Silver Lake

Les busards et les sternes volent bas, en quête de proies. La mer est d’argent. Le ciel est gris-bleu, vert, or très pâle, argent, gris plomb. Air tiède, chargé d’humidité avant l’orage. Pourtant, c’est un instant infiniment serein, figé dans la grâce comme dans un tableau de Claude le Lorrain. Cette sérénité triste des départs, cette nostalgie qui presse toutes les choses sous leur meilleur jour, puisqu’on les quitte. Ce sont peut-être les instants les plus vrais. En ramassant les aiguilles de pin cet après-midi dans le jardin je comprends Wittgenstein : l’infini n’est pas une totalité. Il ne peut être ni décrit ni pensé, il relève du concept. Et les mots, “gris plomb” ou “mauve” ou encore “insupportable tristesse” par exemple, ne décrivent pas cet instant indicible. Mais en constituent une doublure, un fond. Ils élèvent en face du monde un monde frère. C’est comme cela que nous ressentons. C’est notre baromètre de Torricelli. Il y a tellement à apprendre des départs.

Laisser un commentaire