Hôtel Angst (suite)

Il y aurait l’apparence, brillante, du monde : la colline étagée en terrasses vers la rade avec les serres en ruine et la maison posées dessus ; la profondeur bleue de la mer traversée par de petits poissons plus bleus encore ; les rayons du soleil qui se glissent entre les feuilles odorantes d’un figuier ; la piazzetta alanguie, le soir, où se glisse le vent coulis des ruelles et où joue, innocent et heureux, l’enfant. Et puis, il y aurait un autre monde, souterrain, subaquatique, inconscient, caché. Un monde intérieur qui par moments s’ajuste de manière étonnante au monde visible, comme celui des rêves. Les non-dits, les mystères et les nœuds, les inhibitions et les fantasmes. Il y aurait un monde visible qui serait du registre de la déclaration, du positif, et un monde fantasmé qui serait du domaine du souhait, du désir refoulé ou non, satisfait ou non. (Freud, Die Traumdeutung, 1900 :  Der Traum ist die (verkleidete) Erfüllung eines (unterdrückten, verdrängten) Wunsches. / Le rêve est l’accomplissement (déguisé, travesti) d’un souhait ou d’un désir (réprimé, refoulé)). Au premier monde correspondrait un langage, un comportement, même une civilisation – mais qui reposerait entièrement (qui serait profondément ancré dans), sur le second monde. Ce qu’on ne peut pas dire, il faut le taire, dit Wittgenstein. Mais ce que l’on dit repose dangereusement sur ce qu’on ne dit pas.

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