Klaus Mann, Le Tournant

[1925-1926]

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« Il [Gustaf Gründgens] souffrait de sa vanité comme d’une blessure. C’était ce désir de plaire, fébrile, passionné, qui donnait à tout son être l’élan, l’impulsion, mais qui semblait aussi, à la lettre, le consumer. Comme il doit être profond, le complexe d’infériorité qui nécessite en compensation un tel feu d’artifice de charme ! Quelle inquiétude, quelle méfiance martyrisée se cachent derrière cette gaieté exaspérée ! Quelqu’un qui serait sûr de soi ne crânerait pas autant ! Quelqu’un qui se saurait véritablement aimé, ne fût-ce que d’un seul être humain, ne se verrait plus obligé de séduire constamment. »

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« A Hambourg, je menais une vie agréable. Les journées passées avec Erika, Paméla, Gustaf et de nouveaux amis, choisis et divers, les soirées au théâtre, les nuits dans les caboulots et les dancings pour matelots de Sankt Pauli, tout était fait pour me rendre parfaitement heureux. Combien de temps ? Six semaines, ou huit… Mon incapacité à rester en place — ou ma peur de la répétition, de la monotonie ou de la satiété — ne me permettait jamais de m’attarder en un même endroit, à une même occupation, auprès d’un même cercle d’amis. J’étais entraîné. J’étais sans cesse entraîné vers un nouveau départ, une aventure nouvelle. Je comprometais (ou sauvais) des relations humaines, mettais en péril des chances professionnelles, interrompais des études et des amusements – uniquement poussé par un besoin nerveux et irrationnel de changement et de mouvement. »

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