On voudrait comprendre mais il n’y a rien à comprendre. On voudrait une histoire et il n’y en a pas. Rien que des fragments obsessionnels qui tournent en boucle, des souvenirs, des fantasmes, des troubles. On voudrait être pris en charge et on nous tend un miroir. La vie de l’âme, qui est finalement toujours la même, dans un corps et un décor qui change, avec les autres qui passent devant soi comme dans une rivière, avec un rôle et des responsabilités qui changent. L’âme immarcescible face au tapis roulant de la vie. L’enfance, la mère, la nuque de la mère qui attend assise sur la barrière en fumant une cigarette. Une fois, mille fois. La psyché rembobine la scène, la même lampe tombe de la table de jardin, toujours, la même nuque tend son énigme. Pas de divertissement mais un miroir. Tarkovski a fait une vingtaine de versions au montage, a renoncé puis a trouvé, avant de se déclarer libéré de ses obsessions d’enfance. Présence magnétique du père qui lit ses poèmes. La mère qui court dans l’énorme imprimerie soviétique pour rattraper une erreur imaginaire. Rire de soi après et pleurer sous la douche. La grange brûle, la lampe tombe, l’existence brûle, on tâtonne dans les miroirs.
Le miroir
Publié par jeanphilippedore
Architecte, bloggeur, conseiller, auteur Voir tous les articles par jeanphilippedore
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