Viareggio

Au matin se promener sur la grande plage noire, d’un côté les installations du port vers Livourne, de l’autre La Spezia et les rochers de Porto Venere qui s’étagent en caps dans la brume. Des nuages noirs flottent sur les montagnes de Carrare. Je marche sur la plage avec la gueule de bois de la veille, avec les problèmes du jour ou du lendemain. Personne sauf quelques quidams avec chiens et masques. Il y une couche d’hôtels de style anglais, genre palaces vieillissants où l’on vous prend votre température, votre passeport et votre carte bleue avec des mines compassées. Puis une couche de ‘Passeggiata’ avec ses petits édifices balnéaires à fronton, puis la plage, large et longue, sinistre sous ce ciel noir. La civilisation balnéaire est à l’arrêt. Je me demande si Pasolini s’est arrêté ici avec sa petite voiture quand il faisait ‘La longue route de sable’. Plus loin il y a Forte dei Marmi, sorte de station snob avec ses magasins de luxe déserts. Mais ici il n’y a rien qu’un marché où on surjoue un peu une jovialité forcée. Les chiens s’inquiètent d’être autant promenés. Dans la salle du restaurant où je prends mon petit déjeuner, jazz compassé au volume minimum, serveur compassé en baskets noires, blondes compassées en jean talons, traînant des longs cachemires coûteux et marchant la tête basse, pour ne pas tomber peut-être. Quelques businessmen qui essayent d’avoir l’air féroce avec leur téléphone et leur costume. Tout ça n’est pas sérieux, ou trop sérieux. Les oeufs brouillés ont des reflets verdâtres, le thé est tiède. L’humanité est véritablement à bout ici comme ailleurs. Ce qui était un plaisir est devenu une douloureuse comédie. Ce qui était le sens des choses n’est plus qu’un vent de sable.

Laisser un commentaire