L’essence du conservatisme, c’est de s’indigner du principe même de tout changement – ce “non mais”- grassement assis. C’est de revendiquer ce qui est comme un bien, et par surcroît, son bien. C’est revendiquer ce qui est comme sa création, sa possession, son territoire. Mais néanmoins, toute cette résistance demeurante, dit Jankélévitch dans “La Nostalgie”, bascule contre son gré dans la futurition, glisse dans le temps, s’érode tout en freinant dans le devenir. Ce qui est grotesque dans le conservatisme, c’est qu’il est un Monsieur Jourdain du surgissement, de l’altérité radicale, du nouveau, du révolutionnaire. Bien calé dans son fauteuil face à son étroit et jaloux rétroviseur, persuadé d’être immobile, ancré, en fait, il bouge, il se déplace à une vitesse extraordinaire avec le monde qui l’entoure. Et ce qu’il appelle valeurs et traditions est en fait un produit changeant, mouvant, incertain qu’un cri appelle ça et là, qu’une fumée dissipe. L’étrangeté est que les freineurs et les accélérateurs vont paradoxalement à la même vitesse, que les temps s’accomplissent de toute façon, qui chantant, qui pleurant, qui niant, qui disant gravement, les yeux dans les yeux comme Molly Bloom : “oui, je veux bien, Oui.”
L’antirétroviseur
Publié par jeanphilippedore
Architecte, bloggeur, conseiller, auteur Voir tous les articles par jeanphilippedore
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