Dans le taxi je traverse la ville endormie. Lumières dans les cafés vides. Echoppes fermées, rues luisantes de pluie. Il y a cette hypothèse, cette pensée un peu trop élégante, qui se la raconte, un peu vaine : au centre de tout il y a le néant. Au coeur de nos pensées, de nos rêves, de nos agissements, de nos constructions, de nos inquiétudes, de nos désirs, de nos combats, de notre ennui : le néant. Dans le train, deux cadres parlent. Un vieux et une jeune. J’entends leur conversation. Fiches clients, données primaires, interpolation, réseau. Ils sont tranquilles, indébordables, professionnels. Ils vont à une réunion à Nantes ou à Angers. Ils administrent le néant. Ils sont déjà morts et savent d’avance tout ce qui va arriver. Ils peuvent se permettre des raffinements, échanger des trucs sur Excel. Et donc je promène la pensée élégante, en taxi, en train ou dans cauchemar moite, sur les rives du Léthé.
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Publié par jeanphilippedore
Architecte, bloggeur, conseiller, auteur Voir tous les articles par jeanphilippedore
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