Nearly one

Chaleur. Rue bondées. Touristes. Excitation mauvaise. Enflure et pompe des Jeux Olympiques. Lassitude. Il n’y a finalement pas d’événements – remarque d’un parisien égoïste -, pas de déroulé, juste un éternel retour des saisons et des convoitises, une sorte d’automatisme de la société. Le nómos, c’est la coutume, qui devient loi, et puis morale. L’hétéronome puise dans les règles sociales (ce que Castoriadis appelle l’institué) les règles de son action. Il est « celui qui est mené par les autres ». L’autonomie, la démocratie grecque en aurait tracé l’exemple, établit ses propres lois en conscience, et décide. Pourquoi est-ce que je vis ici, et de cette manière? Par habitude, par coutume. Il y a finalement peu d’actes de décision, de gouvernement de soi dans une vie. Peut-être un ou deux. « Nearly one, » dit le camel spotter des Monthy Pythons, qui a identifié ‘presque un’ chameau en trente ans d’observations.

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Rue de la Terrasse, fleurs, angoisse (contenue) et ironie absurde. Les compte-rendus médicaux, la pompe des mandarins, leur langage incompréhensible. L’un deux à laissé un morceau de métal dans la hanche. Opérer ou pas. Angoisse du père devant les difficultés matérielles d’aujourd’hui : codes, mots de passe, emails, formulaires en ligne. Moi-même je me sens vieux à l’aider à faire ça. Je pense au beau texte de Preciado sur sa mère. Une sophistication hallucinante, une médecine de pointe qui bute dans l’absurde et dans l’erreur humaine. Toujours, la croyance dans les systèmes, les process, les plannings. Pourquoi la pensée rationnelle me paraît-elle absurde? Les Lumières, la raison, la logique, les systèmes, les calculs. Comme cela paraît loin de l’organique, de la Nuit du corps! Est-ce qu’on applique la logique à nos corps, où nos corps à cette logique? Quel mot de passe nous donnerait une compréhension intime du Caché qui fonctionne en nous?

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Je vois partout, où plutôt je transporte toujours avec moi le visage de rongeur de Kafka, et le masque noble, ardent, en voie de combustion de Tarkovski.

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Je propose à ma mère d’aller à Cernuschi, et elle ne se fait pas prier. Quelle surprenante vitalité elle a! Et elle, ce n’est pas dans les rapports des médecins qu’elle cherche son salut. A Cernuschi je vois ce beau plat, dynastie des Lê postérieures (Viet-Nam) : deux phoenix qui s’affrontent, ou qui se séduisent? Le plat a demeuré dans les cales d’un bateau naufragé au 14ème siècle et est couvert de concrétions marines.

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https://www.youtube.com/watch?v=6RexQLrcqwc

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