Boulevard de l’Espérance

Sous le ciel gris dans ce jardin en ruine, ici à Gagny, en buvant la pálinka, je goûte quelque chose que je suis seul à savoir faire. Au prétexte, disons de construire la chose que les plans représentent, serrés dans leur enveloppe en kraft, de creuser ces trous, de démolir ces murs, d’en ériger d’autres – quel plaisir! – s’établit un bref instant une république, une communauté, une camaraderie. Des barrières tombent, hier avec les Sardes, aujourd’hui avec les Roumains et les Moldaves, et après-demain avec qui voudra jouer. L’espace de la relation, je ne sais pas l’appeler autrement, l’espace qui commence où les préjugés s’arrêtent. L’espace du possible, du futur, du projet, l’espace où s’imagine soi, individu, pris dans quelque chose de collectif et reconnu, estimé dedans. On peut appeler ça la civilisation ou la société, ou la culture si on veut. Mais tout commence avec ce béton qu’on coule et cette pálinka qu’on boit. Le plaisir anticipé, c’est ça. C’est peut-être le seul moyen de nous accomplir, il faut interagir, se mêler. Même Zarathoustra finit par le faire, après dix ans sur sa montagne ‘à jouir de son esprit et de sa solitude’.

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