parfum de ruine qui menace tout être et toute chose. J’aime le fantasme des lignes tracées, ici blanches sur fond de plastique bleu, qui prétendent à la civilisation, qui prétendent à l’existence, qui prétendent à la signification. J’aime leur intentionnalité muette, pour ainsi dire impuissante dans sa prétention, face au mystère des choses.

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