J’imagine Witold Gombrowicz aux prises avec son opérateur Internet pour changer sa « box ». Comment s’y serait-il pris ? D’abord, l’opératrice téléphonique. Elle ne peut rien, elle est à Madagascar, à Tunis où à l’île Maurice, elle fait son boulot, elle applique les procédures sous les yeux et les oreilles du manager qui rôde. Elle traite le moi-Witold comme une entité, un numéro, un cas, et très poliment avec ça. Le moi-Witold trouve ridicule de s’énerver, il s’énerve tout de même, il récrimine et il se trouve ridicule, de fait il l’est. Il ne peut : rien. Ensuite, le dépanneur. Il ne peut rien non plus. Il est dans les bouchons, il est en retard, il n’a pas très envie et en réalité, le Gombro-moi non plus, il voudrait que ça cesse. On regarde les câbles, les débits, les branchements, les boîtes, les répartiteurs. Sûrement qu’une erreur s’est glissée quelque part, me dit le dépanneur. Lassitude. Personne ne peut rien. Enfin, le service commercial, c’est un robot, il exige qu’on lui réponde uniquement par 1 ou par 2. Il ne peut rien. On cherche le mot de passe, on cherche la lettre d’accréditation du Château qu’on a perdue, on cherche à s’en sortir. Soudain, un bip, une diode s’allume. Ça remarche. Brefs éclairs de joie dans nos yeux. Je retourne au bureau. Et voici que ça me rappelle ce que j’ai lu sur le mur, dans cette belle exposition au Strauhof de Zürich : « (…) die Zeit ist kurz, die Kräfte sind klein, das Bureau ist ein Schrecken, die Wohnung ist laut und man muß sich mit Kunststücken durchzuwinden suchen, wenn es mit einem schönen geraden Leben nicht geht. »*
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*« (…) le temps est court, les forces sont réduites, le bureau est une horreur, l’appartement est bruyant, et il faut chercher à s’en sortir par des artifices, parce qu’une belle vie droite (conventionnelle) ne convient pas. » Franz Kafka, Lettre à Felice Bauer, 1er novembre 1912.