Forever young

A la réception de l’hôtel, les filles ne savaient pas où était la clé. Nous la cherchâmes en riant, en fouillant derrière le bar. Puis l’ascenseur, le miroir – pourquoi a-t-on toujours l’impression que c’est un autre qui regarde? Au 6ème, décrocher l’échelle, la coincer sur la tringle, monter sous l’oeil intrigué des femmes de chambres philippines, des chariots de draps blancs passent tandis que je m’élève, que je me hisse sur le toit. Ensuite se rétablir, la petite plate-forme en caillebottis, le portillon, les marches, le toit, le ciel. La machine est là qui ronronne, tout semble normal. Tout ce que nous avons planifié et dessiné semble jouer son rôle. Je fais les photos, ne pas glisser sur le zinc, la ville se déploie, il fait bon. Pourquoi toujours un autre? Un instant plus tard, je redescends, remercie les demoiselles, un oeil sur les étranges clients qui végétent dans le lobby, parmi les plantes, plantes eux-mêmes. A la vitrine de la librairie Vendredi, ces deux titres : Michel Foucault, Il faut défendre la société ; Felix Guattari, Lignes de fuite, Pour un autre monde des possibles. Enfin, par pure nostalgie je me dirige vers le café d’Arlette au coin du boulevard. Combien de cafés d’angoisse et de bières de libération y avons-nous consommés! Arlette n’est plus là depuis longtemps, et le cirque Médrano non plus. « Pigalle est mort », avait-elle dit le dernier soir, avec l’accordéon. Tout de même, je m’accroche au zinc, commande ma bière et mon sandwich. Des ombres flottent. A la radio, Forever Young.

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