Chantal Akerman, Auto Radio Portrait, 2007.

“Il n’y a rien à dire disait ma mère. Je travaille sur ce rien.”

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“Avec mon grand-père a disparu le rituel. Avec le rituel on savait ce qu’on devait faire.”

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“Personne ne voit que [Jeanne Dielman] c’est un film sur la perte, sur la nostalgie du rituel perdu.”

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– Dis-moi la vérité. Raconte-moi ton histoire.

– Je ne peux pas.

– “Toute la vérité”,  c’est ce qui ne peut pas se dire.”

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“ Quand Delphine Seyrig est assise dans un fauteuil, pendant des minutes entières, dans Jeanne Dielman, (…) on se rend compte que si elle avait si bien organisé sa vie pour ne laisser aucun trou dans sa journée, c’était bien pour ne pas laisser place à l’angoisse du trou.”

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“Attendre le plan suivant c’est déjà se sentir vivre. C’est déjà se sentir exister. Ça fait du mal ou du bien ça dépend.”

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“Le temps vous entraîne, irrémédiablement, surtout si on n’a plus de rituel. Là, je me perds je le sens.”

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“Quand on montre quelque chose que tout le monde a déjà vu [une femme, de dos, dans une cuisine, qui épluche des pommes de terre, Delphine, ma mère, la vôtre, vous-même] c’est peut-être à ce moment là qu’on voit pour la première fois.”

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“Inquiétante étrangeté, a dit Freud. Inquiétante familiarité aussi on pourrait dire. Tout cela [le sud, les champs de coton] résonnait en moi, faisait écho à cet imaginaire, à ce trou dans mon histoire.”

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“J’ai tant aimé le cinéma. Sans peur, dans l’innocence. J’aurais fait n’importe quoi.”

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“En 1984, tout a changé. J’ai chanté tellement fort que j’ai explosé. Depuis j’explose de temps en temps. Après l’explosion, je rentre à nouveau en moi et je reste là, pendant des mois, comme hébétée. Mais pendant l’explosion, je fais le tour du monde à toute vitesse, dans ma chambre ou ailleurs. C’est pendant l’explosion que j’ai écrit “Hall de nuit”. J’ai mis quatre heures. Il n’y avait rien à corriger. Pendant l’explosion je peux parler beaucoup de langues et l’Hébreu bien sûr me revient tout entier. Pendant l’explosion je peux tout, jusqu’à ce que je ne puisse plus rien. Maintenant, je crains l’explosion ; pourtant, il n’y a rien à faire, elle vient encore me surprendre de temps en temps. Je profite alors de son début et je fais, fais, fais, jusqu’à ce que je m’écrase. C’est aussi pendant une de ces explosions que j’ai écrit “Febe Elisabeth Velasquez”. Cela m’a pris trois ou quatre secondes, il n’y avait rien à corriger. 

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“Écrire un film avant même de le connaître. Écrire pour fermer. Écrire la lettre au père. (…) J’ai été, puis j’ai écrit. Sans trop comprendre.”

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“À la frontière, l’été s’est éteint pour faire place à l’automne, un automne sourd et blanc, recouvert par une masse de brouillard. Dans la campagne, des hommes et des femmes presque couchés sur la terre noire d’Ukraine,  se confondant avec elle, ramassent des betteraves.”

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*photo : D’Est, 1993

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