De la Révolution, H.Arendt, 2

Ch. 2. Le sens de la révolution

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« L’isonomie* garantissait l’isotès, l’égalité, non parce que tous les hommes sont nés ou créés égaux, mais, au contraire, parce que les hommes, par nature (phusei), ne sont pas égaux et qu’ils ont besoin d’une institution artificielle, la polis, qui, par la vertu de son nomos, peut les rendre égaux.

L’égalité n’existait que dans ce domaine spécitiquement politique, où les hommes se rencontraient en tant que citoyens et non pas en tant que personnes privées. Mais on ne saurait trop souligner la différence entre cette conception ancienne de l’égalité et la nôtre, celle d’hommes nés ou créés égaux et qui deviennent inégaux sous l’effet d’institutions sociales et politiques façonnées par l’homme. L’égalité dans la polis grecque, l’isonomie, était un attribut de la polis et non des hommes, qui se voyaient dotés de l’égalité en vertu de la citoyenneté et non pas en vertu de la naissance.

Ni l’égalité ni la liberté n’étaient considérées comme une qualité inhérente à la nature humaine, ni l’une ni l’autre n’étaient phusei, données par nature et s’épanouissant d’elles-mêmes; elles étaient nomô — convention et artifice -, le fruit des efforts humains et le signe qualitatif d’un monde fait de main d’homme. »

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* Égalité devant la loi.

Définition : Isonomie

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