Huit heures du soir. De ma fenêtre, j’aperçois une perruche, beau vert mante religieuse, probablement échappée d’un cage, qui volète d’une cime à l’autre dans le parc. Ici tout est – depuis des semaines – gris, bleu, et vert. A Berlin c’était plutôt jaune et vert, deux teintes très particulières. Une culture, finalement, c’est ce qui ne peut pas faire autrement, plus qu’une nécessité, c’est une pente, une inclinaison, quelque chose de gravitaire et d’inéluctable. Nous étions bien dans le Brandenbourg. « Pourquoi vivons-nous dans une telle angoisse [à Paris]? », demandait G. en mordant dans son Brötchen. A quoi obéissons-nous, quelle est notre pente, quelle est notre gravité? Moi, je voulais surtout échapper à ce qu’on voulait de moi, quand bien-même – surtout – si ce qu’on voulait de moi était mon bien. D’un destin l’autre. D’une attraction l’autre. D’une appartenance l’autre. L’architecture, c’est une aventure qui nous a emportés, qui nous emporte toujours, virevoltants quinquagénaires sur leurs vélos bleus qui s’émerveillent toujours de Mies, Scharoun et Behrens – et qui critiquent toujours tout avec ce mélange de docte assurance et d’indignation. L’aventure, elle a son prix, elle a pris une part de nous et je lui dois cheveux et cauchemars. Par moments voleter comme cette perruche verte, incongrue dans le soir froid. Par moments un peu de liberté comme un couvercle qu’on soulève, comme une lourde pierre que l’on fait pivoter. Avancer comme pianotant dans l’écriture, ou le dessin pourquoi pas. Écouter le rythme des petites croches, échos furtifs de soulèvements souterrains, de significations profondes qui croisent silencieusement dans le noir. Être son propre stéthoscope. Croiser avec résolution, la peur fondue dans son armure.
Stéthoscope
Publié par jeanphilippedore
Architecte, bloggeur, conseiller, auteur Voir tous les articles par jeanphilippedore
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