« Ah ! si nous pouvions ne tenir aucun compte des règles et des procédés en usage pour fabriquer des films, des livres… quelles choses merveilleuses nous pourrions créer ! Nous ne savons plus observer, et à l’observation nous avons substitué des schémas tous faits. » Tarkovski a raison. En architecture, on est censé être payé pour réfléchir mais on le fait rarement – ou plutôt, si on le fait, c’est dans un cadre de pensée prédéterminé, hérité que l’on ne remet jamais en cause. C’est un métier de tradition et de transmission – si, si – où les plus vieux expliquent aux plus jeunes, où chaque lundi matin on s’enquière d’un « modèle » pour travailler. Il y a des tutoriels, des dessins types, des cadres types, toute cette routine et cette discipline qui est certes notre syntaxe mais qui fait aussi que nous fassions tous simultanément, plus ou moins la même chose. On peut arguer, comme Tarkovski, que l’on nous assomme continuellement avec des contraintes de temps, d’argent, de règles ou de normes, etc… Mais le fondement est qu’il n’y a nulle envie d’une pensée sauvage, indépendante et libre – il n’y a que l’envie de reconnaissance de ses pairs ou peut-être plus simplement du travail bien fait. Mais cette chose même, le travail, implique tout un monde de conformité, de soumissions et d’allégeances (au client, aux autorités, aux canons esthétiques ou dogmatiques en vigueur, etc.). Il faut inventer une nouvelle radicalité, dit G. Mais où et comment la fonder, appuyé sur quoi, avec quelle énergie ?
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Hier et avant-hier, néanmoins, chose rare, très bien travaillé tout seul dans les Bains déserts, temps gris, froid et brumeux, idéal pour une concentration heureuse.
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Quel ou quelle serait, aujourd’hui, le Zarathoustra de l’architecture ? Et est-ce qu’il ou elle n’aurait pas envie, ou besoin de temps en temps de descendre de sa montagne, où il ou elle « jouit de son esprit et de la solitude » pour que sur la place du village, « on lui dise que c’est bien » ? Ah, misérable condition !